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Vers un renouveau politique?

Les partis traditionnels tentent de se réinventer ; de nouveaux partis se créent mois après mois. Les initiatives actuelles font le pari que l’indignation suscitée par la mauvaise gouvernance politique se traduira dans les urnes, ce qui est loin d’être assuré.

Chronique - Chroniqueur Temps de lecture: 6 min

Le cycle électoral de 2018-2019, qui concerne tous les niveaux de pouvoir, promet d’être riche en nouveautés. Les partis traditionnels tentent de se réinventer ; de nouveaux partis se créent mois après mois ; des citoyens font irruption dans le champ politique ; la société civile se structure afin de lutter contre ce qu’elle qualifie de domination néolibérale. En outre, ceci expliquant en partie cela, les sondages d’intentions de vote augurent de profonds bouleversements des positions acquises, et donnent l’impression que désormais tout est possible.

Pas de réelle surprise

Si l’on veut mettre un peu d’ordre dans cette effervescence, on est conduit à distinguer le classique du non classique. Le plus attendu, en fin de compte, est le lancement du parti Be.one à l’initiative, notamment, d’Abou Jahjah (Le Soir du 8 février). Il n’est pas surprenant qu’un tel parti soit lancé : il est étonnant qu’il ne l’ait pas été plus tôt. Il s’inscrit en effet dans le modèle déjà ancien des clivages partisans, en vertu duquel, lorsque des organisations de la société civile luttent contre une domination structurelle et de grande ampleur, ce combat suscite la création de partis politiques destinés à le faire progresser sur cette nouvelle scène.

Un vide comblé

A ce titre, Be.one comble un vide, comme l’avaient tenté précédemment les listes de candidats Egalité ou Egalitaires ! aux scrutins précédents. Même s’il s’en défend, Be.one est d’abord l’expression de minorités issues de diverses migrations, qui réagissent contre les discriminations, le sentiment d’être contraint à l’assimilation, la montée du populisme de droite, la hantise de l’islam ou de l’islamisme… S’il risque d’être cantonné à un électorat sociologiquement défini, sa création équilibre le paysage politique autour du clivage entre cosmopolitisme et identité, en rappelant que les Belges « de souche » inquiets du bouleversement de leur cadre de vie ne sont pas les seuls à éprouver un sentiment de perte, d’injustice ou de domination.

Porter des thèmes dans l’air du temps

Un phénomène plus rare, mais également classique, est la fondation de nouveaux partis sous l’impulsion de citoyens qui dénoncent les clivages établis, qui veulent renouveler les pratiques politiques et qui, surtout, portent un thème dans l’air du temps, étroitement lié à l’actualité. En l’occurrence, c’est le thème de la gouvernance et de l’éthique en politique qui est inscrit à l’agenda, en réaction à une litanie de scandales ou d’exemples de mauvaise gestion qu’il n’est pas nécessaire de rappeler. D’autres événements traumatisants pour une partie de la population (la Première Guerre mondiale, la décolonisation, l’affaire Dutroux…) avaient déjà suscité de telles réactions, qui se caractérisent par une forte détermination, la mise en avant d’un thème nouveau et la focalisation sur un petit nombre d’objectifs jugés prioritaires.

Volatilité électorale

Les initiatives actuelles font le pari que l’indignation suscitée par la mauvaise gouvernance politique se traduira dans les urnes, ce qui est loin d’être assuré. Si l’on se réfère au PNPb, le parti créé par Pol Marchal (le père d’une des victimes de Marc Dutroux), il n’est pas facile de capitaliser sur un émoi collectif, aussi sincère et profond soit-il. Une fois l’événement traumatique passé, digéré et, surtout, pris en compte par les formations établies, rares sont les électeurs qui se déterminent en fonction d’une préoccupation aussi étroite. Mais l’extrême volatilité électorale que l’on observe depuis de nombreuses années ne permet d’exclure aucune surprise.

Le nécessaire rebond du CDH

Les turbulences que connaissent aujourd’hui plusieurs partis traditionnels constituent, à l’inverse, une nouvelle donne à l’issue particulièrement incertaine. En Flandre, le CD&V et l’Open VLD subissent de plein fouet la concurrence de la N-VA, le premier sur son flanc catholique conservateur et le second sur son tropisme néolibéral : à terme, une de ces deux formations au moins risque d’être marginalisée. Du côté francophone, le CDH n’affronte pas une concurrence aussi rude, mais il vit une crise d’identité plus profonde. Le PSC, dont il est issu, reposait sur un triptyque : il était le parti de l’ordre établi, un des relais du mouvement ouvrier et le défenseur naturel du pilier catholique. Aujourd’hui, le positionnement catholique n’est plus à l’ordre du jour, l’aile démocrate-chrétienne du CDH est affaiblie et la défense de l’ordre établi paraît dépassée. Le CDH doit donc muter, et lorgne le succès d’Emmanuel Macron en France en y voyant la possibilité d’un rebond.

Mais le CDH est-il prêt à changer de cap ? Car Macron incarne résolument, non pas le centre, mais le mouvement : il a pour ambition de moderniser la France, de l’adapter de fond en comble au 21e siècle et à un nouveau type de capitalisme, et il dispose pour ce faire de l’extrême concentration de pouvoir que lui offrent la fonction présidentielle et un mode de scrutin de type majoritaire. A supposer que le CDH soit prêt à devenir le parti du mouvement, de la réforme et d’une gouvernance libérale plutôt que centriste, il devra encore se distinguer du MR sur ce terrain et convaincre les électeurs. Ce qui n’est nullement exclu – non pas, cette fois, parce que tout est possible, mais parce que nécessité fait loi.

Retour aux racines de la démocratie

Un mot, enfin, du phénomène le plus neuf et le plus déroutant : la multiplication de mouvements citoyens qui, à l’instar de Tout Autre Chose et de Tam Tam, visent la même cible, le néolibéralisme, ont la même ambition, travailler les sujets en profondeur dans une perspective de long terme, et ont le même réflexe, au moins en un premier temps : agir sur les partis sans se transformer en parti. Ces mouvements reviennent en quelque sorte aux racines de la démocratie : plutôt que d’entrer dans une logique de groupe de pression, qui suppose un programme, des militants et des négociations, faire le pari de l’imagination et de l’intelligence, de la délibération et de la pédagogie, de l’infusion d’un nouveau mode de pensée.

Sous des modalités différentes, avec Syriza en Grèce, avec Podemos en Espagne et avec La France insoumise, les mouvements de ce type ont fini par créer ou par rejoindre une force proprement politique, sur fond de déliquescence des partis communistes ou socialistes traditionnels. En Belgique francophone, le PS est loin d’être mort, le PTB est en pleine forme et Ecolo occupe une partie de l’arc de gauche : c’est peut-être, paradoxalement, la meilleure assurance-vie pour ces nouveaux mouvements citoyens.

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