Comte-Sponville, ontologiquement inconsolable

André Comte-Sponville a donné une suite à ses « Impromptus ».
André Comte-Sponville a donné une suite à ses « Impromptus ». - P. Garrigos.

En 1996, le philosophe André Comte-Sponville publiait, aux PUF, un recueil d’articles, de textes brefs et accessibles, écrits sur le champ, sans technicité : Impromptus, en hommage à Schubert. Le deuxième tome vient de sortir chez le même éditeur ; il obéit aux mêmes principes.

Essai. L’inconsolable et autres impromptus  , André Comte-Sponville
; PUF, 33 pages, 16
€
Essai. L’inconsolable et autres impromptus , André Comte-Sponville ; PUF, 33 pages, 16 €

À l’instar des pièces de musique de Schubert, les impromptus de Comte-Sponville sont des exercices plutôt intimistes, non dénués de mélancolie. Une pensée au plus près de l’auteur, à cent lieues des grands traités universels et abstraits, mais qui n’en est pas moins « philosophique », au sens où philosophait son cher Montaigne.

L’inconsolable, le texte qui ouvre le recueil et lui donne son titre, et le douzième et dernier, Quatre mots et un silence, sont les plus profonds.

Le premier fut commandé à André Comte-Sponville il y a une douzaine d’années par la revue Autrement, à l’occasion d’un numéro sur la consolation. L’auteur y confesse d’emblée qu’il n’est pas très bon dans l’art de consoler et que, par ailleurs, il n’aime guère qu’on le console. Et d’expliquer qu’à son estime, il y a quelque chose d’« inconsolable » dans la condition humaine – l’existence étant fondamentalement tragique.

Que l’on ne s’y trompe pas, s’il est d’un tempérament plutôt mélancolique, André Comte-Sponville n’affirme aucunement que l’homme est condamné à vivre dans la souffrance ou la peine ; simplement faut-il en accepter la perspective, sinon l’inéluctabilité, ne fût-ce que pour apprécier le moment présent, quand la vie est douce avec nous. Accessoirement, le philosophe nous déculpabilise en laissant entendre que nous ne sommes pas tenus d’être heureux en toutes circonstances.

Quatre mots et un silence constitue, quant à lui, un résumé de sa métaphysique athée – développée dans L’Esprit de l’athéisme (Albin Michel, 2006). Ces fameux quatre mots sont naturalisme, rationalisme, matérialisme et actualisme. Les trois premiers sont de facture classique. Plus original, le dernier recouvre l’idée que seul le présent existe. Or, un présent qui « reste présent », c’est ce qu’on appelle traditionnellement l’Éternité. Autrement dit, pour André Comte-Sponville, l’Éternité, c’est ici et maintenant. Nous sommes déjà « dans le Royaume », mais un Royaume terrestre, à habiter « humainement ».

 
 
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