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Handicap au travail, cap ou pas cap?

À Koekelberg, des efforts sont faits pour s’adapter aux situations personnelles. Des considérations financières ralentissent cependant le processus d’insertion.

Temps de lecture: 4 min

Dans les sous-sols de l’hôtel de ville de Koekelberg, Omar et Atanassios sont au travail depuis tôt ce matin. Le premier est handicapé à la jambe, ce qui ne l’empêche pas d’effectuer normalement son travail d’agent de nettoyage. Le second a des difficultés de locution et dispose d’un contrat d’adaptation professionnelle (CAP) qui lui permet de travailler comme magasinier pour l’économat communal.

Omar et Atanassios font partie des 1,86 % d’employés de la commune reconnus comme « personnes handicapées ». Des profils qui continuent à avoir parfois beaucoup de mal à trouver un emploi adapté à leur situation personnelle. « J’avais déjà travaillé à l’Institut Saint-Dominique, à Schaerbeek. C’était un peu dur. On me faisait porter des charges plus lourdes », explique Omar. Denise Waterloo, sa cheffe de service, dit aujourd’hui veiller au grain : «  Ici on fait très attention à l’ergonomie, même pour les personnes valides. Une personne ne portera jamais des seaux pleins.  »

Depuis février 2017, la loi bruxelloise impose – en théorie – aux 19 administrations communales d’embaucher au moins de 2,5 % de personnes souffrant d’un handicap au sein de leur contingent d’employés. Néanmoins, ces obligations sont loin d’être respectées dans les faits, de l’aveu même des différentes communes contactées ainsi que du cabinet de la secrétaire d’État à l’égalité des Chances Bianca Debaets (CD&V). « Les communes n’ont pas fait grand-chose  », se contente-t-on d’admettre. Koekelberg, même si elle passe encore en dessous de l’objectif, fait d’ailleurs plutôt partie des bons élèves. À titre de comparaison, la commune d’Uccle emploierait 1,43 %. Du côté de la Ville de Bruxelles, le taux serait de 1,2 %. Pour tenter d’accélérer le mouvement, un arrêté d’exécution forçant les communes à dresser leur bilan et le fournir à l’autorité régionale a été validé au début de l’année par le gouvernement.

Primes conditionnées

À Koekelberg, la bonne volonté ne semble pas manquer. Plusieurs obstacles à une amélioration rapide des statistiques sont cependant pointés. «  Nous pouvons obtenir une prime d’insertion, mais uniquement si on a déjà le quota des 2,5 %. Et ça, c’est vraiment un regret, car j’aurais plus de poids (NDLR : pour légitimer certaines embauches) », explique Gisèle Wilkin directrice des ressources humaines pour la commune. En effet, s’il est relativement facile pour l’administration d’embaucher temporairement des personnes handicapées pour de courtes durées dans le cadre d’un CAP (un contrat en partie subventionné par la Région), transformer l’essai en véritable contrat de travail s’avère parfois difficile à défendre s’il n’y a pas de manque avéré au sein du personnel.

La situation d’Atanassios témoigne également d’une réalité complexe. Bénéficiaire d’une allocation de la « Vierge noire » (le nom encore fréquemment donné à la Direction générale Personnes handicapées), ce dernier explique avoir vécu de petits boulots par le passé, mais aussi avoir été un peu réticent à l’idée de devoir signer un véritable contrat de travail déclaré. « Si j’en trouvais un, on m’enlevait les aides. J’ai ma femme et mon enfant à ma charge. Avec un travail déclaré, je perds tout.  » La question des allocations pour les personnes handicapées est une des problématiques à prendre au sérieux, selon Gisèle Wilkin. Il faut trouver un bon équilibre. « Pour un autre candidat, c’est vrai qu’on avait fait un contrat d’adaptation professionnel qui s’était très bien passé, mais quand on avait parlé contrat de travail, il s’était renseigné et finalement il avait décliné. Par contre, on a un autre candidat qui pour l’instant ne travaille que le week-end au centre sportif. Et là on a eu des contacts avec le CPAS, on a fait des calculs et finalement, c’était plus intéressant pour lui. Donc chaque cas est individuel. »

Ce qui est certain, c’est que pour les principaux intéressés, l’expérience est aujourd’hui positive. « Avant, je ne me levais jamais le matin. Maintenant je me lève tous les jours à 6 h 40 et je ne reste pas toute la journée à la maison. Ça, ça me motive et ça me plaît », affirme Atanassios. Omar confirme : « Moi aussi, je préfère les choses ainsi. Quand je ne travaille pas, je m’ennuie chez moi. » Pour la cohésion au sein du service, c’est aussi un apport certain, affirment de concert la cheffe de service et la directrice des ressources humaines : «  On a également eu une expérience avec l’ASBL Info-Sourd. On avait des collègues qui ont appris le langage des signes. C’est le genre de chose qui soude une équipe, aussi.  »

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