Inscrire la constructiondans la philosophie du zéro déchet

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La destruction de la friterie Antoine a généré de nombreux déchets.
La destruction de la friterie Antoine a généré de nombreux déchets. - Mathieu Golinvaux.

Les Bruxellois ont pris l’habitude de trier leurs déchets, transformant parfois leur cuisine en petit local à poubelles. Mais il n’y a pas que les particuliers qui peuvent faire un geste pour l’environnement. La construction aussi. La destruction de bâtiment génère des milliers de tonnes de déchets qui sont parfois recyclés et rarement réutilisés.

Dans le cadre de l’année zéro déchet mise en place par la ministre de l’Environnement, Céline Fremault (CDH), Bruxelles Environnement a accueilli les acteurs européens de la construction participant au projet Bamb (Buildings as material banks). Ce projet vise à utiliser de manière optimale les matériaux de construction tout au long du cycle de vie des bâtiments. Pour Bruxelles Environnement, il serait utile de mettre en place un passeport des matériaux afin de faire rentrer le domaine dans l’économie circulaire et le zéro déchet.

Chaque année, environ 650.000 tonnes de déchets de construction sont générées dans la capitale. Lorsqu’une destruction s’opère, les pelleteuses concassent sans distinction briques, ciment, poutres métalliques et autres câbles électriques. Ces débris sont aujourd’hui recyclés à 85 % mais leur vie s’arrête aux portes de la décharge. Demain, il serait souhaitable qu’ils puissent être réemployés.

Pour cela, il est utile de travailler en amont, dès l’intervention de l’architecte. Celui-ci peut être sensibilisé au type de matériaux qu’il désire employer. Penser des bâtiments convertibles facilement est une première étape. Utiliser des composants respectueux de l’environnement en est une autre.

« Il faut penser à des techniques qui permettent le recyclage ou le démontage plus simple des différents éléments qui pourront alors être réemployés ailleurs, explique Caroline Henrotay, de Bruxelles Environnement. Dans notre plan déchet, nous demandons une démarche participative du secteur de la construction et nous axons nos formations sur la prévention ainsi que la déconstruction sélective. »

Certaines entreprises comme Rotor située à Anderlecht, ont d’ailleurs fait de la récupération des matériaux leur spécialité. Avant le passage des pelleteuses, les travailleurs viennent récupérer tout ce qui peut être réutilisé. Cela va des luminaires aux blocs sanitaires en passant par le revêtement de sol. Ensuite, elle les revend aux professionnels ou à des particuliers. Ainsi, une pharmacie de Schaerbeek a installé les luminaires de l’ancien siège social de BNP.

Un enjeu de poids

Dans un deuxième temps, Bruxelles Environnement souhaite mettre en place un passeport des matériaux. « En cas de réutilisation ou de transformation d’un bâtiment, il serait utile de connaître la composition exacte des matériaux employés à l’époque, ajoute Caroline Henrotay. Cela permettrait de mieux trier les déchets toxiques mais aussi de récupérer ce qui peut l’être. »

Le passeport contiendrait un descriptif complet des composants, histoire d’avoir une traçabilité. Selon les premières expériences, il est possible de récupérer 6 tonnes de matériaux sur une maison individuelle, 20 tonnes sur un bâtiment de bureaux moyen voire jusqu’à 200 tonnes sur un bâtiment de haut standing. L’enjeu est donc de poids.

La VUB recycle ses kots étudiants

Par Vanessa Lhuillier

Il faut s’aventurer derrière les bâtiments en construction du campus de la VUB, boulevard du Triomphe, pour remonter le temps. Des blocs aux couleurs défraîchies typiques des années 70 abritent encore quelques kots étudiants. Certains sont déjà en cours de transformation, mais la plupart sont toujours occupés en attendant que les logements neufs soient livrés. Mais que faire ensuite de ces structures ? Après réflexion, la VUB a décidé d’en conserver une grande partie, mais de les transformer en salles de cours, laboratoires, zones de détente ou magasins. Cependant, la transformation ne se fera pas n’importe comment. Si la destruction était impossible pour ceux qui y ont vécu, leur transformation doit répondre au maximum à la philosophie du zéro déchet.

Pour cela, une équipe de la faculté d’architecture planche sur les blocs et les décortique. « À l’origine, il s’agissait de préfabriqués de 15 tonnes transportables par camion, explique Jean Cosyn, architecte à la VUB. On les a empilés pour créer des lieux de vie modestes mais confortables. » Par étage, on retrouvait quatre chambres, deux salles de bain et une cuisine commune.

Un groupement de blocs sert aujourd’hui d’atelier et de travaux pratiques pour les étudiants en architecture et les chercheurs inscrits dans le projet européen Bamb. « En tant qu’architecte, nous devons nous poser la question du futur de nos bâtiments, commente Anne Paduart, responsable du projet « Circular Retrofit Lab ». Lorsqu’on conçoit un bâtiment et ses finitions, il faut penser à une éventuelle réutilisation par la suite. Les plaques de Gyproc ne sont par exemple pas une bonne idée car on ne peut pas les démonter et les réemployer ailleurs. »

Les membres du projet travaillent ainsi avec plusieurs sociétés afin de réfléchir à une meilleure façon d’isoler ou de recouvrir un mur. Par exemple, ils ont demandé la construction en usine de blocs de bois remplis pour isoler. Pour les fixer, il suffit de les glisser dans des rails. Ainsi, ils peuvent être démontés et mis ailleurs sans être abîmés : « Quand on veut accrocher des panneaux de bois pour rendre un espace multifonctionnel, on réfléchit à l’utilisation de vis plutôt que de colle. Nous étudions aussi les moyens de rendre ces blocs convertibles. Et puis, quand il faudra les détruire, nous saurons tout d’eux, ce qui permettra de conserver ce qui peut l’être et de faire un tri plus efficace. »

La VUB a reçu 60.000 euros de l’Europe et l’équipe a demandé un soutien du privé car le projet dispose d’un budget de 300.000 euros sur trois ans. « Ce ne sont pas des rêveurs car ils prennent en compte les dimensions économiques, écologiques et pratiques des matériaux, conclut Jean Cosyn. Cette approche s’imposera dans le métier. »

 
 
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