Affaire Selmayr: la Commission européenne ment au Parlement

Un aparté entre Jean-Claude Juncker et Martin Selmayr, lors du dernier sommet européen, le 22 mars à Bruxelles.
Un aparté entre Jean-Claude Juncker et Martin Selmayr, lors du dernier sommet européen, le 22 mars à Bruxelles. - AFP.

La Commission européenne a-t-elle menti au Parlement européen dans les réponses qu’elle lui a adressées dimanche au sujet des conditions de la nomination de Martin Selmayr, ex-chef de cabinet de Jean-Claude Juncker, au poste clé de secrétaire général de l’institution (Le Soir de lundi) ? Sur un sujet précis, c’est ce qui ressort de la confrontation entre la réponse de l’exécutif européen et le verbatim d’un bref entretien que Le Soir avait mené avec Martin Selmayr le 21 février dernier, jour où sa nomination avait été décidée.

Depuis qu’a éclaté « l’affaire Selmayr », un certain nombre de journalistes et de parlementaires ont acquis la conviction que sa nomination n’est pas intervenue dans la foulée du retrait présenté comme inopiné de M. Italianer le 21 février, mais qu’elle était planifiée depuis longtemps. Telle que présentée par la Commission, la nomination s’est déroulée suivant la chronologie suivante : dans un premier temps, M. Oettinger, commissaire chargé des Ressources humaines, a proposé à la Commission réunie le 21 février la nomination de Martin Selmayr à un poste de secrétaire général adjoint rendu vacant par la nomination à un autre poste de son ancienne titulaire Paraskevi Michou. Le SG Alexander Italianer a alors informé le collège que, comme il s’en était ouvert à Juncker dès sa nomination en 2015, il demandait à faire valoir ses droits à la retraite, avec effet immédiat. M. Juncker a alors repris la parole pour proposer que Selmayr, secrétaire général adjoint depuis deux minutes, soit déjà réaffecté au poste de secrétaire général.

« Cela allait arriver »

Se référant notamment à une mention que Le Soir en avait faite le 27 février (lorsque les modalités étranges de la nomination ont été éventées), la Cocobu a demandé, dans sa question numéro 97 sur les 134 posées à la Commission, s’il était vrai « que le Président Juncker lui avait proposé le poste en novembre dernier ». La Commission répond ceci : « Il n’est pas vrai que le président Juncker a fait une proposition à M. Selmayr de devenir secrétaire général en novembre 2017. L’option pour M. Selmayr de devenir secrétaire général n’est devenue concrète que le 20 février 2018. »

Cette explication est cependant contredite par les propos que Martin Selmayr a tenus au Soir le 21 février après-midi, que nous n’avions pas reproduits textuellement, mais qui avaient été confirmés dans un échange d’e-mails avec le service du porte-parole de la Commission : « Juncker m’a dit avant Noël qu’il allait falloir y aller, il m’a dit de réfléchir. J’ai su pendant le voyage de la présidence [bulgare] à Sofia (qui a eu lieu les 11 et 12 janvier, NDLR), que cela allait arriver. » Il est vrai, à strictement parler, que la Cocobu parle de novembre, tandis que Selmayr évoquait un moment « avant Noël »

Tout sauf une vague évocation

La formulation de la réponse à la question 97 du Parlement européen est cependant mensongère : elle assure que la proposition aurait été faite par Juncker à Selmayr le 20 février seulement, tandis que M. Selmayr nous a dit qu’elle était intervenue avant Noël. Si « il faudra y aller » n’était pas une proposition qui laissait entendre que la chose avait déjà été discutée, c’était en tout cas tout sauf une vague évocation. Et ce n’est pas le 20 février que « l’option est devenue concrète », mais déjà, selon les propres dires de Martin Selmayr, le 12 janvier. Soit bien avant que ne soit lancée la procédure de sélection pour le poste de secrétaire général adjoint, devenu vacant seulement le 31 janvier.

Question : la Commission a-t-elle pris les mêmes libertés avec la vérité dans d’autres réponses aux questions qui lui ont été posées par le Parlement européen ? C’est sans nul doute ce que la Cocobu cherchera à établir déjà ce mardi après-midi, lorsqu’elle auditionnera le commissaire Oettinger.

 
 
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