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Témoignage.

Journaliste au service Société Temps de lecture: 4 min

Le retour à la terre, au-delà des pratiques de subsistance et de loisirs, devient aussi pour certains Bruxellois une nouvelle occupation à plein-temps. Et il n’est pas forcément nécessaire d’aller les chercher bien loin pour les rencontrer. Gael Loicq fait actuellement partie des quatre maraîchers à pratiquer une agriculture biologique intensive sur le terrain du Vogelenzang, à Anderlecht, à quelques encablures de la frontière flamande. Si l’on respire ici l’air de la campagne, les silhouettes de la centrale électrique de Drogenbos et de l’enseigne Ikea qui se profilent en arrière-plan viennent constamment rappeler que l’agitation de la ville n’est pas loin.

Les 30 ares que Gael Loicq exploite depuis deux ans déjà lui ont été mis à disposition gratuitement dans le cadre du projet Graines de Paysans lancé par l’ASBL Le Début des Haricots, qui a elle-même passé une convention avec la commune pour l’usage des terrains. « Pendant ces trois ans, tu vois si tu fais un chiffre d’affaires, si tu n’as pas le dos trop cassé, si avec ta famille ça va, etc., explique le maraîcher. Après cette période, c’est quelqu’un d’autre qui prendra ma place. »

Aucun aspect du métier n’est mis de côté durant cette phase de lancement. Si un support matériel – comprenant notamment le terrain ou encore une serre de 200 m2 – ainsi que des conseils sont apportés, le volet commercial et administratif est bel et bien assuré par les participants eux-mêmes, qui doivent trouver leur créneau et apprendre à se vendre. «  Chacun fait sa petite entreprise. Moi, je fais des paniers, un petit marché une fois par mois, mais je vends surtout à l’épicerie Bees Coop à Schaerbeek, qui me prend 50 % de mon volume. »

Urbain campagnard

Bientôt arrivé au terme de cette phase de décollage, le jeune agriculteur formé en écologie sociale et passé par une formation en permaculture envisage de poursuivre dans la profession. Il doit pour cela déjà sérieusement penser à se trouver un nouveau terrain.

« Ce n’est pas du tout facile à Bruxelles. Il y a encore des terrains, mais de moins d’un hectare. » Or, lui voit plutôt grand. « Moi j’ai envie de produire, pas en masse, mais quand même une bonne quantité pour pouvoir au moins fournir un magasin, je dirais à 50 %. J’aimerais bien tendre vers ça dans les 5 ans. »

« Fou dans sa tête »

Actuellement, il lorgne sur une surface plus grande et située à Linkebeek, grâce au soutien de la plateforme Terre-En-Vue, qui fournit notamment de l’aide juridique pour les agriculteurs en recherche d’espace. Quitter Bruxelles ou sa périphérie, ce n’est par contre pas pour tout de suite. « J’ai toujours été urbain, même si j’ai beaucoup tendance à avoir des attitudes campagnardes. »

Malgré la passion et les projets à moyen terme, le métier d’agriculteur reste cependant plus un défi qu’une réelle vocation pour ce citadin qui a pris la clé des champs. « Je ne pense pas non plus que je vais faire du maraîchage toute ma vie. » Même en travaillant sur une surface réduite, les journées dans l’agriculture bio et intensive sont longues et se terminent bien souvent après le coucher du soleil, été compris. « Le travail de maraîcher, c’est un travail pour lequel il faut être un peu fou dans sa tête, » s’amuse Gael Loicq. « Soit on aime la nature, soit on aime se surpasser. Mais si tu as un enfant, un emprunt ou autre chose, c’est mort. On a des gens ici qui sont venus sur l’espace-test et qui ont fait des burn-outs, par exemple. »

On est loin ici des fantasmes et d’une vision bétonnée, technologique, voir « bling-bling » (selon ses termes) de l’agriculture. Notre Bruxellois, qui se dit fortement attaché à la terre, voit d’ailleurs avec un certain scepticisme la vague des projets d’agriculture en entreprises, comme ceux qui fleurissent actuellement sur les toitures des supermarchés. « L’agriculture hors-sol, je ne suis pas fan. À part si c’est vraiment pour verduriser la ville. Un potager sur un toit, c’est bien, à condition que ça soit vraiment pour une affaire de quartier. Mais pas pour un magasin qui fait une espèce de greenwashing. Parce que quand tu es maraîcher, tu sais que la production n’équivaut pas du tout à ce qu’ils vendent au total. »

 

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