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Poutine rempile: l’Europe devrait se doter d’une stratégie ferme

Une Guerre froide du XXIe siècle se développe à nos portes. Elle risque, à la moindre étincelle, de s’embraser. L’édito de Philippe Regnier.

Édito - Journaliste au service Monde Temps de lecture: 3 min

L’Europe a un problème avec Vladimir Poutine. L’ultranationalisme revanchiste du président russe, qu’une vaste majorité de Russes semblent plébisciter – c’est leur droit –, est lourd de répercussions au-delà de ses frontières. Une Guerre froide du XXIe siècle se développe à nos portes. Elle risque, à la moindre étincelle, de s’embraser. L’épisode sinistre de l’empoisonnement de l’ex-espion va encore aviver la tension. Et davantage isoler Poutine, dont on redoute déjà la réaction.

Que faire ? Masser des chars dans les pays de l’Otan à l’Est et maintenir des sanctions paraît prudent pour signifier au président, inévitablement réélu ce dimanche, qu’il y a des limites à ne pas franchir. Cela ne fait pas une politique, malheureusement : une chimère, pour l’Europe, tiraillée entre « faucons » anti-russes et amateurs de l’homme à poigne – la « poutinisation » des esprits gagne aussi le Vieux Continent.

Avec ses fidèles et ses communicants, Vladimir Poutine est passé maître dans l’art de semer le doute, de flouter la ligne qui sépare le vrai du faux, d’embrouiller les esprits, de retourner les pires accusations contre ses accusateurs.

Le Kremlin est-il « derrière » les cyber attaques ? Derrière les campagnes de désinformation sur les réseaux sociaux ? Les coups tordus pour influencer les résultats des élections dans nos démocraties ? La tentative de coup d’État au Monténégro au moment de rejoindre l’Otan ? Son armée régulière est-elle vraiment en masse dans le Donbass ? Va-t-il s’attaquer aux câbles sous-marins de l’internet ? Autant de suspicions, autant de craintes, autant d’agissements conçus pour qu’il soit à peu près impossible d’en démasquer le responsable sans nul doute possible.

Puis il y a les faits, indiscutables. L’élection de dimanche a cyniquement été programmée le jour du quatrième anniversaire de l’annexion par Moscou de la péninsule ukrainienne stratégique de Crimée et de la ville de Sébastopol. Le maître du Kremlin, après un mois de dénégations véhémentes, avait fini par reconnaître que les « petits hommes verts » débarqués en armes mais sans insignes pour prendre le contrôle des institutions de Crimée le 27 février 2014 étaient bien des soldats russes. Quel que soit le degré de soutien de la population locale, largement russe, ce remodelage d’un État par la force militaire « reste un défi direct à la sécurité internationale », a rappelé vendredi l’Union européenne.

La militarisation de la péninsule inquiète. Le déploiement de missiles de croisière capables d’être dotés de têtes nucléaires dans l’enclave de Kaliningrad, aussi. La doctrine nucléaire préoccupe autant, qui envisage des frappes en premier ressort.

Et, plus proche de nous, les finances du Kremlin ont sauvé celles, défaillantes, du FN de la famille Le Pen.

Foin du relativisme. La Russie de Poutine tente de rétablir des « sphères d’influences ». L’Europe aussi, mais sans recourir à la force ou la menace. Les faits sont suffisamment graves pour nous obliger à élaborer une stratégie ferme avec cet acteur majeur – et l’on n’abordera pas ici la situation en Russie où bien des libertés se sont évaporées.

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18 Commentaires

  • Posté par Gratter Poil, lundi 19 mars 2018, 7:40

    Si l’Europe s’était abstenue de prendre le parti de l’Ukraine lors de l’annexion de la Crimée - une région très largement russiphone - on n’en serait pas là. Ce sont les mêmes gauchistes qui réclament aujourd’hui la présence de chars aux frontières de l’est de l’Europe et qui manifestaient hier contre la présence d’ogives nucléaires de l’armée US sur notre continent. Poutine apparaît aujourd’hui comme le patron du monde et c’est très bien ainsi car lui seul est capable de stopper la vague islamiste dans le monde occidental et de défendre notre civilisation européenne. L’épisode de l’empisonnement d’unex-espion russe, on s’en contrefiche; c’est le risque du métier quand on trahit son employeur. Quant à l’attitude du gouvernement britannique, elle est pitoyable. Margaret Thatcher se retournerait dans sa tombe si elle voyait ce que devient son pays et comment il est gouverné aujourd’hui. Bravo Monsieur Poutine et merci de libérer l’Occident des gauchistes de tout poil qui y font la pluie et le beau temps.

