Le Musée de Gand fait peau neuve

Certains prêts de longue durée, comme celui de la collection Dieleghem, internationalisent le musée.
Certains prêts de longue durée, comme celui de la collection Dieleghem, internationalisent le musée. - DR

On stigmatise parfois la manie de nos contemporains de ne s’intéresser qu’aux expositions temporaires qui font l’événement et de délaisser superbement les collections permanentes d’une institution. Gand inverse la vapeur en faisant du redéploiement des collections et du réaménagement des salles qui vient de s’achever une exposition à part entière qui vaut qu’on lui consacre un bon bout de temps.

Non seulement les cimaises ont été repeintes avec goût et raffinement sans sacrifier à la mode des couleurs dissonantes, mais le nouvel accrochage a été l’occasion d’une réflexion en profondeur. Tant et si bien qu’on redécouvre une collection de niveau international qui ne connaît pas de temps mort et voit le nombre d’œuvres exposées passer de 450 à plus de 600.

Qu’il s’agisse d’œuvres soustraites aux réserves ou récemment acquises (la manne du legs De Blieck), de prêts de longue durée grâce à de nouveaux partenariats, la force de la collection fondée sur le XIXe et l’avènement de l’art moderne prend un nouveau relief. C’est le fait d’une sélection sans failles et de rapprochements intéressants entre les collections anciennes et modernes. L’œuvre ténébreuse et lyrique d’Antonio Saura voisine sans faillir avec un Frits Vanden Berghe hanté et puissant ; ailleurs, un beau tableau de Van Rysselberghe campant un groupe d’enfants cohabite avec une œuvre XVIIe de Cornelis de Vos au thème analogue. Point besoin de discours, les deux modes de représentation se différencient et s’éclairent mutuellement.

Kandinsky, « Composition ».

Il y a des nouveautés comme la magnifique salle d’art d’avant-garde russe, très structurée et pleine de couleurs avec des pointures du calibre de Kandinsky, Malevitch, Lissitzky, Larionov… de la Fondation Dieleghem. Ou comme cette galerie du XIXe entièrement réaménagée à la manière des cabinets de curiosités, riche panorama qui concentre néo-classicisme, romantisme, réalisme, luminisme… Ailleurs encore, de très beaux espaces monographiques sont consacrés à Ensor, Van de Woestyne, Valerius de Saedeleer, Brusselmans, Georges Minne dont l’œuvre égale les plus grands, on s’en aperçoit comme jamais, et à Rodin avec Douleur , une magnifique tête monumentale…

On a chaque fois le sentiment que la place de l’œuvre a été dûment pesée en regard de la scénographie de l’ensemble. L’accrochage de la conservatrice Catherine de Zegher est bluffant et pertinent. Prenons Ensor, une demi-douzaine de tableaux seulement mais parfaitement distribués de manière à marquer les différentes articulations de l’œuvre, du réalisme aux natures mortes et aux masques et mascarades, sans oublier Les poissardes mélancoliques, tableau important récemment acquis. Et Spilliaert si bien représenté avec deux œuvres majeures de la « bonne » période et deux autres plus tardives, mais très belles, une figure rose de femme sur fond de mer et une plage blonde, minimaliste.

Autres points d’attraction, les collections anciennes où trônent le fameux Portement de croix de Jérôme Bosch fraîchement restauré, les natures mortes du siècle d’or, les Frans Hals, Rubens, Van Dyck, Jordaens… Une salle consacrée au portrait d’homme avec, en point de mire, le Cleptomane de Géricault qui doit beaucoup à sa concentration austère et réfléchie.

Moins enthousiasmantes, les interventions ponctuelles de trois contemporains ont en tout cas le mérite de ne pas faire de tort à l’accrochage. Avec ses objets bizarroïdes et son atelier/installation, Patrick Van Caeckenberg s’infiltre dans le parcours du siècle d’or qui n’a pas besoin de cela tant il est, en soi, singulier et surprenant.

L’intervention picturale de Ria Verhaeghe parmi les descentes de croix est certes discrète, mais ajoute-t-elle vraiment quelque chose ? Quant à la fresque de Tuymans, elle est suffisamment excentrée pour ne pas être gênante…

Le site du Musée.

 
 
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