Une vente en cinq temps

Lot 24. Tête d’ancêtre de Nouvelle-Irlande. Est. 60-80.000 euros. © D.R.
Lot 24. Tête d’ancêtre de Nouvelle-Irlande. Est. 60-80.000 euros. © D.R.

On les connaissait pour l’art tribal avec des affinités pour l’art moderne, les voilà de plus en plus ouverts à d’autres sphères artistiques belges mais aussi internationales avec, pour l’heure, un Rik Wouters, un Delvaux, mais aussi une huile de Jawlensky, des meubles signés Willy Van Der Meeren, Alvar Aalto ou Joe Colombo. Une vacation qui se passera en même temps que la Brafa mais en retrait de l’effervescence de la foire puisqu’elle aura lieu chez Native, en contrebas du Sablon, ce 27 janvier.

Collections privées

Cette fois, le duo formé par Sébastien Hauwaert et Nicolas Paszukiewicz propose une vacation composée de 143 numéros, un nombre plus important que d’habitude. Et pour cause. Les deux associés ont trouvé une matière pour le moins intéressante avec deux collections, celle de Berend Hoekstra (né en 1958) et celle d’Alexandre Safiannikoff, deux temps forts de la vacation qui compte en outre une encre et aquarelle de Rik Wouters (1882-1916) montrant sa muse et épouse Nel saisie sur le vif (lot 6), une pièce unique de George Nakashima (une magnifique table de salon, lot 10), sans oublier les locomotives que sont cette Tête abstraite de 1927 du peintre expressionniste russe Alexej von Jawlensky (1864-1941), estimée 120-180.000 euros, ou les deux encres sur papier (1949 et 1953) de Louise Bourgeois portant chacune une estimation de 30-40.000 euros (lots 34- 35) et provenant de la collection Berend Hoekstra.

Lot 6. Rik Wouters. Est. 6-8.000 euros. © D.R.
Lot 6. Rik Wouters. Est. 6-8.000 euros. © D.R.

Cet artiste néerlandais lauréat du prix de Rome en 1985 et résidant à Bruxelles depuis longtemps, possède une collection à faire pâlir d’envie les amateurs d’art (surtout océanien), l’homme ayant acquis des pièces importantes (notamment auprès des spécialistes amstellodamois Loed et Mia van Brussel).

On épinglera tout de suite cette incroyable tête d’ancêtre de la Nouvelle-Irlande (Papouasie-Nouvelle-Guinée), une pièce exceptionnelle et historique qui témoigne des rituels funéraires pratiqués dans cette île où les crânes des défunts sont surmodelés et surpeints d’ocre ou de pigments pour symboliser le renouveau de la vie (lot 24, estimation 60-80.000 euros). Cette pièce, comme l’ensemble de la collection, témoigne de l’univers mi-effrayant, mi-poétique de cet artiste, dont plusieurs œuvres sur papier (lots 30, 42, 49) sont également mises à l’encan.

Des figurines Lega aux squelettes de Delvaux

L’autre collection dévoilée pour les enchères est celle des pièces Lega d’Alexander Safiannikoff (1903-1988), homme au destin improbable ayant quitté l’armée impériale russe pour gagner la France et devenir géologue chargé de prospection minière en Afrique. Tout d’abord pour une société française, puis pour la Belgique et le baron Empain au Congo où il resta plus de 40 ans. Il eut tout le loisir d’observer le peuple Lega et son art et de collecter de nombreux objets. Il écrivit également un essai sur l’organisation du Bwami, dont une publication est prévue en collaboration avec le Musée de Tervuren.

Dernier arrêt – et non des moindres – puisqu’il s’agit d’une œuvre inédite et historique de Paul Delvaux datant de juillet 1934. Intitulée Combat de squelettes, elle a toujours été conservée dans la même famille. Ce tableau « dans son jus » est une œuvre significative dans la carrière de l’artiste car il s’agit du premier exemple connu et répertorié d’une toile peinte où Delvaux prête vie aux squelettes. Ils ne sont plus des personnages secondaires immobiles, mais deviennent ici les uniques protagonistes de l’action. L’un brandit une arme pour asséner un coup fatal à l’autre tenant son épée ballante. La mise en scène est réduite à l’essentiel pour évoquer la mort et la condition universelle de l’homme.

Lot 54. Delvaux, Combat de squelettes. Est. 100-150.000 euros. © D.R.
Lot 54. Delvaux, Combat de squelettes. Est. 100-150.000 euros. © D.R.

Comme l’écrit Camille Brasseur : « Articulés et en mouvement, les squelettes sont mus par des intentions dramatiques. Non sans ironie, l’issue fatale à laquelle les duellistes espèrent échapper est évoquée par la présence de trois crânes jonchant le sol. En choisissant d’incarner la thématique du combat à mort par l’entremise de squelettes animés, Delvaux détourne le symbole de la mort et démontre tout l’intérêt qu’il porte à la vie. »

Il faudra débourser entre 100 et 150.000 euros pour acquérir cette toile – qui fait quand même près d’un mètre de large ! – qui n’a pas encore livré tous ses secrets. L’œuvre n’a pas encore bénéficié d’une étude approfondie des couches picturales sous-jacentes, mais elle semble avoir été réalisée sur un portrait antérieur. Et Camille Brasseur de conclure : « Se porter acquéreur de cette toile équivaut donc à s’offrir la possibilité de mettre à jour l’énigme d’une œuvre réalisée voici plus de 80 ans… et surtout s’octroyer la chance de posséder un morceau d’histoire. »

 
 
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