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700 femmes sidérées après la nomination d’un homme à la tête des Tanneurs

Des centaines de femmes professionnelles de la culture réagissent à la nomination d’un homme à la direction du théâtre Les Tanneurs. Carte blanche.

Carte blanche - Temps de lecture: 5 min

Il n’aura fallu que quelques heures pour que la clameur gronde, que les réseaux sociaux s’agitent et bruissent, et quelques heures supplémentaires pour qu’un rendez-vous s’organise, d’abord dans un café, ensuite, vu l’ampleur de la vague, dans un lieu plus grand et plus propice à la réflexion. Quelques heures pour que près de 700 femmes se mobilisent pour crier leur sidération : « Une femme, encore, n’est pas nommée à la tête d’une institution…. »

Nous, ces femmes, F.(s), professionnelles de la culture - de tout âge, origine, classe et orientation confondues, sommes révoltées de constater une fois de plus la non-représentativité des femmes dans le secteur des arts de la scène due à la persistance d’un système instauré et maintenu depuis des siècles par l’homme occidental blanc. Un système qui s’accompagne toujours de la négation des minorités, nombreuses, et de notre sexe, pourtant majoritaire.

« Backlash »

L’affaire Weinstein, le grand mouvement MeToo et, à l’échelle de notre communauté, la libération des Tanneurs, nous avaient pourtant fait sentir un vent de victoire et d’espoir. Time’s up ! Le XXIe siècle nous ouvrait enfin ses portes….

Mais voilà que par un effet nommé « backlash » (retour de bâton) dans les études féministes, nous sommes à nouveau renvoyées dans les cordes : la promesse du progrès et de la parité n’étaient donc qu’un leurre. La puissance symbolique qu’aurait été l’accession d’une femme à la direction de ce théâtre, n’aura donc pas eu lieu.

Le cas des Tanneurs est désormais le nom de l’état de notre secteur culturel depuis des décennies : la reproduction constante d’un système patriarcal archaïque et dominant. Face à un tel système qui ne perdure que par les seules forces du conservatisme, des femmes, aujourd’hui, se lèvent et disent : « De cela, nous ne voulons plus » et rien ne pourra plus les arrêter.

Pour toutes ces raisons, aujourd’hui, Le choix des Tanneurs fait évènement.

Rappelons la brutalité des faits :

Suite à la mise à pied de son directeur pour des faits de harcèlement répétés et de notoriété publique, le conseil d’administration des Tanneurs a lancé un appel à candidatures pour pourvoir ce poste.

Sur 22 candidatures , 13 femmes se sont présentées et 9 hommes. Une sélection a été faite qui a retenu 3 femmes et 1 homme. Et l’homme a été élu.

Les femmes qui se sont présentées sont connues du monde culturel.

Beaucoup ont du savoir, des visions, des projets, de l’entregent, des puissances de travail, des idées et des compétences multiples et… de l’expérience ; dont une très singulière : celle de savoir réellement ce qu’est l’appartenance à une classe minorisée et, de ce fait, devoir se battre en permanence. Cela peut donner un certain courage, nécessaire dans ce type de fonction quand on veut faire quelque chose de neuf.

Nous ne pouvons dès lors qu’exprimer d’abord notre colère et notre écœurement mais aussi notre désir de justice, d’égalité, de décloisonnement et de décolonisation .

Nous voulons que soit interrogé précisément le processus qui a conduit à ce choix :

- Comment un CA qui a fermé les yeux, voire couvert les agissements de son ancien directeur, peut-il encore décider de l’avenir d’un théâtre dont il aura contribué à salir la réputation ?

- Où en est l’enquête demandée par la Ministre de la Culture suite à l’article de Catherine Makereel dans Le Soir et à la lettre, signée par plus de 150 personnes du monde culturel lui demandant d’agir ?

- Comment ne pas être stupéfait devant la composition du jury ( 6 membres du CA et 4 « experts » ) qui ouvre une voie royale aux conflits d’intérêts et à l’éternelle cooptation entre pairs et puissants.

Nous voulons que cesse ce que l’on appelle communément les « petits arrangements entre amis », vieilles pratiques issues de « clubs » d’influence où la présence des femmes - faut-il le rappeler ? - était interdite jusqu’au début du XXe siècle, et reste toujours minoritaire, voire suspecte. Ou sert de simple caution.

