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Le printemps est-il prêt d’arriver? À un rien près, oui!

Prêt à, prêt de, près de… Évitons de patauger dans l’à-peu-près !

Chronique - Chroniqueur Temps de lecture: 6 min

Avec ce vortex polaire, les températures ne sont pas prêtes de repartir à la hausse» annonce le présentateur météo, inconscient de l’échauffement qu’il va causer dans certains cortex. Car lesdites températures n’ont aucune disposition personnelle à fluctuer : elles se contentent de suivre un mouvement, de loin ou… de près.

Il convient de distinguer, lorsqu’ils précèdent un infinitif, être prêt de «être disposé à» et être près de «être sur le point de» : seul le premier s’accommode d’un sujet animé. Par ailleurs, l’emploi de la préposition de (au lieu de à ou de pour) montre que la locution verbale être prêt de relève d’un style très formel. Je suis donc prêt de croire que les températures sont près de repartir à la hausse…

Toujours prêt… ou presque

Cette chronique est régulièrement sollicitée pour expliciter des expressions dont le sens premier est devenu opaque, ce qui entraîne d’inévitables cocasseries orthographiques. Dans certains cas, la matière est peu consistante et ne donne pas assez de grain à moudre pour votre billet hebdomadaire. Une simple mise au point suffit à corriger la perle du journaliste (ou du correcteur automatique ?) écrivant que telle personnalité politique est « vainqueur aux poings ». Mis à part un mépris sépulcral, que vaut ce « décrocher la tombale » confondu avec « décrocher la timbale » ?

Mais il arrive que l’histoire d’une expression mérite le détour, comme cela a été proposé dans un précédent billet consacré au curieux passage du coq à l’âne (supposé tel…). En particulier lorsqu’une homonymie brouille les pistes, surtout si la différence sémantique entre les formes concurrentes n’apparaît pas au premier abord. Une belle illustration nous est fournie par le sujet du jour : écrivez-vous elle n’est pas prête de céder ou elle n’est pas près de céder  ?

Être prêt de

L’énoncé elle n’est pas prête de céder contient l’adjectif prêt, lequel se construit généralement avec la préposition à ou la préposition pour   : il est prêt à passer son permis de conduire, elle est prête à prendre la relève, elles sont prêtes pour partir. Dans ces phrases, le sens de prêt n’est pas ambigu : il signifie « préparé (à), disposé (à) ». En tant qu’adjectif, il varie en genre et en nombre.

Dans elle n’est pas prête de céder, prêt se construit avec la préposition de. Celle-ci est considérée aujourd’hui comme désuète par rapport à ses concurrentes à et pour. Dans un style vieille France, on peut donc écrire : la présidente est prête de faire d’importantes concessions, ce qui signifie que la présidente est disposée à transiger ; le ministre est prêt de céder à ce chantage, lorsque le ministre est mentalement préparé à céder au chantage.

Être près de

Dans l’énoncé elle n’est pas près de céder, point d’adjectif, mais la locution prépositive près de. Celle-ci peut signifier « à courte distance (spatiale) de » : c’est tout près d’ici, l’un près de l’autre, s’asseoir près de la porte. Il existe également des emplois dans lesquels la (courte) distance est temporelle : il est près de minuit, nous sommes près du départ, il était tout près de la fin.

Ce dernier cas de figure se présente également lorsque le complément de près de est un infinitif : elle était près d’aboutir  ; il était tout près d’abandonner  ; nous ne sommes pas encore près d’avoir un nouveau gouvernement. La − toujours courte − distance temporelle signifie ici « sur le point de », acception qui nous rapproche dangereusement de celle véhiculée par prêt de  : si l’on est sur le point de faire quelque chose, on n’est peut-être pas loin d’être disposé à le faire.

Un « prêt » en a longtemps caché un autre

Comme en attestent les citations d’auteurs classiques relevées par le Bon usage (16e édition, 2016, § 363 H), le Grand Siècle usait couramment de prêt de à la fois dans le sens de « disposé à » et dans celui de « sur le point de ». Lorsque Racine écrit : « Dans quel peril encore est-il prest de rentrer », prest de signifie « sur le point de ». Par contre, lorsque le même auteur fait dire à Thésée : « Qu’il vienne me parler, je suis prest de l’entendre », le sens de prest de est « disposé à ».

