Charleroi: «Jeunesse nomade», un spectacle inédit pour interroger les migrations

Dans cet article
45 jeunes belges et mineurs étrangers non accompagnés (Mena) vivant en centre Fedasil ont décidé de s’impliquer dans le projet de spectacle «
Jeunesse nomade
».
45 jeunes belges et mineurs étrangers non accompagnés (Mena) vivant en centre Fedasil ont décidé de s’impliquer dans le projet de spectacle « Jeunesse nomade ». - D.R.

Il y a un moyen plus puissant que la violence pour faire la révolution : c’est l’art. A l’initiative de la Fédération des maisons de jeunes de Belgique francophone (FMJBF), un collectif s’en est emparé pour interroger les causes profondes des migrations contemporaines, la politique migratoire et ses impacts, le traitement des demandes d’asile, la place et la prise en compte de la parole citoyenne dans ce contexte et la brutalité du système dit « d’accueil ».

Dans un spectacle intitulé « Jeunesse nomade » créé l’été dernier pour une seule représentation au festival Esperanzah, 45 jeunes belges et mineurs étrangers non accompagnés (Mena) vivant en centre Fedasil ont décidé de s’impliquer dans le projet. Théâtre, vidéo, chant, chorégraphie, musique live : leur performance sera sur les planches de Charleroi Danses le samedi 24 février prochain en soirée.

Une initiative qui a bénéficié de la contribution de la régionale Présence et Action culturelle de Charleroi dont l’animatrice Margaux Joachim avait découvert le spectacle à Esperanzah. « Tout a démarré à Florennes à partir d’une rencontre organisée entre des jeunes de la MJ locale et du centre Fedasil, explique Valérie Hebrant de la FMJBF. Nous avons décidé de lui donner un prolongement avec une activité organisée hors les murs, élargie à d’autres jeunes. Et puis est née cette idée folle de partager des pratiques artistiques pour raconter une histoire commune. » Une histoire faite de récits de vie, d’expériences personnelles et de ressentis. Il ne restait qu’à trouver des professionnels pour encadrer le projet : un vidéaste, deux comédiens, deux chorégraphes, deux musiciens et un metteur en scène sont venus compléter l’équipe d’encadrement. Un budget de la Fédération Wallonie-Bruxelles a permis de passer à l’action. « Un dimanche de juillet, nous avons embarqué valises, matériel, nourriture et puis surtout beaucoup d’envie pour relever un challenge inédit : créer un spectacle en cinq jours et l’interpréter le sixième devant des centaines de festivaliers », poursuit Valérie Hebrant.

Les corps en disent plus que les mots

Jeunesse nomade est une œuvre émouvante où les corps en disent parfois plus que les mots, comme ce tableau évoquant la traversée de la Méditerranée sur un fragile esquif. Ce qui ne devait être qu’un one shot a connu une vie inattendue, avec six représentations en Wallonie et à Bruxelles. Avant Charleroi qui l’accueillera le 24 février. « La difficulté supplémentaire, c’est qu’il faut gérer le départ de certains participants. Des mineurs étrangers frappés d’ordres de quitter le territoire disparaissent. » Pas question de les remplacer. Leur absence occupe au contraire une grande place sur la scène, comme Aïcha, 17 ans dont la demande d’accueil a été refusée par le Commissariat général aux réfugiés et apatrides. Diffusion de la voix de la jeune femme, projection de son portrait. Jeunesse nomade est un ovni de la scène. Une aventure qui ne laisse personne indifférent.

Réservations auprès de Margaux Joachim 0475/53.88.38 ou jeunessenomade.charleroi@gmail.com. Entrée de 3 à 7 euros, gratuit pour les demandeurs d’asile.

Des supports très différents

Par Didier Albin

Ils devaient être 60, ils n’ont été finalement que 45 à embarquer dans l’aventure. Une aventure qui les a conduits bien au-delà de ce qu’ils imaginaient. Comme le raconte Valérie Hébrant, « tout ce qu’ils avaient exprimé ou pensé a dû être adapté, ajusté, traduit dans d’autres langages artistiques. Il a fallu revenir en arrière et puis surtout écouter. Des moments lumineux ont succédé à des instants très sombres, des émotions intenses ont permis de surmonter la fatigue. Dans le groupe, aucun n’a rien lâché, tout le monde y a cru jusqu’au bout des cinq nuits qui ont précédé l’interprétation d’un spectacle créé à partir de contenus et de supports très différents ». Vidéo, théâtre, chorégraphies, chansons et musiques originales : certains contenus sont arrivés par les ateliers encadrés, d’autres pendant les pauses, aux repas ou durant les soirées, voire à l’occasion de coups de gueule ou de témoignages inattendus. Jeunesse nomade est la somme de tout ça. Après Charleroi, deux représentations seront encore programmées. L’aventure prendra fin l’été prochain, un an après.

À la Une du Soir.be
À découvrir sur Le Soir +
 
 
 

Vos réactions

Règles de bonne conduite / Un commentaire abusif? Alertez-nous

Le choix de la rédaction
  1. Les attentats du 22 mars 2016 à Bruxelles ont durablement marqué le pays, jusque dans ses procédures judiciaires.

    Comment les attentats du 22 mars ont changé la justice

  2. belgaimage-91136168-full

    In memoriam: les portraits des victimes du 22 mars

  3. POLITICS NEUFCHATEAU LOCAL ELECTIONS FRAUD

    Dimitri Fourny inculpé: une catastrophe pour le CDH

Chroniques
  • La même que moi, la même que la mienne…

    En matière de norme grammaticale, il est souvent difficile de trancher de manière péremptoire. Que penser, par exemple, de cette phrase : pour la même raison que moi , des milliers de manifestants seront dans la rue ce dimanche ? De nombreux francophones ne verront aucun problème dans cet énoncé ; mais il s’en trouvera qui préféreront : pour la même raison que la mienne.

    La deuxième formulation exprime une comparaison entre deux termes de même rang syntaxique (la même raison et la mienne), alors que la première corrèle un complément (la même raison) et le sujet (moi) d’un verbe sous-entendu. Cette dissymétrie, parfois ressentie comme peu soignée, ne peut être taxée d’incorrecte. Libre à vous d’en user de la même façon que moi. Ou que la mienne…

    La même question que lui ?...

    Lire la suite

  • 22 mars 2016: temps des victimes, temps judiciaire

    Le temps est un redoutable ennemi. Il affaiblit insidieusement mais inéluctablement la compassion due aux victimes des attentats du 22 mars 2016 mais permet aussi à la société belge de tourner lentement l’une des pages les plus sombres de son histoire. Les commémorations qui auront lieu aujourd’hui ont cette utilité magique : raviver la solidarité à l’égard des victimes et inviter notre société à ne pas tourner la page trop vite en oubliant ce que fut ce matin tragique du 22 mars.

    Trois ans pour...

    Lire la suite