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Viande: des éleveurs ardennais veulent prendre leur destin en mains

L’affaire Veviba n’a fait que renforcer l’envie d’éleveurs ardennais de travailler en coopérative. Une coopérative de gestion et de commercialisation du Blanc Bleu Belge devrait se créer, en parallèle de la coopérative.

Journaliste de la cellule wallonne Temps de lecture: 3 min

L’affaire Veviba, si elle est potentiellement catastrophique pour les éleveurs, suscite une prise de conscience qui n’en est peut-être qu’au début, de la part de certains agriculteurs qui en ont marre de voir que leur production est détériorée par les industriels du secteur agroalimentaire.

En Centre-Ardenne, certains se rebiffent et s’organisent. Ils souhaitent intensifier leur mainmise sur une transformation et une commercialisation qu’ils veulent maîtriser. Yves Perreaux, éleveur à Rossart (Bertrix), est de ceux-là. Depuis 20 ans, il œuvre au sein de la coopérative GVBOB (Groupement de viande bio d’origine belge) mais aussi de la filière Ardenne Bovin qui réunit des agriculteurs familiaux et utilise une alimentation traditionnelle pour affiner leurs bovins durant les trois derniers mois, au-delà du foin classique.

Le concept de l’intégration avance

« Un cahier de charges exige que les éleveurs concernés donnent de la pulpe de betterave, des plaquettes de lin et des grains de maïs, explique-t-il. On commercialise ensuite les animaux selon le principe d’une filière sans intermédiaires, qui assure une traçabilité directe. C’est l’inverse du processus industriel qui concentre ou intègre tout. Le concept de l’intégration avance. Il y a eu le poulet, le porc, et aussi le bovin. Sur dix vaches achetées en Belgique, neuf le sont dans un système d’intégration. Les agriculteurs qui sont coincés financièrement signent des contrats qui ne sont rien d’autre que de l’intégration dans un groupe industriel et financier. Ils ne sont plus maîtres de rien, ce sont des faux indépendants. Nous, agriculteurs familiaux, ne voulons pas de ce concept dans lequel l’éleveur n’est qu’un pion. C’est donc tout l’inverse, on veut que l’agriculteur garde sa maîtrise financière et que le circuit soit le moins onéreux en frais divers, pour la rentabilité des exploitations. »

Fournir la grande distribution

Mercredi dernier, une importante réunion rassemblant des éleveurs et des acheteurs a eu lieu à Libin. « L’objectif est de dire à la grande distribution qu’on sait les fournir et qu’elle nous tende la main, comme on le fait avec Delhaize pour la viande bio depuis des années. Alors là, on sauve les exploitations tout de suite. Secundo, on veut dire au monde politique qu’il nous mette des outils à disposition, des outils d’abattage notamment qui vont se libérer. On veut évoluer vers une coopérative créée sur un modèle français qui fonctionne, dans lequel on ne produit pas pour les intermédiaires mais pour nous ! », poursuit Yves Perreaux.

Jusqu’à présent, les bovins bios issus de races françaises (Limousine, Salers, Charolaise, etc.) étaient abattus à Bastogne (désormais à Mouscron), comme le souhaitait Delhaize, le plus gros acheteur de cette filière. Mais les éleveurs négocient les prix en direct avec Delhaize. Une trentaine d’éleveurs font partie du système, une cinquantaine si on prend les plus petits, dont 80 % de la province de Luxembourg, le reste de Namur et Liège.

Pour la filière classique Blanc Bleu, les acheteurs (des bouchers indépendants, des moyennes surfaces de distribution, situées partout dans le pays) choisissent leur site d’abattage (Aubel, Ciney, etc.) et les tarifs sont négociés sans intermédiaire. La structure regroupe une centaine d’éleveurs qui fournissent bon an mal an 70 bêtes par semaine.

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