Le parcours d’intégration fait le plein

Dans cet article
Via accueille les primo-arrivants dans 11 langues différentes.
Via accueille les primo-arrivants dans 11 langues différentes. - E.G.

Au lendemain des attentats du 22 mars 2016, l’inauguration du premier bureau d’accueil francophone pour primo-arrivants prévue depuis plusieurs semaines avait été maintenue. Pour le président de Via, c’était une manière de ne pas céder à ceux qui tentent de semer la terreur. « C’est aussi un symbole. Car c’est en faisant tomber les murs entre les gens qu’on vaincra l’obscurantisme », commente Vincent Vanhalewyn (Ecolo).

Deux ans plus tard, ce dernier se dit très satisfait du bilan de ce bureau proposant un parcours d’intégration aux personnes disposant d’un titre de séjour valable mais présentes depuis moins de trois ans sur le sol belge. « Est-ce que cela suffit de venir suivre des cours de citoyenneté et des cours de langues ? Non, bien sûr. On leur donne les clés de compréhension de notre société et on leur permet d’interagir dans une des langues nationales. Mais après, il y a tout l’enjeu de l’insertion professionnelle. Il n’empêche que l’on atteint notre capacité maximale alors que la participation se fait uniquement sur base volontaire ! », souligne l’écologiste.

En deux ans, le bureau Via qui dispose d’une antenne à Schaerbeek et d’une autre à Molenbeek a ouvert 2.574 dossiers dont 1.966 sont toujours en cours. Après une période de rodage, ce bureau subsidié par la Cocof de manière à assurer le suivi de 2.000 personnes par an tourne désormais à plein régime. Les participants sont surtout originaires du Moyen-Orient (64 %) mais aussi d’Afrique du Nord (12 %) et d’Afrique subsaharienne (9 %). On enregistre aussi des ressortissants de l’UE (8 %), des Balkans et des pays d’ex-URSS (3 %). Parmi les inscrits, on dénombre un peu plus d’hommes (55 %) que de femmes (45 %).

Pour l’heure, 194 personnes ont achevé leur parcours d’intégration au sein de Via. Concrètement, cela signifie qu’ils ont d’abord effectué un bilan social avant de suivre 10 heures de cours sur les droits et devoirs et 50 heures de cours de citoyenneté durant lesquelles sont abordés aussi bien les valeurs du vivre-ensemble comme l’égalité entre les hommes et les femmes que le tri des déchets en passant par les institutions belges.

Les cours de langue qui peuvent s’étaler sur un maximum de 1.200 heures sont dispensés par des associations agréées. « Le décret nous demande d’atteindre le niveau A2 qui permet de se débrouiller au quotidien : se présenter, demander son chemin… Nous délivrons un certificat qui dit que la personne a suivi le parcours mais qui n’est pas un certificat de niveau linguistique », précise Vincent Vanhalewyn.

Entre deux cours, les participants discutent dans les locaux lumineux où ils ont du café à leur disposition. « Depuis le départ, notre philosophie était de mettre sur place un lieu où l’on accueille les gens avec bienveillance. On ne voulait pas d’un guichet impersonnel, mais d’un lieu agréable puisque les gens y passent de nombreuses heures de cours. Notre équipe pluridisciplinaire est notamment composée d’assistants sociaux et de psychologues. On n’accueille pas de la même façon une personne venue en Belgique pour un mariage qu’une autre qui a fui la guerre », illustre le président de Via.

L’obligation retardée

Le gouvernement bruxellois avait initialement prévu de rendre obligatoire le parcours d’intégration dès 2018. Mais lasagne institutionnelle oblige, un accord de coopération entre la Cocof et la Communauté flamande est encore en cours de négociation. Sur le terrain, on ne ressent pas d’empressement. Le fait de rendre le parcours d’intégration obligatoire soulève de gros enjeux. Outre l’augmentation de la capacité et donc des moyens, il y a un enjeu pédagogique. « Ce n’est pas insurmontable mais donner cours à un public qui vient de manière volontaire, ce n’est pas la même chose que d’enseigner à des personnes venues pour éviter une amende. La dynamique est différente », indique Vincent Vanhalewyn. Le président de Via ajoute qu’il faudra également régler la question de l’accueil de la petite enfance qui pénalise malheureusement surtout les femmes. Enfin, les communes qui sont chargées par le décret de prouver à la Cocom que le parcours a bel et bien été suivi auront besoin de moyens pour mener à bien cette tâche.

À la Une du Soir.be
À découvrir sur Le Soir +
 
 
 

Vos réactions

Règles de bonne conduite / Un commentaire abusif? Alertez-nous

Le choix de la rédaction
  1. «
Je pars avec un pincement au cœur, un gros pincement, vous vous en doutez…
»

    Benoît Lutgen au «Soir»: «Je quitte la présidence du CDH»

  2. Partisans et adversaires du Brexit mêlés devant le Parlement, sous la statue de Winston Chrchill, peu avant le vote
: un moment historique...

    Le Brexit plus que jamais dans l’impasse

  3. La proclamation officielle du résultat de l’élection présidentielle n’a pas entamé la détermination des partisans de Martin Fayulu - ici, lors d’une manifestation à Kinshasa, vendredi dernier.

    RD Congo: des fuites révèlent la victoire de Martin Fayulu

Chroniques
  • Le changement, l'obsession des slogans politiques

    Les élections approchent, ce qui veut dire qu’en tant qu’électeur, on peut s’attendre à deux attitudes fondamentales des partis politiques, exprimant les deux proto-positions politiques : soit ils donneront l’espoir de réaliser un changement, soit ils inspireront la confiance dans la poursuite de leur politique. Le premier sentiment se traduit dans un slogan tel que «  Avec cet homme tout va changer  » ; le deuxième dans le slogan «  Pas de revirement  ». La position de chaque parti politique peut être réduite à une variation sur un de ces deux slogans. C’est aussi la conclusion d’un petit bouquin, Vijftig jaar stemmenmakerij : 17 verkiezingscampagnes 1946-1995  » (50 ans de scrutins : 17 campagnes électorales entre 1946 et 1995) de feu Hugo De Ridder, journaliste politique au Standaard.

    «  Pas de revirement  » était le slogan du Premier...

    Lire la suite

  • Par Colette Braeckman

    RD Congo: valider la tromperie ou la démocratie

    La lenteur avec laquelle la Commission électorale indépendante avait « délibéré » avant de communiquer le résultat des élections présidentielles avait déjà de quoi inquiéter. Et l’on pouvait soupçonner que le « match nul » donnant la victoire à un « troisième homme », Félix Tshisekedi, résultait moins d’un simple comptage des voix que d’une arithmétique beaucoup plus politique…

    Mais aujourd’...

    Lire la suite