Cette confusion va traverser les siècles, portée par des écrivains de renom comme Chateaubriand, Hugo, Musset, Bernanos, Mauriac, Léautaud et bien d’autres. Avec une modification de la préposition, qui fera passer prêtde à prêt à, plus en phase avec l’usage contemporain. Jusqu’à ce que l’Académie française, dans un communiqué publié le 19 novembre 1964, mette les choses au point : « Il ne faut pas confondre Je suis prêt à partir (Je suis disposé à partir) avec Je suis près de partir (Je suis sur le point de partir) ». Cette distinction fondée sur le sens va recevoir l’aval de nombreux grammairiens.

Pour éviter l’à peu près

La clarification de l’Académie laisse toutefois dans l’ombre l’usage vieilli prêt de (suivi d’un infinitif), susceptible d’être confondu avec son homonyme près de. Quelle position adopter ? Trois éléments me semblent à prendre en compte.

La sémantique d’abord. Dans la ligne de la distinction posée par l’Académie, il y a lieu d’associer prêt de au sens « disposé à » et près de à celui de « sur le point de ». Mais certains contextes ne fournissent pas toujours d’éléments décisifs pour privilégier une interprétation par rapport à l’autre.

Intervient alors le caractère animé ou non du sujet. Avec un objet inanimé, il ne peut être question d’être préparé ou disposé à accomplir une action, cette caractéristique étant réservée aux animés : des murailles ne peuvent être « prêtes de tomber », pas plus que des obligations ne peuvent être « prêtes de rebondir ». S’ajoute enfin le style discursif : prêt de, usage vieilli par rapport à prêt à, est réservé à une énonciation très formelle.

Il est donc difficile d’avaliser une attestation relevée dans les médias comme « des températures prêtes derepartir à la hausse », avec un sujet inanimé et un contexte d’énonciation courant ; mieux vaut écrire des températuresprès derepartir à la hausse. Les mêmes raisons feront éviter « cette guerre n’est pas prête de s’arrêter », pour préférer cette guerre n’est pas près de s’arrêter.

Par contre, en contexte formel, son amie n’est pas prête d’oublier cet affront peut se justifier à côté de son amie n’est pas près d’oublier cet affront. Ladite amie peut témoigner d’une disposition (ne pas être prête de) ou être encore très éloignée d’une réaction (ne pas être près de). Si un sportif n’est pas prêt de reprendre la compétition, on comprend qu’il manque d’entraînement, de ressources physiques, d’appétit pour le sport, etc. S’il n’est pasprès de reprendre la compétition, il est question de la seule distance temporelle avant un éventuel retour à la compétition.

Et si cette chronique est près de se clôturer, elle rougirait d’être prête de prendre congé de vous…

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5 Commentaires

  • Posté par Petitjean Marie-rose, samedi 24 mars 2018, 10:06

    Cette fois-ci, Pierre, je me range à votre avis. La nuance entre "prêt de" et "prêt à" défendue par M. Francard est si subtile qu'elle constitue un casse-tête alors qu'habituellement, il tend à nous simplifier la vie.

  • Posté par Francard Michel, samedi 24 mars 2018, 15:37

    Bien d'accord avec vous, Madame Petitjean, pour "se contenter" de distinguer "prêt à" et "près de", mais le sujet du billet est l'homonymie "prêt de" / "près de", source possible d'erreurs orthographiques...

  • Posté par Petitjean Marie-rose, samedi 24 mars 2018, 12:26

    La nuance n'est pas difficile à comprendre mais plus difficile à appliquer, s'il faut chaque fois se poser la question. C'est donc plus facile de "se contenter de" 'près de' et 'prêt à'.

  • Posté par Francard Michel, samedi 24 mars 2018, 10:44

    Merci, Madame Petitjean, de votre commentaire. La "nuance" entre "prêt de" (très formel) et "prêt à" (courant) est stylistique et il ne s'agit que de la constater. Celle entre "prêt de" (préparé à) et "près de" (sur le point de) est sémantique: est-elle compliquée à comprendre?

  • Posté par Rahier Pierre, samedi 24 mars 2018, 9:20

    Personnellement, je m'en tiens à ce que prescrit l'Académie française : "Aujourd’hui prêt se construit avec à et signifie « préparé pour, disposé à », et l’on écrit près de pour dire que quelqu’un est sur le point de faire quelque chose (sans oublier, bien sûr, que la locution près de indique aussi la proximité spatiale : Il habite près de Paris). http://www.academie-francaise.fr/pret-pres-de

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