Liège: feu vert pour les «maisons pirates»

La Villa Blanche abrite des personnes en difficulté prolongée.
La Villa Blanche abrite des personnes en difficulté prolongée. - Sophie Kip.

Les « maisons pirates » vont bientôt bénéficier d’un nouveau statut. En effet, les députés wallons Alda Greoli (CDH) et Benoît Drèze (CDH), également conseiller communal à Liège, ont proposé un décret sur la reconnaissance officielle des « maisons pirates » ou ce qu’on appelle officiellement des structures d’hébergement pour les personnes en difficulté prolongée. Ce décret a été voté en Commission du Parlement de Wallonie.

Il fait suite à un constat : jusqu’à 3.000 personnes sont accueillies dans une cinquantaine de structures d’hébergement non agréées (des SHNA) en Région wallonne. Elles ne sont pas illégales mais existent en dehors de tout cadre légal. Les personnes hébergées (18-60) sont généralement très précarisées. Elles présentent souvent des problèmes physiques, psychiques, sociaux ou encore une déficience intellectuelle.

On compte cinq structures d’hébergement de ce genre à Liège, dont la Maison blanche, bien connue, située quai du Longdoz, qui accueille jusqu’à 75 résidents par jour depuis maintenant 20 ans. Dans la province de Liège, ces personnes sont au nombre d’un millier environ et de 300 environ à Liège-Ville.

« Les établissements ont une réelle utilité mais les autorités communales et régionales ont constaté que certains présentaient des lacunes sur le plan de la salubrité, de l’hygiène, de la sécurité et de l’encadrement, explique le député Benoît Drèze. Par exemple, La Résidence Massimo, à Charleroi, avait été contrainte de fermer en octobre 2016 vu, notamment, ses conditions d’hygiène déplorables ».

Déjà un décret communal

Une réglementation en la matière s’avère donc nécessaire. En 2012, la Ville de Liège avait adopté un règlement suite à la proposition de Benoît Drèze, alors échevin des Services sociaux. « A défaut d’avoir un décret wallon, j’avais proposé d’adopter un règlement communal en partenariat avec les structures concernées ». Les cinq « maisons pirates » avaient été reconnues : la Villa Blanche, l’Eau vive, le Bien-être, les Blés d’or et un nouveau service de l’hôpital psychiatrique Notre-Dame des Anges.

Plusieurs établissements ont par ailleurs manifesté leur souhait d’être reconnus afin de sortir de cette zone grise. « En outre, l’article 23 de la Constitution belge consacre le droit à chacun de mener une vie conforme à la dignité humaine, ce qui implique entre autres le droit à un logement décent  », précise le député.

Le décret proposé vise donc à permettre aux établissements existants d’obtenir une reconnaissance officielle à condition d’offrir aux résidents un hébergement de qualité mais aussi à interdire tous les établissements d’hébergement non reconnus ou non agréés.

15 ans de transition

Par E.K.

Le décret adopté ce 28 mars dernier prévoit des règles strictes que chacun des établissements concernés devra respecter.

« Les normes sont assez élevées, notamment en termes d’infrastructures, explique le député wallon Benoît Drèze. Les chambres ne pourront plus accueillir plus de deux personnes, alors que pour le moment jusqu’à six personnes dorment dans une même chambre dans certains établissements. À la Villa blanche, des chambres accueillent deux, trois ou quatre personnes ».

D’autres normes seront également imposées en matière de personnel, sécurité, hygiène, social – il faudra proposer un projet de vie pour chaque résident.

Évidemment, un temps de transition permettra à chaque établissement de se mettre en règle. « 15 ans de transition sont permis aux maisons existantes pour s’adapter aux normes ».

Par ailleurs, chaque établissement aura un an pour s’inscrire officiellement à partir de l’entrée en vigueur du décret. Au-delà de cette date, ils seront considérés comme illégaux.

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