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À la croisée des mondes

Super Dakota met en tension l’univers plastique de Joachim Bandau avec celui d’une jeune plasticienne très en vogue, Jeanne Briand

Temps de lecture: 4 min

C’est à un subtil dialogue entre deux générations de plasticiens que nous convie le double solo show présenté par Super Dakota en ce début d’année : d’un côté, l’univers de l’artiste allemand Joachim Bandau (Cologne, 1936) et de l’autre, celui de la Française Jeanne Briand (Paris, 1990). Etudiant à l’Académie de Düsseldorf dans les mêmes années que Gerhard Richter et Josef Beuys, Bandau n’a pas bénéficié du même rayonnement international que ces derniers, même si l’on ne peut que souligner l’immense et simplissime poésie des aquarelles et des sculptures exposées à Ixelles. Installé à Aix-la-Chapelle, il poursuit aujourd’hui encore une inlassable recherche qu’on aurait tort de classer trop rapidement sous l’étiquette « minimaliste » sans y regarder de plus près : dès les années 1970, l’artiste définit en effet ses sculptures comme des réceptacles ou des sortes de sarcophages, de caveaux, dans lesquels le corps humain peut s’intégrer. L’œuvre d’art renferme ainsi un espace, elle jouit d’une intériorité qui peut même se trouver investie. Mobiles, ces sculptures renferment un aspect biomorphique : elles s’apparentent à du matériel ou à des machines médicales que l’on relierait au corps humain – ce qui fait du travail de Jeanne Briand une sorte de prolongement contemporain des préoccupations de Bandau.

Jeanne Briand, «
Proximity Max (antelope)
», 2017, cadres de moto transformés recouverts de cuir, 47 cm x 35 cm, 3.300 euros. © Isabelle Arthuis.
Jeanne Briand, « Proximity Max (antelope) », 2017, cadres de moto transformés recouverts de cuir, 47 cm x 35 cm, 3.300 euros. © Isabelle Arthuis.

Diplômée de l’Ecole des beaux-arts de Paris, celle-ci est à 28 ans seulement la nouvelle figure d’une génération de plasticiens rassemblés par Nicolas Bourriaud sous le terme de « réalisme biologique », qui émerge dans le sillage de cette prise de conscience planétaire que constitue l’anthropocène et représente une tendance cruciale de l’art actuel. Elle participe à l’exposition collective « Crash Test » qui vient d’ouvrir ses portes à Montpellier sous le commissariat de Bourriaud. « Les œuvres de Jeanne Briand ne sont ni anthropomorphes, ni zoomorphes, ni même organiques, pas plus qu’elles n’appartiennent au monde des machines », déclare le curateur : « Elles participent de l’ensemble de ces catégories et contribuent à en créer une nouvelle, dans laquelle prothèses et appareils, biologie et mécanique cesseraient d’être perçus contradictoirement. »

Biologie augmentée

Se situant à la limite entre l’artifice et l’humain, cette jeune plasticienne en vogue se situe quelque part entre David Cronenberg et Björk, questionnant le transhumanisme comme la réalité augmentée et imaginant notre futur à la croisée des nouvelles technologies et des pratiques artisanales organiques. Elle a récemment exposé au Salon de Montrouge, bénéficié d’une résidence au Palais de Tokyo à Paris, et travaille actuellement à Marrakech dans le cadre d’une résidence qui lui permettra d’explorer le travail de la terre – car Jeanne Briand conçoit et réalise elle-même ses pièces dans les moindres détails, acquérant au fur et à mesure de nouvelles techniques. A 18 ans, elle s’immerge dans la création plastique en étudiant aux Ateliers de Sèvres puis en apprenant à souffler le verre, mais sa réflexion se situe déjà bien au-delà d’une simple pratique artisanale puisque cette maîtrise technique lui sert à souffler ses premiers utérus, organes reproducteurs féminins allant de pair avec une réflexion sur la fécondation in vitro et les questionnements contemporains sur la génétique. En 2017, elle déploie d’autres installations en verre soufflé – des gamètes connectées entre elles par des câbles USB. Une bande sonore créée par le souffle de l’artiste et réalisée en collaboration avec le compositeur Romain Azzaro émane cette fois du verre lui-même. Pour sa première exposition à Bruxelles, Jeanne Briand montre le résultat de deux récents séjours de recherche – l’un à Bombay et l’autre à Los Angeles –, combinant à nouveau l’univers organique et technologique dans de nouvelles créations qui continuent d’interroger le génome humain et les bouleversements auxquels la science le soumet.

Joachim Bandau. Théâtre des formes. Jeanne Briand. Proximity , jusqu’au 24 février, Super Dakota Gallery, du mardi au samedi de 11 à 18h, 45 rue Washington, 1050 Bruxelles, 02-649.17.72, www.superdakota.com.

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