CE QU’IL m’arrive, c’est correct?

CE QU’IL m’arrive, c’est correct?
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Écrit-on « ce qu’il se passe » ou « ce qui se passe »  ? Pour faire simple, distinguons les verbes où une latitude est permise de ceux, plus rares, où une seule solution s’impose.

Les premiers présentent des emplois tantôt personnels (ce qui importe), tantôt impersonnels (ce qu’il importe de faire), avec une différence de sens perceptible. Mais celle-ci peut s’estomper : ce qui se passe / ce qu’il se passe, à ce qui paraît / à ce qu’il paraît. Les grammairiens s’accordent aujourd’hui pour admettre l’ensemble de ces énoncés.

Par contre, pour les verbes toujours impersonnels, tel falloir, une seule construction est possible : on écrit ce qu’il faut, et non *ce qui faut. À cette exception près, écrivez donc ce qui vous plaira ou ce qu’il vous plaira…

De la clarté avant toute chose

Une des questions les plus souvent posées dans le cadre de cette chronique porte sur le choix à faire entre ce qu’il et ce qui dans des séquences comme ce qu’il vous plaît / ce qui vous plaît, ce qu’il se passe / ce qui se passe, ce qu’il lui est arrivé / ce qui lui est arrivé, etc. Pressentant un terrain quelque peu miné, les interrogations sont prudentes et laissent la porte ouverte à des usages fluctuants. À juste titre, d’ailleurs.

Commençons par les cas les plus simples, peu nombreux à vrai dire. Il s’agit des verbes que l’on nomme « essentiellement impersonnels », ceux qui ne s’emploient qu’à la troisième personne du singulier, avec le sujet il. On écrira donc : ce qu’il vous faut, et non *ce qui vous faut. Il en va de même avec des constructions toujours impersonnelles, comme il s’agit   : d’où ce qu’il s’agit de faire et non * ce qui s’agit de faire. Ou encore avec l’impersonnel il y a  : ce qu’il y a d’intéressant sera préféré à *ce qui y a d’intéressant , sans que ce choix ne soit lié à une question d’euphonie.

Si l’écriture privilégie ce qu’il dans ces énoncés, l’oral présente souvent une réduction du pronom il , comme dans d’autres contextes où il devient i devant consonne : i trouve, i pense, i court . On peut donc entendre ce <ki> vous faut , ce <ki> s’agit de faire , à interpréter comme une séquence ce + qu’i ( que pronom relatif + il réduit), plutôt qu’une séquence ce + qui (pronom relatif).

Tout se complique

La situation se complique avec les verbes – bien plus nombreux – employés tantôt personnellement (avec le pronom relatif sujet qui ), tantôt impersonnellement (avec qu’il où le il est impersonnel). Pour certains énoncés, le choix entre ce qu’il et ce qui repose sur une distinction sémantique claire. Ainsi, pour importer , on distingue l’emploi personnel ce qui importe « ce qui est important » et l’emploi impersonnel ce qu’il importe de + infinitif / que + subordonnée « ce qu’il est important de + infinitif / que + subordonnée ». D’où, d’une part, ce qui importe, c’est que vous vous intégriez parmi nous   ; d’autre part, ce qu’il importe de réussir, c’est votre intégration parmi nous   ; ce qu’il importe que vous sachiez, c’est la vérité sur cette affaire .

Cette analyse vaut également pour le verbe plaire . Il est un verbe « personnel » avec le sujet qui dans fais ce qui te plaît et il devient « impersonnel » dans fais ce qu’il te plaira de faire , avec un il impersonnel et un infinitif exprimé. Toutefois, dans de nombreux emplois, l’infinitif n’est pas présent : la confusion s’installe alors entre fais ce qui te plaît « fais ce qui te donne du plaisir », où l’infinitif n’apparaît pas dans la construction, et fais ce qu’il te plaira « fais ce qu’il te plaira [de faire] », où un infinitif est sous-entendu. L’usage devient très hésitant, la différence de sens n’étant plus clairement perçue.

La locution verbale sembler bon adopte un fonctionnement similaire à celui de plaire  : faites ce qui vous semble bon se distingue clairement de faites ce qu’il vous semble bon de faire . Mais l’infinitif peut être sous-entendu, d’où agissez selon ce qu’il vous semble bon [de faire]. Il en va de même pour le verbe convenir , personnel dans ce qui convient « telle chose convient », impersonnel dans ce qu’il convient de faire « il convient de faire telle chose » : on trouve fais ce qui convient et fais ce qu’il convient [de faire], avec l’infinitif sous-entendu. De même, on peut écrire fais ce qui est possible et fais ce qu’il est possible [de faire], avec l’infinitif sous-entendu.

Tout s’embrouille

Il est d’autres verbes dont la construction ne requiert pas d’infinitif. Il est alors aventureux de proposer une distinction sémantique entre énoncés personnels et impersonnels. C’est le cas pour arriver ( ce qui vous est arrivé / ce qu’il vous est arrivé), advenir (ce qui est advenu / ce qu’il est advenu), se passer (ce qui se passe / ce qu’il se passe), se produire (ce qui s’est produit / ce qu’il s’est produit), résulter (ce qui en résulte / ce qu’il en résulte), ressortir (ce qui en ressort / ce qu’il en ressort), prendre (je me demande ce qui vous prend / je me demande ce qu’il vous prend), paraître (à ce qui paraît / à ce qu’il paraît). Les meilleurs auteurs ne se privent pas d’employer très librement ces variantes, ce qui justifie sans doute l’indulgence de la plupart des grammairiens vis-à-vis de ces emplois.

Dans une telle nébuleuse, la confusion ce qu’il / ce qui – renforcée à l’oral par la prononciation unique <ki> – peut s’observer dans des contextes où ces constructions pourraient être distinguées. On peut donc rencontrer des énoncés comme * fais ce qui te plaira de faire, *ce qui te semble bon de faire, *ce qui convient de faire, *ce qui importe de faire, avec un qui au lieu du qu’il attendu dans ces énoncés impersonnels. Un pas supplémentaire est même parfois franchi avec des verbes essentiellement impersonnels où ce qu’il est requis : d’où des énoncés comme * j’ai ce qui vous faut.

Ce qui en résulte, ce qu’il en résulte ?

Quelle conclusion tirer, face à ces usages parfois discordants ? La première est de bien distinguer les verbes essentiellement impersonnels, construits avec qu’il , de ceux qui acceptent ce qu’il dans leurs emplois impersonnels et ce qui dans les emplois personnels. Pour ces derniers verbes, tant ce qui que ce qu’il sont admis lorsque la construction ne comporte pas d’infinitif exprimé. Par contre, vous risquez le pas de clerc en associant ce qui à une construction impersonnelle comportant un infinitif ou à un verbe essentiellement impersonnel. À ce qui paraît, du moins – ou à ce qu’il paraît…

 
 
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