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En manque de neige, les stations de ski doivent se réinventer

Le changement climatique frappe aux portes des stations de montagne. Celles-ci réagissent en s’accrochant au ski et en multipliant les investissements. Certaines songent à se diversifier.

Reportage - Journaliste au service Société Temps de lecture: 6 min

Evidemment il y a eu la neige. Tombée en abondance, drue, par paquet. Tantôt collante, tantôt virevoltante. Du jamais vu. Forçant des stations à cloîtrer habitants et touristes. Coupant les routes, causant des avalanches. Une saison comme on n’en a plus vue depuis longtemps. 2017 : la fête à la montagne. « Dès qu’il y a 30 cm de neige, tout le monde est comme hypnotisé, tout le monde oublie », ironise un responsable d’office du tourisme. Mais il y a la tendance, lourde elle aussi. Un autre tableau : une température moyenne qui grimpe sans relâche, une météo plus capricieuse, de la pluie de plus en plus haut, un manteau neigeux en diminution. Partout, du Vercors à la Savoie en passant par l’Isère, jusqu’aux Pyrénées, les trois derniers hivers furent déplorables. Avant 2017 et ses abondants flocons qui ont fait revenir les touristes et leur bel argent.

Mais si on parle moins du changement climatique, ni l’épure ni les projections des scientifiques n’ont changé.

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L’érosion devrait se poursuivre. Comment assurer la pérennité des stations de montagne, alors que l’or blanc sur lequel elles sont assises pourrait subir le même sort que le noir : une lente mais inexorable diminution ? Partout, les temps sont mouvants depuis un moment. Et le climat n’y est pas toujours pour quelque chose. Le touriste skie moins qu’avant : « Fini la journée de 9 à 17 heures non-stop, suivie du retour à l’appartement », note Philippe Bourdeau, professeur à l’université de Grenoble. Désormais, beaucoup de skieurs déchaussent en début d’après-midi. « Sur un même laps de temps, on skie davantage qu’avant, justifie Jean-Luc Jaouen, patron des pistes à Chamrousse (Isère). On a nettement amélioré les remontées mécaniques : elles sont plus rapides, le temps d’attente est réduit, le skieur attend moins et skie plus… ». Le travail de la neige a également été optimisé. Les dameuses sont équipées de GPS mesurant la couche de neige au cm près ; elles suivent un plan précis, au plus rapide.

Une « expérience » montagne

La glisse de papa a donc vécu… Il y a de ça. Mais le touriste est aussi devenu versatile et zappeur. Le ski c’est bien, mais il lui faut plus. Une « expérience », une « émotion », disent les as du marketing. D’autres activités en tout cas. Et comme chacun sait, l’émotion de cette année doit être plus forte que celle de l’an dernier.

Et c’est qu’il aime son confort, le bougre. Commande en un clic, livraisons à la porte du chalet, assistance au chaînage avant la montée en station, temps d’attente aux remontées en temps réel sur smartphone… Paradoxe : la rude montagne se fait « convenient », pratique, confortable. Tout à leur concurrence, les stations finissent par se ressembler dans leur diversification. Chacune a sa piscine, sa patinoire, sa piste de luge, son snow park, sa salle de fitness, ses circuits de raquettes, ses chiens de traîneaux… Toutes exploitent les tendances du moment comme le ski de randonnée, les « nouvelles glisses ». Les stations les plus riches ont ajouté d’autres attractions permettant d’épater le chaland et de le soulager de quelques billets supplémentaires (conduite sur glace, parapente, balade en dameuse…). Car le touriste d’hiver est un bon client. Il ne rechigne pas à la dépense, à la différence de son équivalent estival.

Clientèle dorée

A force, le tourisme d’hiver devient de plus en plus élitiste. « Les classes moyennes et supérieures sont poussées hors des grandes stations chics, il faut faire de la place aux Russes », plaisante un ancien patron de palace à Megève. Si les médias parlent abondamment des départs au ski à la veille de la saison, le phénomène ne touche en réalité qu’une faible partie de la population – 7 % en France, en diminution constante. Une frange de plus en plus réduite, de plus en plus nantie.

