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Expo 58 : c’était au temps où Bruxelles brusselait

Pendant six mois, Bruxelles fut le centre du monde, il y a 60 ans. L’Expo 58 a drainé plus de 40 millions de visiteurs

Récit - Responsable des "Livres du Soir" Temps de lecture: 3 min

Les plus jeunes de la rédaction avaient du mal à le croire. mais oui : l’Expo 58 a drainé 42 millions de personnes entre le 17 avril, jour de son inauguration par le roi Baudouin, jusqu’à sa fermeture le 19 octobre. 41.454.412 visiteurs exactement venus apprécier les pavillons des 44 pays participants et des pavillons thématiques et commerciaux, genre pétrole, Coca Cola, Victoria, Kodak, Côte d’Or, IBM… Ce qui fait exactement 223.444 personnes par jour. Vous vous rendez compte ?

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Pendant ces 190 jours d’ouverture, Bruxelles fut le centre du monde. Six mois de bonheur partagé à une époque où, malgré la guerre froide toujours intense, la course aux armements et celle à l’espace avec, en point d’orgue, le fameux Spoutnik lancé par l’URSS en 1957 et exposé au pavillon soviétique, tout le monde croyait dans l’annonce d’un monde meilleur, de la victoire du progrès et de la prospérité et de l’avènement de la fraternité. Même si on y avait reconstitué un village congolais avec des familles, à qui, c’est incroyable, des visiteurs jetèrent des bananes: le village fut éphémère, ses acteurs le quittèrent rapidement.

Indéniablement, l’Expo 58 a laissé des traces en Belgique. D’abord physiquement, avec l’Atomium, construit pour dix ans et qui trône toujours sur le plateau du Heysel. Ensuite dans l’infrastructure urbaine : tunnels de petite ceinture, larges voiries quasi autoroutières, viaduc par-dessus le boulevard Léopold II, passant à hauteur des premiers étages des immeubles riverains, heureusement démoli en 1984, début des travaux du ring… Et puis dans l’imaginaire belge. Ceux qui ont visité l’Expo en 1958 en parlent encore et en ont abondamment parlé à leurs enfants, persuadés qu’ils ont assisté là à un événement extraordinaire à jamais marqué dans leur mémoire. Quand on a renouvelé le revêtement des boules de l’Atomium, beaucoup se sont bousculés pour acquérir un morceau de l’ancienne enveloppe. Le style Atome a imprégné l’esthétisme et l’art. La Belgique joyeuse, espèce de reconstruction de la Belgique de 1900 avec ses 150 maisons typiques flamandes, sa rivière, son pont, ses multiples tavernes à bières diverses, ses bals populaires, fait toujours rêver. On s’y amusait bon enfant. C’était au temps où Bruxelles brusselait…

Le plan de la Belgique de 1900 en version mobile

Les dernières années d’une Belgique débonnaire

Je ne crois pas que j’y ai brusselé, j’étais trop jeune, mais j’y ai été à l’Expo 58. Et j’ai des souvenirs du pavillon américain tout circulaire, avec son système de cinéma à 360º, du pavillon de l’URSS austère mais proposant le Spoutnik qui avait été lancé quelques mois auparavant seulement, du pavillon français au toit formé de trois triangles, de l’envolée ocre et aérienne du Vatican, des flèches mignonnes de la Thaïlande, des vagues artificielles du pavillon néerlandais. Mais aussi des hôtesses avec leur drôle de chapeau. Et des cabines de téléphérique qui passaient par-dessus ma tête de onze ans. Et des pousse-pousse motorisés qui pétaradaient dans les larges allées…

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C’était sans doute les dernières années d’une Belgique un peu débonnaire, naïve et hors de la réalité. Celle-ci allait s’imposer très vite. Et très durement. L’indépendance du Congo en 1960 et les événements sanglants des années qui suivent. La grève générale contre la « loi unique » de 1960. Et le « Walen Buiten » de Louvain dès 1967. Le bonheur sans ombre s’était envolé.

Les pavillons vus par Le Soir, cliquez ici pour la version mobile

 

Bruxelles 58, rendez-vous des espions

Sur fond de guerre froide, l’Expo a nourri l’imaginaire de quelques romanciers.

Temps de lecture: 2 min

Il n’y a pas de doute, pendant les six mois de l’Expo 58, Bruxelles devait être parcourue par une quantité d’espions assez phénoménale. On est en pleine guerre froide. Khrouchtchev d’un côté, Eisenhower de l’autre. Et, sur place, les pavillons rouge et étoilé se font face. Nul doute que, de part et d’autre, les curiosités sont grandes : quelle avancée technologique chacun va-t-il exposer, quel gadget pourrions-nous leur voler ? Bref, on se surveille, on s’épie, on tente d’en savoir davantage.

C’est sur ce terrain que quelques livres se sont aventurés. Celui de Jonathan Coe, il y a quatre ans, sobrement intitulé Expo 58 (Gallimard). Celui d’Alain Berenboom, daté 2018, Expo 58. l’espion perd la boule (Genèse). Et la BD de Patrick Weber et Baudouin Deville, Sourire 58 (Anspach ed.). Le pub du pavillon britannique devient chez Coe le rendez-vous d’espions soviétiques, américains, britanniques. Chez Berenboom, le détective Van Loo est en butte aux James Bond de tous bords. Chez Weber-Deville, c’est Kathleen, hôtesse de l’Expo, qui se bat avec le monde sombre de l’espionnage

Les auteurs belges, pourtant, avouent que si des témoins leur ont parlé d’espionnage, si on retrouve le thème évoqué dans quelques livres de souvenirs, si des lecteurs leur ont fait part de cette réalité (« Mon père était à l’Expo pour la CIA »), ils n’ont pas recueilli d’infos de première main. Les espions ne parlent pas. Ou très peu. « Je suis parti sur l’imaginaire de l’espionnage », avoue Patrick Weber. Mais tous deux sont persuadés, comme Jonathan Coe, que des espions, il y en avait beaucoup à la Belgique Joyeuse…

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