Duo graphique éphémère

Denis Meyers, « Sans titre », 2018, meranti 6 mm, découpe numérique et retouches manuelles, teinture napoléon, dimensions variables, prix de 550 à 900 euros. 3.300 euros pour la fresque se composant de 6 personnages suspendus et 11.000 euros pour celle se composant de 11 personnages fixés au mur.
Denis Meyers, « Sans titre », 2018, meranti 6 mm, découpe numérique et retouches manuelles, teinture napoléon, dimensions variables, prix de 550 à 900 euros. 3.300 euros pour la fresque se composant de 6 personnages suspendus et 11.000 euros pour celle se composant de 11 personnages fixés au mur. - D.R.

Diplômé en typographie de La Cambre, Denis Meyers (Tournai, 1979) s’est fait connaître du grand public avec son projet colossal Remember Souvenir, qui l’a conduit à tagger l’ensemble des anciens bâtiments Solvay situés à Ixelles avant leur destruction, en 2016, au profit d’un nouveau projet immobilier. Cette réalisation très médiatisée lui a ouvert les portes d’autres collaborations avec des marques de standing telles Bellerose, Duvel, Natan ou encore les Maisons Dandoy et Manalys. Se proclamant artisan plutôt qu’artiste, Meyers a déjà exploré de nombreux supports aussi variés que planches de skate et cadres de vélo, vaisselle et vêtements et, plus récemment, joaillerie et boutons de porte pour la Maison Vervloet ! Or il n’est autre que le petit-fils de Lucien De Roeck (1915-2002), créateur de l’emblème et de l’affiche pour l’Expo universelle de 1958…

Boulimique de travail, Meyers dessine des visages et des mots dans des carnets depuis plus de vingt ans : ce sont ces précieuses annotations qui lui ont servi de base pour la titanesque entreprise Solvay. L’exposition qu’il présente aujourd’hui chez Artinkk à Ixelles, d’une taille certes plus modeste, prend également pour point de départ ses fameux carnets, couverts de visages dessinés sur le vif au cours de ses nombreux voyages. « À force de dessiner dans les transports en commun, j’ai appris à être discret, raconte l’artiste. Le choix du visage remonte à mes débuts : j’ai une véritable fascination pour la variété humaine, qui est pour moi une source d’inspiration intarissable, d’autant plus quand on voyage loin et qu’on est confrontés à des morphologies et des types très différents. J’essaie de retranscrire ce que je vois du mieux possible, sans rien inventer ou presque. » Ses innombrables visages de profil synthétisent avec une économie de moyens saisissante ce que Meyers capte par de simples regards furtifs.

Nouveaux designs

Après avoir décliné ses visages sous forme de stickers imprimés et découpés à la main, puis disséminés dans toute la ville, Meyers expérimente pour la première fois la technique de la découpe numérique grâce à l’invitation de la Galerie Artinkk. Inauguré en 2017, cet espace d’exposition choisit délibérément de ne pas représenter ses artistes mais d’inviter des créateurs émergents à proposer des œuvres singulières : « Chaque projet se veut unique, original par les œuvres qui sont proposées. En invitant les artistes, nous enrichissons leur production afin de créer des pièces utilisant des moyens techniques et des matériaux qu’ils n’ont encore jamais employés », explique la directrice artistique du lieu, Alexandra Decraene. Pour cette seconde exposition, la galerie a organisé une rencontre entre Meyers et l’artisan français Richard Mignot, charpentier plasticien qui réalise des sculptures lumineuses et des performances de calligraphie mécanique. Son principal sujet de recherche vise à décontextualiser les procédés techniques pour trouver de nouveaux moyens d’expression. « Il s’agissait pour nous de partager l’espace et de nous confronter l’un à l’autre, mais j’ai très vite senti une affinité avec la démarche de Richard, une certaine gémellité », raconte Denis Meyers. « L’émotion jaillit du geste, de la main qui trace instinctivement – voilà ce qui unit les deux artistes. Denis comme Richard ont exploré à leur manière le trait brut qui libère l’émotion avec la trace », ajoute Alexandra Decraene.

Richard Mignot, « Cofaire », 2017, caisson lumineux, 102 × 72 cm, 1/3, 2.900 euros.
Richard Mignot, « Cofaire », 2017, caisson lumineux, 102 × 72 cm, 1/3, 2.900 euros. - d.r.

Complémentaires, les deux artistes ont agi librement et sans se marcher sur les pieds : Mignot a effectué un travail de typographie en produisant trois pièces au design inédit, conçus par les ateliers d’Artinkk, tandis que Meyers a expérimenté la découpe sur bois dans ce même atelier. « Chaque pièce est ensuite peaufinée manuellement grâce à la scie sauteuse, puis poncée et peinte à la main, ce qui la rend unique même si je la produis en deux exemplaires. » Un travail spatial qui invite le visiteur à déambuler en tournant autour de ces visages suspendus dans l’espace ou légèrement décollés du mur. « Je pense que je n’abandonnerai jamais la peinture mais j’ai aussi envie d’explorer d’autres moyens de présentation, d’installation, en trois dimensions. Mes projets de typographe, je les déploie davantage avec la galerie Macadam, qui me représente habituellement. »

Brut. Denis Meyers et Richard Mignot, Galerie Artinkk, 475 chaussée de Waterloo, 1050 Bruxelles, jusqu’au 10 mars,

du mardi au vendredi de 11 à 18 h 30, samedi de 14 à 18 h 30, 02-353.19.35, www.artinkk-lagalerie.com

 
 
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