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Harmoniser l’espace public au canal

Deux bureaux d’architectes ont été désignés pour offrir une identité cohérente tout au long de la voie d’eau. Un mode d’emploi clé sur portes pour les pouvoirs publics.

Journaliste service Bruxelles Temps de lecture: 5 min

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il y a du pain sur la planche pour harmoniser un espace public aujourd’hui disparate tout au long des berges du canal. Offrir une identité cohérente à l’épine fluviale de la capitale, tel est l’objectif du « Plan de qualité paysagère et urbanistique pour l’espace public du canal » imaginé par la Région et particulièrement par le cabinet du ministre-président.

Après avoir mis l’accent sur la brique et les entreprises dans le cadre du plan Canal initié en 2012, voici une nouvelle étape qui s’ouvre. « L’enjeu du plan Canal est bien évidemment hautement stratégique, entame Rudi Vervoort (PS). On voit que le travail réalisé ces dernières années a fait que nous sommes aujourd’hui entrés dans une phase opérationnelle avec un nombre d’acteurs privés, publics ou encore économiques qui ne cesse d’augmenter, tout comme les projets proposés. Mais ce qu’il faut aussi, et c’est tout le sens de la planification, c’est offrir une harmonie en termes de territoire. »

Ce qui n’a rien d’une croisière en eaux claires. « On le sait, le canal, c’est 14 kilomètres, 5 communes traversées. » Il fallait donc un capitaine sur le navire, à charge pour ce dernier d’amener de la cohérence dans la diversité des projets en cours et à venir. « Densifier la ville pour y accueillir de nouveaux habitants ne peut se faire qu’en accordant une importance particulière au développement des espaces verts et publics, l’un ne peut se faire au détriment de l’autre. »

Concrètement, un appel d’offres international a été lancé à l’été dernier auquel plus de 50 candidats ont répondu. Au terme de la procédure, c’est l’association de deux bureaux d’architectes urbains qui a été retenue : ORG2 et le bureau Bas Smets. « Ce qui permet désormais à tous les opérateurs de faire appel à eux pour assurer cette harmonie », poursuit Rudi Vervoort. Sans pour autant empiéter sur les prérogatives du bouwmeester. « Le bouwmeester vise à la qualité architecturale, ici on parle plutôt d’harmonie urbanistique. Aujourd’hui, la zone du canal est sous-exploitée en termes de navigation, qui est pour l’instant essentiellement économique, mais cela ne durera pas. Sans parler de navigation de plaisance, on sait qu’à l’avenir, la mobilité dans Bruxelles passera aussi par le canal et donc, là, l’idée c’est, en caricaturant, de ne pas voir 19 types de panneaux différents en arrivant à Bruxelles. »

Les opérateurs publics auront donc l’occasion de s’appuyer sur l’expertise des deux bureaux pour fixer leurs choix. Pas d’obligation au menu, même si… « Il n’y a pas de contrainte, on parle plutôt d’un encouragement, indique le ministre-président, mais au final, il y a quand même une autorité qui délivre les permis : c’est nous. »

« Ce mécanisme permet à tous les maîtres d’ouvrage potentiels de bénéficier de l’expertise des deux bureaux mais aussi, pour les communes qui n’ont pas toujours le staff nécessaire de faire l’économie d’un bureau d’étude », appuie-t-on chez perspective.brussels, le bureau de planification urbaine où l’on annonce une tournée auprès des acteurs publics afin de les inciter à rejoindre le dispositif.

A la manœuvre avec son partenaire ORG2, Bas Smets dont le bureau travaille dans près de 13 pays de par le monde se réjouit de pouvoir œuvrer dans « sa » ville. « J’ai monté mon agence il y a dix ans rue Dansaert, tout près du canal qui fait donc partie de notre quotidien d’autant qu’un des premiers projets que nous avons mené était le parc de Tour&Taxis situé lui aussi en bordure de canal. Pour nous, c’est toujours un plaisir de pouvoir partager notre savoir-faire dans notre propre ville. Il nous semblait logique aussi de nous associer avec ORG2 qui est installé de l’autre côté du canal, à Molenbeek. »

Et le projet de l’équipe a séduit le jury. « Notre souhait est de proposer une vision pour ce canal qui est peut-être un peu mal aimé. Pour moi, à Bruxelles, il manque une référence paysagère à grande échelle alors que des villes comme Paris, par exemple, sont axées autour la Seine, alors que Rome a ses collines. Nous, on a un peu oublié que la ville basse est dessinée par la Senne et que le canal est un peu notre fleuve à nous. »

Reste donc à lui offrir une identité tout au long de son parcours, tel est le défi que veulent relever les deux bureaux. « Notre volonté n’est pas de façonner dix espaces différents mais de réfléchir de manière longitudinale. » Trois angles d’attaque ont été étudiés. « Il y a tout d’abord un aspect linéaire avec les berges, les pistes cyclables ou encore les garde-corps et les éclairages qui sont présents tout au long des 14 kilomètres, explique Bas Smets. Ensuite, il y a les surfaces : les zones industrielles ou les zones végétales en passant par les zones densément bâties dans le centre-ville. Et enfin, nous prônons des approches plus ponctuelles dans certains endroits, comme du côté du Bryc (Bruxelles royal yacht club) par exemple. Avec cela, on peut espérer que chaque projet en cours ou futur s’inscrive dans une même philosophie, même si tout ne sera pas pareil évidemment. »

Dans les mois à venir, les deux équipes vont se pencher plus avant sur le site mais avec l’ambition d’agir rapidement. « Nous ferons des tests en utilisant des prototypes dans les zones qui sont déjà en développement. Il ne faudra pas attendre 20 ans pour voir des résultats. Ce plan est à la fois ambitieux et pragmatique. »

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