LuxFiles: 48 milliards d’euros belges dans des boîtes aux lettres au Luxembourg

Alter Domus est une société de conseils financiers et de domiciliation, déjà présente dans les LuxLeaks : 1600 sociétés présentes dans les LuxLeaks y étaient logées. © D.R.
Alter Domus est une société de conseils financiers et de domiciliation, déjà présente dans les LuxLeaks : 1600 sociétés présentes dans les LuxLeaks y étaient logées. © D.R.

Tout le monde le dit, le Luxembourg est le jardin fiscal des Belges. Aujourd’hui, Le Soir est en mesure d’affirmer que ce on-dit est on ne peut plus correct. En effet, et pour la première fois, l’examen d’une gigantesque masse de fichiers extraits du registre de commerce du Luxembourg nous a permis d’objectiver la présence belge au Luxembourg. Celle-ci est massive puisqu’une recherche sur le mot « Belgique » livre plus de 78.000 résultats.

Qui sont ces Belges qui se sont tournés vers une législation plus permissive en matière financière ? On y trouve la majorité des cent personnalités et familles les plus riches du pays, mais aussi des entreprises qui ont pignon sur rue chez nous, des sportifs, des artistes, un homme politique influent (lire ci-contre) et une belle brochette d’escrocs. Des découvertes que Le Soir partage avec vous cinq jours durant.

Des actifs qui frôlent les 54 milliards

C’est sur les cent familles les plus riches que se focalise le premier volet de cette enquête menées avec De Tijd  : 60 % d’entre elles ont créé au moins une société au Grand-Duché. Plus de deux fois sur trois, il s’agit d’une société boîte-aux-lettres n’ayant d’autre activité que la détention de parts dans d’autres sociétés, parfois situées à l’étranger (îles Vierges britanniques, Panama…) et ne payant généralement d’autre impôt que quelques milliers d’euros à titre de taxe sur la fortune. Si l’on ne retient que les 50 plus riches, ils sont alors huit sur dix à opter pour une étape financière au Luxembourg. Cumulés, les capitaux propres de leurs sociétés dépassent les 48 milliards d’euros. Et leurs actifs frôlent les 54 milliards d’euros.

Dans cette liste, on retrouve pêle-mêle le champion des travaux de maintenance Jan de Nul, les actionnaires belges clefs d’AB InBev, Alexandre Van Damme dont la société Cesto détient une part du RSC Anderlecht, Philippe Vlerick, une des grandes fortunes flamandes du textile, Michèle Sioen, qui vient d’être élue manager néerlandophone de l’année, la famille Vandemoortele ou Eric Everard, élu Manager de l’année en 2012 pour la façon dont il gère ses deux fers de lance, Artexis et Easyfairs.

► Que représente le Luxembourg pour les évasions fiscales? Quelle est la frontière entre légale et illégale? Qui sont ces Belges qui se sont tournés vers une législation plus permissive en matière financière ? Toutes les réponses dans notre enquêtes sur les LuxFiles

Pas de boîte aux lettres luxembourgeoise pour Jan de Nul

Par Joël Matriche

Dans notre édition du 27 mars, nous avions erronément cité, parmi d’autres grandes fortunes belges, Jan de Nul et son groupe comme bénéficiaires d’une société boîte aux lettres. Il n’en est rien : si le groupe De Nul (dragage et travaux maritimes) est actif au Luxembourg, ses filiales y sont pleinement opérationnelles. Il s’agit d’une erreur lors de la rédaction du texte et non lors de la comptabilité qui a été faite en amont, elle est donc sans incidence sur le pourcentage de grandes fortunes belges présentes au Grand-Duché via une société de domiciliation locale (43 % des 100 plus riches de Belgique) ni sur les capitaux propres détenus par ces mêmes sociétés boîtes aux lettres (48 milliards au total).

 
 
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