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F-16 gate: pression maximale sur Vandeput, le ministre qui ne voulait plus être ministre

En disant qu’il ne rempilera pas, il entend calmer ceux qui demandent sa démission, estime Carl Devos, professeur de sciences politique à l’Université de Gand. Analyse.

Analyse - Chef du service Politique Temps de lecture: 4 min

Au moins aura-t-il le mérite de la franchise. Dans une interview au Nieuwsblad ce samedi, le ministre de la Défense, Steven Vandeput, annonce que, si la N-VA est au prochain gouvernement, il n’entend pas rempiler à la Défense. « Oui, je me suis demandé dans quoi je m’étais engagé. Et pourquoi je continuais. Mais je ne serai pas ministre de la Défense après 2019. J’ai subi beaucoup de critiques. Et puis il faut du renouvellement. A la Défense, il faut la fraîcheur d’une nouvelle approche. J’ai posé les bases avec ma vision stratégique. Et si on peut la mettre en œuvre après mon départ, on pourra dire que c’est du bon travail. »

Un ministre en pleine tempête qui annonce qu’il rendra son maroquin, mais sans démissionner, c’est du jamais vu en Belgique. Il y a quelques années, Sabine Laruelle, alors ministre des Indépendants et de l’Agriculture, avait dit qu’elle ne rempilerait pas. Mais c’était pour quitter la politique. Et ce n’était pas en pleine tourmente. « Je pense que Steven Vandeput a voulu faire baisser la pression, estime Carl Devos, professeur de sciences politique à l’Université de Gand. En disant qu’il ne rempilera pas, il entend calmer ceux qui demandent sa démission. »

Pas sorti d’affaire

Mais le ministre de la Défense n’est pas sorti d’affaire pour autant. La question qui taraude les observateurs, et l’opposition en particulier, c’est de savoir si le cabinet du ministre était au courant qu’il existe des études disant qu’il est possible de prolonger la durée de vie des F16. Jusqu’ici, il est acquis que des hauts gradés de l’armée savaient, ce qui permet au ministre de plaider le complot ou le défaut d’information. Mais s’il apparaît que des membres de son cabinet étaient également au courant, il sera difficile, pour le président de la N-VA, Bart De Wever, de sauver son ministre. Et ce scénario est tellement envisageable à la N-VA que Steven Vandeput le considère lui-même comme plausible. « Je voudrais moi aussi le savoir, si des membres de mon cabinet étaient au courant. Je ne pourrais pas jurer à 100 % que personne ne l’était. Après une semaine comme celle que je viens de vivre, on devient parano. »

Acte politique

Mais la stratégie de la N-VA c’est de défendre le ministre, c’est de critiquer l’opposition, qui a fait ces révélations, et c’est de crier au complot politique. L’argumentaire : il existe à l’armée un service d’ombudsman, une personne de confiance, un service des plaintes, et il n’était pas davantage compliqué de trouver l’adresse mail du ministre. Si les révélations sont arrivées dans les mains de l’opposition, c’est qu’il s’agit d’un acte politique.

Manifestement, la N-VA ne peut donc se résoudre à la démission. Pourtant, vu avec le regard historique, des démissions de ministres parce que l’administration a fauté, il y en a eu plus d’une, dans le passé. « Je pense à Johan Vande Lanotte et Stefaan De Clerck avec l’affaire Dutroux. Ou Louis Tobback avec Semira Adamu. Le cabinet n’était pas responsable en soi, mais il y a eu des démissions quand même, pour marquer symboliquement la gravité des faits. », poursuit Carl Devos.

Candidat bourgmestre

La N-VA se refuse à ce scénario, et, en Belgique, c’est le président de parti qui décide de sacrifier l’un de ses ministres. « La N-VA ne veut surtout pas donner l’image d’un ministre de son parti qui ne serait pas parfaitement compétent. Deux ministres ont démissionné, pour des raisons différentes, mais c’était au MR. Pour la N-VA c’est inadmissible. D’autant que Steven Vandeput est candidat bourgmestre de Hasselt, et qu’une démission avant les élections communales l’affaiblirait pour ce scrutin. »

Dans les autres partis de la majorité, on évite de se mouiller dans cette affaire. Côté VLD, on indique attendre les rapports prévus au sujet de ces événements. C’est également le cas au CD&V, « et la Défense n’est pas un dossier capital pour nous. » Enfin, le MR se range derrière la position prudente du Premier ministre, Charles Michel, qui attend lui aussi les rapports commandés sur cette affaire. Le député Richard Miller l’a répété sur le plateau de RTL-TVI ce dimanche.

Il n’en reste pas moins vrai que la pression reste très forte sur Steven Vandeput et qu’il n’est pas acquis que la N-VA pourra le sauver. « La moindre révélation lui sera fatale, estime Carl Devos. Et la pression ne va pas baisser après les bureaux de parti, ce lundi. »

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3 Commentaires

  • Posté par Lambotte Serge, mardi 27 mars 2018, 0:21

    A quand le coup d'état

  • Posté par Louis Vercruysse, lundi 26 mars 2018, 15:19

    citoyens a vos poches, a demain pour un autre scandale

  • Posté par Bernard Dropsy, lundi 26 mars 2018, 12:54

    Le sieur Vandeput doit démissionner et ça devrait d'ailleurs être déjà fait ! Louis Tobback, en son temps a démissionné pour bien moins que ça ! Mais lui, avait un certain sens de la politique et de l'honneur, sens complètement inconnus et absents à la NVA ! Dans ce gouvernement NVA-MR, on savait déjà que les vocables, humanité et vérité, n' étaient pas de mise, désormais il faudra leur ajouter le déshonneur qui, lui, semble d'application ! Ces derniers temps, il ne se passe pas un jour sans que l'on ne découvre une nouvelle "affaire" ! Jusqu'où cela ira-t-il ? On en est presque à appréhender le lendemain, tant on se pose des questions pour savoir de quoi il sera fait !

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