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Un Bruxellois sur dix ne maîtrise pas les rudiments de l’informatique

Les espaces d’inclusion numérique offrent un accès et une formation informatique quasi gratuits. Ils sont actuellement à la recherche d’un modèle de financement plus stable.

Journaliste au service Société Temps de lecture: 4 min

Le train du numérique a eu beau siffler trois fois, il a quitté la station depuis belle lurette en laissant derrière lui son lot de retardataires. Les PC ont envahi les maisons depuis une vingtaine d’années et pourtant, selon les résultats tout chauds d’une étude commanditée par les autorités régionales à l’UCL, encore 10 % des particuliers bruxellois n’ont jamais utilisé un ordinateur. Même si ces chiffres tendent à diminuer, 9 % des Bruxellois n’ont jamais utilisé internet, et 12 % d’entre eux ne possèdent pas de connexion à leur domicile. Des statistiques loin d’être anodines à l’heure où les compétences informatiques sont cruciales, notamment pour espérer trouver un emploi. Elles reflètent aussi, en miroir, les inégalités socio-économiques observées au sein de la capitale.

Espace public numérique Sapiens

Heureusement, des séances de rattrapage existent. L’EPN – pour « espace public numérique » – Sapiens, au cœur de Saint-Josse, offre un espace inclusif destiné aux personnes qui, pour des raisons diverses, sont restées à quai. Dans ses locaux irradiés par la lumière bleue des écrans, n’importe quel citoyen, qu’il vienne de la commune ou non, peut se connecter pour un euro mensuel. Actuellement, ils sont près de 400 par mois à venir y surfer, à y demander du soutien technique aux animateurs présents ou à y suivre une formation plus approfondie. Ce mardi, Abdenour Ben Chettara dispense à 3 « élèves » les toutes premières bases du traitement de texte sur Word. « On apprend comment ouvrir le logiciel, ouvrir un document, copier-coller du texte…  » explique le jeune professeur. Parmi ses pupilles, Anna de Luca, approchant la soixantaine, dit rechercher un emploi depuis 10 ans. « Ce n’est pas Actiris qui m’a envoyée, je suis venue spontanément ». Son objectif : apprendre à rédiger un CV. « Jusqu’à présent, pour la recherche d’emploi, je demandais à ma nièce de le faire et je restais à côté ».

Fracture numérique du second degré

Les espaces publics numériques ne s’adressent cependant pas qu’à ceux qui partent de zéro. « Au-delà de ça, on a aussi un grand nombre de personnes qui maîtrisent très peu l’informatique », relève Stefan Platteau, coordinateur de l’EPN Sapiens et fondateur de CABAN, le Collectif des acteurs bruxellois de l’accessibilité numérique, qui fédère plusieurs EPN reconnus. « Ils sont initiés à l’ordinateur, mais ne font pas grand-chose dessus, ont des difficultés pour remplir un formulaire, ne vont évidemment jamais faire de l’achat en ligne, sont vulnérables à des arnaques, ne maîtrisent pas bien les e-mails avec des pièces jointes…  Ce phénomène, qui témoigne d’inégalités dans les usages des technologies – et plus seulement par rapport à leur accès –, c’est ce qu’on appelle la fracture numérique de second degré. Les jeunes, contrairement à ce que l’on pourrait penser, ne sont pas épargnés par ces faiblesses. Ainsi, l’étude de l’UCL relève que de nombreuses associations en contact avec les jeunes « soulignent unanimement le manque de compétences de la tranche d’âge des 18-25 ans lorsqu’il s’agit d’utiliser autre chose que les applications, logiciels et réseaux sociaux qui caractérisent leur pratique récréative quotidienne. »

Un modèle économique précaire

Des espaces comme l’EPN Sapiens, acteurs de première ligne face à ce type de dérochage, on en compte environ une vingtaine en Région bruxelloise, même si d’autres lieux non répertoriés officiellement comme tels par les autorités remplissent des missions plus ou moins similaires. Actuellement, il existe pratiquement autant de modèles économiques qu’il existe d’EPN. Ainsi, celui de Saint-Josse tourne avec 20.000 euros par an reçus de la commune et grâce aux contrats subsidiés qui lui permettent d’embaucher à durée déterminée et à temps partiel des allocataires sociaux en formation, comme Abdenour Ben Chettara.

Un modèle de subsistance laissant assez peu de place pour une vision à long terme, selon Stefan Platteau. Pour lui, il est plus qu’impératif d’augmenter et de pérenniser les moyens de l’ensemble des EPN bruxellois. « Si on a un animateur à temps plein et que l’on fait appel à l’économie sociale pour avoir des travailleurs en insertion, avec 50.000 euros par an, on fait déjà tourner quelque chose de chouette » plaide-t-il, disant regretter que la fracture numérique soit bien souvent le dernier wagon des politiques digitales. « C’est plus facile de délier les cordons de la bourse pour montrer qu’il y a du wifi sur l’avenue Louise. » Il s’agirait pourtant ici d’un investissement à long terme. « On aura toujours besoin d’un dispositif d’inclusion numérique, car les technologies de l’information et de la communication vont toujours continuer à évoluer » conclut Stefan Platteau. « Et ce qui est très amusant, c’est qu’on sera peut-être nous-mêmes dans le cas à notre grand âge. »

 

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