Viande: des éleveurs ardennais veulent prendre leur destin en mains

Yves Perreaux connaît bien le fonctionnement des coopératives puisque ses bovins bio sont gérés de cette manière depuis 20 ans. Il faut désormais intensifier le concept avec le BBB.
Yves Perreaux connaît bien le fonctionnement des coopératives puisque ses bovins bio sont gérés de cette manière depuis 20 ans. Il faut désormais intensifier le concept avec le BBB. - S.P.

L’affaire Veviba, si elle est potentiellement catastrophique pour les éleveurs, suscite une prise de conscience qui n’en est peut-être qu’au début, de la part de certains agriculteurs qui en ont marre de voir que leur production est détériorée par les industriels du secteur agroalimentaire.

En Centre-Ardenne, certains se rebiffent et s’organisent. Ils souhaitent intensifier leur mainmise sur une transformation et une commercialisation qu’ils veulent maîtriser. Yves Perreaux, éleveur à Rossart (Bertrix), est de ceux-là. Depuis 20 ans, il œuvre au sein de la coopérative GVBOB (Groupement de viande bio d’origine belge) mais aussi de la filière Ardenne Bovin qui réunit des agriculteurs familiaux et utilise une alimentation traditionnelle pour affiner leurs bovins durant les trois derniers mois, au-delà du foin classique.

Le concept de l’intégration avance

« Un cahier de charges exige que les éleveurs concernés donnent de la pulpe de betterave, des plaquettes de lin et des grains de maïs, explique-t-il. On commercialise ensuite les animaux selon le principe d’une filière sans intermédiaires, qui assure une traçabilité directe. C’est l’inverse du processus industriel qui concentre ou intègre tout. Le concept de l’intégration avance. Il y a eu le poulet, le porc, et aussi le bovin. Sur dix vaches achetées en Belgique, neuf le sont dans un système d’intégration. Les agriculteurs qui sont coincés financièrement signent des contrats qui ne sont rien d’autre que de l’intégration dans un groupe industriel et financier. Ils ne sont plus maîtres de rien, ce sont des faux indépendants. Nous, agriculteurs familiaux, ne voulons pas de ce concept dans lequel l’éleveur n’est qu’un pion. C’est donc tout l’inverse, on veut que l’agriculteur garde sa maîtrise financière et que le circuit soit le moins onéreux en frais divers, pour la rentabilité des exploitations. »

Fournir la grande distribution

Mercredi dernier, une importante réunion rassemblant des éleveurs et des acheteurs a eu lieu à Libin. « L’objectif est de dire à la grande distribution qu’on sait les fournir et qu’elle nous tende la main, comme on le fait avec Delhaize pour la viande bio depuis des années. Alors là, on sauve les exploitations tout de suite. Secundo, on veut dire au monde politique qu’il nous mette des outils à disposition, des outils d’abattage notamment qui vont se libérer. On veut évoluer vers une coopérative créée sur un modèle français qui fonctionne, dans lequel on ne produit pas pour les intermédiaires mais pour nous ! », poursuit Yves Perreaux.

Jusqu’à présent, les bovins bios issus de races françaises (Limousine, Salers, Charolaise, etc.) étaient abattus à Bastogne (désormais à Mouscron), comme le souhaitait Delhaize, le plus gros acheteur de cette filière. Mais les éleveurs négocient les prix en direct avec Delhaize. Une trentaine d’éleveurs font partie du système, une cinquantaine si on prend les plus petits, dont 80 % de la province de Luxembourg, le reste de Namur et Liège.

Pour la filière classique Blanc Bleu, les acheteurs (des bouchers indépendants, des moyennes surfaces de distribution, situées partout dans le pays) choisissent leur site d’abattage (Aubel, Ciney, etc.) et les tarifs sont négociés sans intermédiaire. La structure regroupe une centaine d’éleveurs qui fournissent bon an mal an 70 bêtes par semaine.

Vendre le BBB au départ d’un circuit familial

Par J.-L.B.

Yves Perreaux est satisfait de la réunion de mercredi dernier où 102 des 110 éleveurs invités étaient présents. La création d’une nouvelle coopérative de gestion et de vente de viande classique (BBB) issue de ces fermes familiales a été décidée, en parallèle avec la coopérative bio qui existe déjà.

Pour l’abattage et la découpe, tout pourrait se faire comme à présent avec les abattoirs de Ciney, Liège, Aubel – Virton n’est étrangement pas dans le circuit jusqu’à présent –, mais Yves Perreaux et ses collègues souhaiteraient pouvoir louer les installations de Veviba à Bastogne, à raison d’un, voire deux jours par semaine. Ils vont rencontrer les différents partis politiques dans les prochains jours. Ils estiment que les subsides obtenus à la Région par Veviba doivent pouvoir désormais aider l’agriculture familiale qu’ils défendent.

 
 
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