Dans un grand écart, les stations cherchent à la fois à monter en gamme pour capter une clientèle dorée, mais veulent aussi attirer les familles, les jeunes et les séminaires d’entreprises. Cette politique nécessite des investissements considérables, tant dans les stations que sur les domaines où on rivalise de gigantisme. On relie les domaines entre eux, on monte en altitude – recherche de la « garantie neige » oblige. Le prix du forfait suit le mouvement. D’où une frustration du client : 55 euros la journée pour un domaine qu’une journée ne suffit pas à parcourir… Et on annonce des forfaits à 100 euros dans les stations les plus huppées. Dans le milieu, certains se demandent si les stations ne manqueront pas de skieurs avant de manquer de neige.

Dernière stratégie en date : le modèle Ibiza, fait de commerces chics et de clubbing, dans des boîtes en plein air – comme les « Folie douce » qui dépotent à Val d’Isère, Val Thorens ou l’Alpe d’Huez. Un filon chargé de diverses substances venu d’Ischgl en Autriche dont le slogan parle de lui-même : « Relax if you can ».

Non content de se diversifier, les stations continuent à augmenter leur offre d’hébergement à coup de milliers de nouveaux lits, alimentant une spéculation immobilière qui pousse les prix à la hausse. « Disneylandisation », « fuite en avant », dénoncent pas mal d’observateurs. Dans le même temps, toutes doivent relever le niveau d’un immobilier historique vétuste et énergivore.

Pérenniser le modèle

Dernier investissement essentiel : la « fiabilisation » des domaines, entendez, l’extension de la neige de culture qui permet de garantir les débuts et fins de saison et d’atténuer les aléas. « Personne ne veut la fin du modèle. Tout le monde s’accroche. », poursuit Bourdeau. « Tout le ski, c’est fini, sans le ski tout est fini, traduit Gilles Chabert, le « M. Montagne » de la région Rhône-Alpes. Il faut pérenniser le modèle, tant qu’on peut le faire. On ne pourra jamais compenser la sortie du ski ». D’où la neige de culture : « Il faut réagir en s’équipant. C’est ça, ou on retourne faire les ramoneurs à Paris ou les chauffeurs de taxi ! Personne ne viendra en montagne parce qu’il y a une belle piscine à vague. Non, on vient pour ski. On construit là-dessus parce qu’on n’a pas d’autre choix ».

Mais la petite musique de la diversification tourne dans les têtes. « Elle est supposée plus facile pour les stations de moyenne montagne, indique Coralie Achin (université de Grenoble), elles ont plus d’atouts ». Ces atouts, c’est leur « territoire », d’autres ressources que le ski a reléguées dans l’ombre. « Le manque de neige va pousser les stations à se retourner sur leur propre territoire. Prédit Vincent Neyrinck, membre de l’association de protection Mountain Wilderness. Mais c’est un défi redoutable : changer la vision que les gens ont de la montagne, ceux qui y viennent, ceux qui y vivent et ceux qui la gèrent ». On croyait que la station sauvait la montagne (l’emploi, la population, les services). Peut-être qu’à l’avenir ce sera l’inverse.

Partout, l’offre d’été s’est donc, elle aussi, étoffée, voire l’offre quatre saisons. Luge d’été, « fat bike », VTT, à assistance électrique ou pas, randonnées, piscines, centres aquatiques et sportifs, équitation, tennis, golf, escalade, parapente, hélicoptère... Qui dit mieux ? « Le tourisme 4 saisons, c’est des conneries, contre cependant Chabert. Essayons d’abord de faire venir les gens sur deux saisons. On ne fera jamais venir personne au printemps, la montagne est sale à la fin de l’hiver. L’été, on peine déjà ». Et ce tourisme-là est jugé moins rémunérateur...

Hiver, été ? Face à l’endettement qui grimpe, il faut faire des choix. « Il n’y a rien de plus conservateur qu’un moniteur de ski et un patron de remontées mécaniques », dit un local. Et ils savent parler aux élus. La course à la neige et à ses aficionados a encore de beaux jours devant elle.

 

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1 Commentaire

  • Posté par albert vynckier, samedi 3 février 2018, 13:20

    qu'elles deviennent des endroits où l'on apprend à danser le ....ska

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