Le théâtre est d’utilité publique

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Parmi les lauréats, on retrouve King Kong Théorie d’après le texte de Virginie Despentes.
Parmi les lauréats, on retrouve King Kong Théorie d’après le texte de Virginie Despentes. - D.R.

Jouer est un élément capital pour le développement des enfants et des adolescents. Et jouer est aussi le moteur principal des acteurs. Provoquer des émotions mais aussi le débat pour faire réfléchir et améliorer la société constitue une des missions du théâtre. Depuis 2015 et les événements qui ont profondément modifié notre société, la ministre-présidente de la Cocof, Fadila Laanan (PS), a décidé de mettre en plus un label bruxellois pour les pièces dites d’utilité publique. Pour les troupes, cela représente une aide de 30.000 euros pour leur diffusion et pour les professeurs, la garantie d’un spectacle éducatif.

Dans l’urgence, c’est d’abord la pièce d’Ismaël Saidi, Djihad, qui avait reçu le premier label. Puis, en 2016, Fadilaa Laanan avait décidé de pérenniser cette initiative afin d’encourager les écoles à se rendre dans les salles aux fauteuils rouges. Elle a alors composé un jury comptant 9 professionnels du secteur : metteur en scène, acteur, professeur au Conservatoire, professeur de morale, enseignant, représentant du cabinet ministériel, de la Fédération Wallonie Bruxelles ou directrice du Centre bruxellois d’action interculturelle.

Pour être étiquetés, les projets doivent avoir un lien avec l’actualité ou un enjeu de société majeur, avoir une pertinence éducative et pédagogique, être en français et apporter une attention particulière au public scolaire. Il faut aussi un minimum de 6 représentations dans deux lieux culturels bruxellois, disposer d’un dossier pédagogique et organiser un débat après le spectacle.

Petit changement cette année : la ministre a décidé de distribuer uniquement deux labels au lieu de quatre afin de moins saupoudrer les aides. Chacune des pièces reçoit à présent 30.000 euros pour augmenter sa diffusion. « Par cette démarche, nous souhaitons valoriser des spectacles qui possèdent une vraie puissance d’évocation auprès des jeunes, de manière à leur fournir des éléments de réflexion qui leur permettent de se forger leur propre opinion sur des thèmes qui les concernent, explique Fadila Laanan. Je suis convaincue que même à l’ère de la culture d’écran, le théâtre est un outil formidable pour s’adresser aux jeunes, parce qu’il se déploie précisément sous vos yeux, sans autre forme de support. Le message qu’il délivre peut donc interpeller le spectateur avec une force rarement égalée par d’autres disciplines artistiques. »

Les lauréats 2017-2018

Par Vanessa Lhuillier

« On the road… A »

Roda Fawaz propose un seul en scène sur la question de l’identité. Il est un homme du monde. D’origine libanaise, il est né au Maroc mais a grandi en Guinée avant d’arriver en Belgique. Il se sent Africain mais aussi Belge mais on lui rappelle en permanence qu’il est Marocain même si lui si dit plutôt italien afin de rentrer en boîte de nuit. Dans une mise en scène d’Eric De Staercke, il raconte l’histoire de sa vie avec humour et autodérision. Il nous parle aussi de l’absence de son père, de la manière dont il a dû se construire avec des cultures différentes, une envie d’appartenir à un monde universel alors qu’on lui renvoie la question de l’appartenance à un pays. On rit mais surtout on se questionne sur les fondements de notre propre identité.

« Le Verfügbar aux Enfers »

En 2017, la compagnie des Souffleuses de chaos reprend l’opérette satirique à Ravensbrück. Sur scène, quatre comédiennes chantent et dansent pour défier la mort et la barbarie. « Si nous rions, c’est de ce qui les fait blêmir ». Une phrase qui en dit long sur les actes de résistance. L’œuvre a été écrite par Germaine Tillon, déportée en 1943 à Ravensbrück. Pour redonner le goût de l’art et du rire, elle écrit cette opérette un an après. Aujourd’hui, c’est entre théâtre, musique et marionnettes que ce spectacle interdisciplinaire confronte l’industrie de la mort des systèmes concentrationnaires à une énergie de vie et de poésie. Avec une féroce et presque saugrenue dérision, les chansons abordent l’anatomie, la durée de vie, les maladies, le travail, la faim.

« Suzy et Franck »

En 2018, la pièce de l’Inti théâtre reçoit le label d’utilité publique. Suzy vit à Paris et Franck dans un couloir de la mort au Texas. En 1996, un peu par hasard, ils entament une correspondance. Peu à peu, ils se découvrent, se rencontrent et un jour, ils tombent amoureux. Vingt ans plus tard, ils continuent de s’aimer mais ne vivent toujours pas ensemble. Au-delà de la peine de mort, le spectacle nous invite, avec finesse, à une réflexion sur les moyens de rester humain face à l’inhumain. Seul en scène, Didier Poiteaux marque le public par sa gravité et son émotion. Il n’hésite pas à visiter les coins les plus sombres des prisons et les idées de remise en cause de l’abolition de la peine de mort.

« King Kong Théorie »

Delphine Ysaye, Marie-Noëlle Hébrant et Maud Lefebvre interprètent avec justesse et rudesse le texte autobiographique de l’écrivaine Virginie Despentes. Dans cet écrit souvent très cru, les comédiennes abordent la question de la féminité sous tous ses angles même les plus aigus. Cette femme, née en France en 69 veut casser les codes en testant toutes ses envies quitte à prendre des risques. On y parle de prostitution, de relations lesbiennes, de violence, de droits de la femme et surtout, de liberté. « J’écris de chez les moches, pour les moches, les frigides, les mal baisées, les imbaisables, toutes les exclues du grand marché, aussi bien que pour les hommes qui n’ont pas envie d’être protecteurs, ceux qui voudraient l’être mais ne savent pas s’y prendre. » Renversant.

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