A Quantum of History

Le 28 mai 2003, Ilya Prigogine, professeur émérite de l’Université de Bruxelles, disparaissait à l’âge de quatre-vingt-six ans, non sans avoir inscrit son nom, ainsi que celui de sa patrie d’adoption, la Belgique, dans les annales de la recherche scientifique.

Un quart de siècle plus tôt, en 1977 pour être précis, cet éminent chimiste d’origine moscovite avait en effet été récompensé du prix Nobel « pour ses contributions à la thermodynamique de non-équilibre et en particulier la théorie des structures dissipatives ». Soit la consécration ultime pour un scientifique, survenue un an seulement après la réception d’un autre prix prestigieux, la médaille Rumford, qui récompensa par le passé des chercheurs aussi célèbres que Wilhelm Röntgen, le découvreur des rayons X.

Une passion commune

Si l’on en croit « Bestor », une base de données en ligne consacrée à la science belge des trois derniers siècles, Ilya Prigogine écrivit au cours de sa carrière plus de vingt livres et publia environ un millier d’articles. Ajoutez à cela l’obtention d’une cinquantaine de doctorats honoris causa ainsi que des inscriptions auprès d’une soixantaine d’académies scientifiques à travers le monde et vous aurez une petite idée du rayonnement international assez extraordinaire qu’il obtint au cours de sa carrière.

Pour autant, Ilya Prigogine ne fut pas uniquement absorbé par la science ; avec son épouse Maryna, une chimiste d’origine polonaise, il se passionna notamment à partir du milieu des années 1960 pour l’art datant de la période précolombienne (Équateur, Pérou, Colombie, Chili, Argentine ou encore Grandes Antilles), via l’entremise de galeries installées aux États-Unis et en Europe.

Pièce maîtresse du système des croyances Chontal, ce masque anthropomorphe s’est échangé contre 30.000 euros. © D.R.
Pièce maîtresse du système des croyances Chontal, ce masque anthropomorphe s’est échangé contre 30.000 euros. © D.R. - dr

Mais c’est semble-t-il surtout sous l’influence de l’Italien Carlo Gay, grand spécialiste du genre et ami intime du couple, que les Prigogine se mirent à particulièrement apprécier les pièces en pierre de deux cultures mexicaines préclassiques (c. 300 – 100 av. J-C) sises au cœur des montagnes du Guerrero : celle des Mezcala et celle des Chontal.

Mezcala

C’est dire si l’annonce par Christie’s de la dispersion en date du 9 avril à Paris de pratiquement 150 pièces ayant été rassemblées par les Prigogine avait de quoi aiguiser l’appétit d’une foule d’amateurs d’art précolombien. Et ce moins en raison du caractère illustre des vendeurs que du souci d’excellence ayant toujours guidé ces derniers en plus de trente années d’acquisitions.

Au total, la vacation intitulée « A Quantum of History » et supervisée justement par Carlo Gay a généré un chiffre d’affaires de pratiquement deux millions d’euros (83 % de lots vendus). Un montant qui aurait certes pu être encore plus important si l’on n’avait compté parmi les invendus plusieurs lots de premier ordre (dont un masque olmèque préclassique censé rapporter entre 400.000 et 600.000 euros). Mais dans le même intervalle, l’on a vu émerger quelques belles batailles d’enchères pour des objets pouvant a priori passer comme moins « bancables » : ce fut le cas pour un personnage debout en andésite gris vert relié à la culture Mezcala qui réalisa près de cinq fois son estimation haute (65.000 – 85.000 euros), soit 439.500 euros. Difficile de croire qu’une sculpture aussi raffinée ait pu être réalisée il y a deux millénaires sans le recours à un quelconque outil en métal, et pourtant…

Pour cette hache votive olmèque, l’on a offert 21.250 euros. © D.R.
Pour cette hache votive olmèque, l’on a offert 21.250 euros. © D.R.

Même constat pour une pièce en serpentine vert foncé passant pour être la plus grande représentation d’iguane connue à ce jour, qui a plus que décuplé son estimation basse (4.500 – 6.500 euros) en étant adjugée 47.500 euros.

Hors civilisation Mezcala, l’on retiendra également ces 30.000 euros dépensés pour un masque Chontal en porphyre d’une douzaine de centimètres de haut, alors que sa fourchette d’estimation ne courait qu’entre 8.000 et 12.000 euros.

Enfin, dans un registre légèrement plus ancien, 21.250 euros ont été offerts pour une hache votive olmèque (période préclassique, c. 900-600 av. J-C) en jadéite dont on attendait initialement entre 7.000 et 9.000 euros. Un beau succès et un bel hommage au grand scientifique et à son épouse.

Tous les prix mentionnés ci-dessus s’entendent frais inclus.

 
 
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