Syrie: le renseignement militaire belge a aidé les Kurdes syriens du YPG

Syrie: le renseignement militaire belge a aidé les Kurdes syriens du YPG

En 2016 et jusqu’à la mi-2017, le Service général du renseignement et de la sécurité (SGRS) a activement soutenu le mouvement armé du YPG, les Kurdes de Syrie. Mais une partie du programme n’a pas été communiquée au gouvernement belge et est dévoilée ce matin par les journaux flamands Knack et De Standaard.

Les hommes du SGRS ont prodigué aux Kurdes de l’entraînement aux nouvelles techniques de tir de combat, ainsi qu’une initiation aux soins aux victimes de combats tactiques (TCCC). Ces formations ont été données en Irak, à des instructeurs censés les enseigner à leurs tours en Syrie aux combattants du YPG, selon la méthode « train the trainer ». Tant le ministre de la Défense Steven Vandeput (NVA) que la hiérarchie militaire étaient au courant de cet appui secret des Belges aux combattants kurdes syriens. Ces « cadeaux », entièrement financés sur le budget du SGRS, ont été jugé légitimes par l’organe permanent de contrôle des services de renseignements, le Comité R, qui en a rendu rapport au Parlement dès juillet 2017.

Un troisième volet de collaboration n’a par contre été communiqué ni à la hiérarchie militaire ni au cabinet de la Défense : il s’agit d’un rôle de facilitateur qu’a joué le SGRS dans la fourniture au YPG de matériel militaire non-létal, en l’occurrence des gilets pare-balles et des filets de camouflage infra-rouge. Le SGRS a permis le contact entre une société de Flandre occidentale susceptible de fournir ce matériel et un contact du YPG établi à Bruxelles. La livraison n’a cependant jamais eu lieu, du moins dans le cadre des contacts qu’a connu le SGRS : le SGRS s’est en définitive retiré du projet.

Plusieurs raisons

Pourquoi soutenir le YPG, un groupe armé irrégulier, considéré par Ankara comme le prolongement du PKK et comme un groupe « terroriste » ?

Pour plusieurs excellentes raisons, qui n’ont pas été désavouées par le Comité R. D’abord, YPG a été un allié objectif de la Belgique dans le cadre de la lutte contre Daesh. Seul Ankara considère ce mouvement comme « terroriste », les États-Unis (et d‘autres puissances européennes) ayant soutenu YPG par la livraison d’armes.

Ensuite, la Belgique a vraiment eu besoin de YPG pour deux raisons évidentes. La première concerne d’éventuelles opérations de localisation et récupération (search and rescue) de pilotes belges en détresse sur le sol syrien, au cas où l’un des F-16 belges aurait été abattu lors de leurs bombardements de la Syrie. Le YPG était le meilleur partenaire pour peigner le terrain, retrouver un pilote et l’exfiltrer.

Le YPG était aussi le partenaire le plus crédible pour fournir du renseignement sur les Foreign terrorist fighters (FTF) belges actifs en Syrie et, éventuellement, pour les intercepter. Dans le cadre de la lutte antiterroriste, le YPG était un allié clé.

La Turquie au cœur du problème

Problème : la Turquie, notre alliée Otan, est elle aussi un allié clé pour verrouiller le retour en Belgique des FTF. Cette ambiguïté est d‘autant plus évidente que, si le renseignement militaire belge (SGRS) a fait choix de s’allier avec le YPG, le service de renseignement civil (la Sûreté de l’État) a de son côté fait le choix de rester à distance du YPG et de travailler davantage avec Ankara.

Les collaborations secrètes menées par le SGRS avec YPG ont été connues du Comité R dès 2017, ont fait l’objet d’un rapport confidentiel au Parlement, et le Parlement a avalisé ce rapport. Le contrôle institutionnel des services de renseignement a donc bien fonctionné, et en temps réel. Le patron du SGRS, le lieutenant-général Eddy Testelmans, n’a pas été blâmé pour ses initiatives, même si le Comité R remarque qu’il aurait dû informer le gouvernement du rôle de « facilitateur » que s’apprêtait à jouer le SGRS dans la fourniture d’équipement non-létal au YPG.

Dès lors, pourquoi Eddy Testelmans a-t-il démissionné en juin 2017 ? La démission n’est pas liée à cet incident : une tension s’était fait jour entre le personnel civil de la division contre-espionnage (CI) et le personnel militaire de la section Humint (Human Intelligence) de la division Renseignements. Une lettre avait fuité vers l’extérieur, et le lieutenant-général Testelmans avait estimé qu’il ne pouvait plus travailler en confiance si la tension débouchait sur des fuites vers la presse. Il a démissionné en juin et pris sa retraite avec les honneurs en décembre 2017. Le Comité R ne fait pas de lien entre cette démission et le dossier syrien.

 
 
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