A partir d’aujourd’hui, et au-delà de ce cas désormais emblématique, nous nous interrogeons et réagissons pour l’ensemble du secteur.

A partir d’aujourd’hui, nous n’accepterons plus ce manque de respect et de justice vis-à-vis des femmes dans les processus de nomination, dans les montages de production, dans les attributions de postes, dans les écoles, dans les auditions…. Nous voulons que les règles soient claires et transparentes dans tous les processus.

Faut-il vraiment rappeler, encore et encore, que nous sommes largement majoritaires et que chaque année sortent des écoles artistiques beaucoup plus de femmes que d’hommes, et cela dans toutes les disciplines ?

Comment dès lors pourrions-nous tolérer qu’en 2018, les directrices bénéficient de moins de 20% des subventions attribuées aux lieux de théâtre pour adultes par la Fédération Wallonie-Bruxelles, quand tout le reste est détenu par des hommes ?

Comment notre réalité, y compris numérique, peut-elle encore être bafouée à ce point ?

Il est temps de secouer violemment la construction pyramidale, très majoritairement masculine, définitivement dépassée, du secteur.

La fulgurance de notre rassemblement hurle notre urgence – hurle, oui, car nous savons que ce qui ne veut pas être entendu doit être prononcé très haut et très fortement - mais dit aussi, très calmement, notre détermination sans faille à modifier en profondeur cette intolérable situation.

Nous prendrons le temps qu’il faudra pour mener ce combat à bon port.

Voilà les raisons de cette union nommée F(s). Elle s’annonce comme une révolution, car est révolutionnaire aujourd’hui d’avoir l’équité, l’égalité et la liberté pour boussole.

F.(s)

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6 Commentaires

  • Posté par De Villers Guy , lundi 7 mai 2018, 23:59

    Savez-vous que des six membres du Conseil d'administration du théâtre des tanneurs membres du jury qui a choisi Monsieur Alexandre Caputo comme nouveau directeur artistique du théâtre des Tanneurs, cinq sont des femmes : Claudine Lison, présidente du CA, Virginie Thirion, Christelle Bulinckx, Rita Coulon et Carole Bonbled. Le sixième membre du CA était Monsieur Dominic Brumagne. Et qui est ce Monsieur Brumagne ? Il est entre autres le représentant des Femmes Prévoyantes Socialistes (FPS) auprès de la CNAPD (Coordination Nationale d’Action pour la Paix et la Démocratie) . N'est-il pas excessif dans ces conditions de taxer le choix du CA d'incarner "la reproduction constante d’un système patriarcal archaïque et dominant" ? Est-ce bien la composition du Jury qui doit être mise en cause? Faudra-t-il imposer le principe de la parité ? Ou celui de l'alternance homme/femme à la direction des institutions culturelles? Cela mérite réflexions et propositions élaborées qui dépassent l'émotion, fut-elle révolutionnaire.

  • Posté par Bricourt Noela, lundi 7 mai 2018, 17:10

    J'ajoute qu'il n'y a jamais eu en Belgique de femme Premier Ministre.

  • Posté par Bricourt Noela, lundi 7 mai 2018, 17:07

    Partant du principe qu'il doit y avoir égalité entre les femmes et les hommes d'une part et que d'autre part que les femmes sont très largement minoritaires plus on monte dans la hiérarchie, il faut instaurer des quotas. A défaut, à chaque fois, il sera tellement simple de dire que l'homme était plus compétent, ce qui justifie le choix...des hommes.

  • Posté par Debaix Marie-jeanne , lundi 7 mai 2018, 16:16

    S'agissait-il d'un imbécile face à trois femmes de haut niveau ?

  • Posté par Van Wemmel Thierry, lundi 7 mai 2018, 13:52

    Quelque chose me gêne, c'est que finalement, on ne parle pas du tout des qualités de l'homme qui a été choisi. Dès lors, il est difficile de savoir s'il l'a été parce qu'il était un homme ou parce qu'il était le meilleur des candidat(e)s. L'article explique que les femmes retenues sont je cite, "connue du monde culturel", mais qu'en est-il de l'homme ? De même en quoi 6, 10, membres d'un jury modifient-ils sa décision. Il manque des faits pour pouvoir se faire une opinion. Evidemment, s'il s'agit de 10 économiste et que c'est un économiste qui a été choisi, ça change les choses mais alors, il faut l'écrire.

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