  • Posté par jean pierre Smit, dimanche 18 mars 2018, 23:09

    Cher Monsieur Regnier , vous devriez de temps en temps lire autre chose que le courant majoritaire de la presse occidentale, par exemple "conversation avec PUTINE d'Oliver Stone" . En vente chez Club par ex ou sur Amazon. Vous comprendriez qu'il faut de temps en temps se mettre dans la peau de l'"adversaire" et essayer de comprendre son point de vue. Dès le début de sa législature Putine a proposé de collaborer avec l'Occident. Le Russes ont m^me été jusqu'à donner les logiciels d'espionnage de l'ambassade US à Moscou. EN échange les américains n'ont rien donné. La Russie actuelle qui était considérée comme quantité négligeable a compris que pour être respecté il fallait une armée crédible .EN effet sans arrêt les américains interviennent militairement pour modifier des régimes qui ne leur conviennent pas (Grenade, Panama, Afghanistan, Irak, Lybie,..). La CIA a armé en secret des rebelles Tchétchénes( les mêmes qui ont aidé Daesch). L'OTAN est aux frontières de la Russie et installe des missiles ABM soi-disant pour contrer l'IRAN alors qu'avec l'accord sur le nuclaire iranien ce n'est plus nécéssaire. Dite moi , qui est le plus agressif? LUnion soviétique avait une philosophie universaliste et pouvait être menaçante militairement ,mais pas la Russie qui est nationaliste et qui veut défendre ses intérêts (comme tous les pays). La Crimée ! la Russie est accusée de ne pas avoir respecté l'intangibilité des frontières internationalement reconnues . N'avons nous pas fait exactement la m^me chose au Kosovo (là aussi , referendum et déclaration unilatérale d'indépendance). L'Ukraine ! QUi ne respecte pas les accords de Minsk acceptés par toutes les parties ?? C'est le gouvernement ukrainien dont l'entêtement a déjà coûté la vie à 10000 personnes (qui en parle???).L'Ukraine , pays gouverné sous influence de groupes ultra nationalistes par des dirigeants corrompus qui a un manque flagrant de capacité de management (ce sont des fermiers français qui exploitent des fermes gigantesques et y gagnent de l'argent (voir "envoyé spécial "sur Fr2)). En syrie , c'est le seul pays qui a le droit d'y être au sens de l'ONU. On ne parle jamais des rebelles or il apparait clairement qu'aucun ne veut la démocratie, ce sont tous des djihadistes et salafistes . La guerre y dure depuis longtemps en raison de l'appui massif des américains, français, turcs qui fournissent des armes et de la formation afin d'utiliser des armes sophistiquées; J'aurais encore tellement de choses à dire . Je suis très déçus de la presse dans nos pays , qui n'a plus la capacité de réfléchir et de se mettre en cause en écoutant toutes les parties. C'est comme ça que la 1ère guerre mondiale a commencé !

  • Posté par Roland MARTIN, dimanche 18 mars 2018, 20:13

    Ce que l'éditorialiste raconte, c'est une chose, et le "tandem" mlp / poutine en est une autre, bien réelle.

  • Posté par Bachelart Bernard, lundi 19 mars 2018, 0:23

    Roland Martin, Il est exact que les banques russes ont prêté de l'argent à Marine Le Pen, évidemment pour favoriser sa campagne électorale. Mais les USA avaient précédemment soutenu les néo-nazis ukrainiens, comme on peut le voir dans cette vidéo, où ces monstres n'hésitent pas à arborer l'insigne de la division SS "Das Reich", celle-là même qui commit le massacre d'Oradour, et tant d'autres à travers l'Europe. https://www.youtube.com/watch?v=fU2lx-pA_fM Il serait temps d'arrêter cette confrontation stupide, qui entraîne les deux camps (Russie et Occident) à des pratiques et des alliances extrêmement dangereuses.

  • Posté par Passtoors Hélène, dimanche 18 mars 2018, 17:54

    Chère rédaction du Soir, je n'aime pas mon journal si belligérant. Je n'aime pas un édito qui commence avec un appel à amasser les chars à nos frontières européennes. Si guerre froide il y a ou aura, s'il vous plaît méfiez vous des émotions et prenez de la hauteur. Merci beaucoup, HP

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