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Quitter Facebook rend-il heureux?

La polémique Cambridge Analytica a provoqué un mouvement de révolte parmi certains utilisateurs. Quitter Facebook peut rendre la vie plus belle.

Décodage - Temps de lecture: 4 min

Après tant d’années à avoir alimenté leur relation de photos, de « like » et mots doux en tout genre, il a fallu un scandale, une révélation choc, pour que le divorce soit prononcé. En vendant leurs données à la firme Cambridge Analytica, Facebook a trahi la confiance de ses utilisateurs. Le Don Juan du net a divulgué leurs secrets les plus intimes pour les duper. Pire, pour les pousser à voter pour Donald Trump. Une manipulation que certains utilisateurs ont décidé de ne pas laisser passer.

« Comment supprimer son compte Facebook ? » La procédure est enclenchée. Depuis l’éclatement de l’affaire, les recherches de cette occurrence ont doublé sur Google. Une dynamique renforcée par l’appel au boycott de Facebook, sur Twitter, par Brian Acton, le cofondateur de WhatsApp (racheté depuis par Facebook). Sous la bannière #deletefacebook (comprenez « effacez Facebook »), le mouvement de contestation gronde. Mais pas de quoi faire trembler le réseau social aux 2,1 milliards d’utilisateurs. « Un de perdu, dix de retrouvés », dit l’adage.

Déconnexion

Au-delà de l’émotion et de l’indignation, rompre avec les réseaux sociaux est-il aussi simple qu’un clic ? Foraya Bouchentouf a fait le test. Il y a un mois, la Lilloise de 27 ans a profité de ses vacances pour faire un break. Coupée d’Instagram, de Facebook et de son blog, la blogueuse de mode a uniquement continué d’échanger par SMS avec ses amis. «  Les trois premiers jours, j’ai constaté que, plusieurs fois par jour, j’appuyais par réflexe sur l’application Instagram de mon smartphone. Je me suis dit que j’étais grave », avoue Foraya Bouchentouf, qui estime pouvoir plus facilement se passer de Facebook que d’Instagram.

Pour Joël Billieux, professeur de psychologie à l’Université du Luxembourg, il ne faut pas confondre addiction et habitude. « Une conduite addictive engendre des conséquences négatives pour l’individu et son entourage. L’utilisation des réseaux sociaux doit uniquement être considérée comme un problème si elle est associée à une perte de contrôle et un impact concret dans la vie quotidienne », détaille le spécialiste.

Dans le cas de Foraya, on parlerait plutôt d’habitude, plus que d’addiction. « Nos modes de communication ont évolué. Ces outils sont devenus indispensables. Il faut veiller à ne pas “pathologiser” trop vite ces comportements. L’important est de garder le contrôle sur leur utilisation », souligne M. Billieux.

Plus belle la vie

Facebook, Foraya l’utilise pour développer sa clientèle. Un outil indispensable pour cette community manager indépendante. Mais pas que : « Lorsque j’ai changé de banquier, j’ai tapé son nom sur Facebook pour voir à quoi il ressemblait, idem pour le remplaçant de mon médecin », rigole la fan de mode. De son expérience, la Lilloise a tiré plusieurs avantages : « Je me suis sentie largement mieux et détendue. J’ai constaté une vraie différence. Mon sommeil s’est amélioré. »

Ce témoignage illustre parfaitement les résultats d’une étude danoise, publiée en 2015, révélant que la vie serait plus belle sans les réseaux sociaux. Sur les 1.095 Danois ayant participé à l’enquête, 88 % de ceux privés de Facebook durant une semaine se sont déclarés heureux, contre 81 % des autres sondés.

Ne pas en faire une maladie

Une tendance similaire se dégage concernant les émotions négatives ressenties telles que la colère, la sensation de solitude voire de déprime. 33 % des personnes ayant continué à utiliser Facebook se sont déclarées déprimées, contre 22 % des participants sans réseau social. Par ailleurs, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ne répertorie pas l’addiction aux réseaux sociaux comme une maladie. « Nous ne disposons pas de données scientifiques et de cas cliniques suffisants à ce sujet », explique Joël Billieux, également expert à l’OMS. Néanmoins, l’institution onusienne serait en passe de reconnaître l’addiction aux jeux vidéo dans sa prochaine version de la Classification internationale des maladies (CIM), prévue pour 2018. Un motif de consultation bien plus fréquent que celui de l’addiction aux réseaux sociaux.

Lui, ce n’est pas en raison du côté addictif de Facebook qu’il a désactivé son compte. Thibault (nom d’emprunt), 24 ans, se sentait vulnérable sur les réseaux sociaux. C’est l’idée de la marchandisation de ses données personnelles qui l’a principalement révulsé. En quittant Facebook, l’étudiant en 2e master de sciences sociales à Paris, n’a pas forcément économisé du temps. « Le temps que je passais sur Facebook pour m’informer, je le passe désormais sur les sites d’infos », raconte-t-il.

Si, au début, Thibault craignait de passer à côté de soirées entre amis, il a très vite refait sa vie grâce à d’autres canaux de communication plus sécurisés tels que Telegram ou WhatsApp, pour rester connecté. Son compte Facebook n’est que désactivé. A chaque instant, la flamme peut se raviver. Pour préserver ses données, l’universitaire utilise parfois les moteurs de navigation privés, sans pour autant faire une croix sur Google. «  Après tout, on a chacun nos paradoxes. »

 

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3 Commentaires

  • Posté par Arnould Philippe, dimanche 25 mars 2018, 13:11

    "Le Don Juan du net a divulgué leurs secrets les plus intimes pour les duper." Euuuuh, FB n'a dupé personne. C'est un fait stipulé et clairement connu des utilisateurs que FB fait ça des données. "Pire, pour les pousser à voter pour Donald Trump" Le pire du pire. C'est le nazisme x 10^24

  • Posté par Bernard de Thier, samedi 24 mars 2018, 15:51

    Merci pour l'information "désactivation" utile pour un profane comme moi. Je vais procéder à cette manœuvre immédiatement. Watts AP m'est amplement suffisant.

  • Posté par De Potter Claude, samedi 24 mars 2018, 15:46

    "Celles revendues par Facebook à des applications tierces, celles siphonnées illégalement ou données par négligence (lorsque l’on s’identifie sur un site via son compte Facebook) resteront sur ces serveurs externes. Et donc toujours exploitées" LE JOURNAL LE SOIR EST DONC COMPLICE DE CE RESEAU VOYOU EN OBLIGEANT LES LECTEURS POUR COMMENTER UN ARTICLE SUR "LE SOIR.BE" A SE CONNECTER VIA CE RESEAU.

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