Il était une fois la prostitution

Pendant plus d’une heure, la conteuse endosse ces histoires, fait vivre ses femmes à travers les mots mais également à travers des sacs à main, symbole de la féminité et du caractère de chacune d’elle.
Pendant plus d’une heure, la conteuse endosse ces histoires, fait vivre ses femmes à travers les mots mais également à travers des sacs à main, symbole de la féminité et du caractère de chacune d’elle. - Mathieu Golinvaux.

Tout commence par une dose d’innocence, de magie presque à la façon de Harry Potter et du quai 9 ¾. Sauf qu’ici, on parle du quai numéro 13 de la gare du Nord, un des surnoms de la rue d’Aarschot. Véronique est alors enfant et lors de ses départs à la mer, sa grand-mère lui explique que les personnes qu’elle aperçoit, ce sont des dames de lumière. Elles illuminent la rue de leurs néons violet, rose ou rouge. Ce n’est qu’une fois adulte que Véronique de Miomandre s’est interrogée sur la vie de ces femmes, ces prostituées, ces personnes parmi d’autres avec une personnalité particulière. Conteuse, elle a souhaité transmettre leurs paroles sur scène grâce à l’aide de Max Lebras. Et c’est dans une cave, celle de l’Os à moelle à Schaerbeek, qu’elle délivre ces secrets.

Pour son premier contact, la conteuse s’est rendue chez Espace P qui lui a conseillé de se promener rue d’Aarschot et de tenter de rentrer en contact. Marilyne lui ouvre sa porte « mais pas ce soir chérie. Il est 17h, c’est l’heure de pointe. Reviens demain matin. » Et le lendemain, Véronique devient dame de compagnie. « Je voyais ces voitures avancer à pas d’homme pour regarder les femmes. Quand un homme me regardait, je voulais disparaître. » Mais Marilyne lui parlait. Elle lui a raconté sa vie. « Certains s’imaginent que parce qu’ils paient, ils peuvent tout se permettre. Mais je suis une personne avec ses limites. Je suis un peu psy aussi. J’ai un client, un fonctionnaire, je dois le prendre dans mes bras et le bercer en lui donnant le sein. Il repart apaisé. Je console très souvent les hommes. »

Une réalité très diverse

Et puis un jour, Marilyne disparaît et la conteuse part à sa recherche. Elle questionne les femmes du quartier. Les prostituées africaines qui prient la Sainte Vierge et pensent aux yeux de leur mère lorsqu’elles reçoivent le chèque tous les mois. Les filles du quartier Alhambra qui arpentent le trottoir chaussées de bottes hautes qui brillent. La fille venue de Moldavie en vendant son corps au passeur avant de trouver un protecteur qui l’a aussi mise sur le trottoir italien avant son arrivée sur les pavés bruxellois. Il y a aussi cette escorte, belle, jeune, qui gagne beaucoup, les bars à champagne, les dominatrices, les plus âgées… Et la police des mœurs, protectrice souvent. Et surtout, les enfants des prostituées, ceux pour qui parfois tout a commencé, pour pouvoir gagner sa vie et le garder auprès d’elle sans toujours y arriver. Pendant plus d’une heure, la conteuse endosse ces histoires, fait vivre ses femmes à travers les mots mais également à travers des sacs à main, symbole de la féminité et du caractère de chacune d’elle.

« Ce n’est pas toujours facile de raconter leurs propos, ajoute Véronique de Miomandre. Je ne sais pas pourquoi j’étais attirée par ce thème mais cela m’a changé. J’ai dû abandonner mes préjugés et accepter qu’il y avait plusieurs types de prostitution. La réalité est très diverse. »

Sans préjugés

Pendant des semaines, la comédienne passe des heures à écouter le témoignage de prostituées dont Sonia. « Une amie m’avait dit que c’était quelqu’un de confiance alors j’ai accepté. J’ai trouvé la démarche intéressante car elle venait sans préjugés. Or, les gens ont souvent un avis tranché sur notre métier. Ils voient soit les escortes soit la traite des êtres humains. Mais il y a autant de prostitution que de prostituées. Je ne sais pas si cette pièce aura un impact sur le débat mais je pense que les gens sont intelligents mais qu’il faut simplement leur raconter notre réalité. »

Et ce quotidien, Véronique de Miomandre nous la conte simplement, sans parti pris. Elle jure de dire la vérité et rien que la vérité de ces dames de lumière.

« Sous les néons du désir ». Ces 13 et 14 avril à l’Os à moelle de Schaerbeek. www.osamoelle.be

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