Un centre fermé pour familles avec enfants: «Indécent» pour les associations (vidéo)

Un centre fermé pour familles avec enfants: «Indécent» pour les associations (vidéo)

Insupportable, inacceptable, indécent… L’ouverture d’un centre fermé pour des familles de migrants avec enfants, à côté du centre 127bis à Steenokkerzeel (Brabant flamand), passe mal auprès des associations. Sudpresse et Het Laatste Nieuws rapportent mardi que le secrétaire d’Etat à l’Asile et à la Migration Theo Francken (N-VA) a obtenu le feu vert du conseil ministériel restreint sur ce dossier controversé.

« On n’enferme pas un enfant. Point », martèle Bernard De Vos, délégué général aux droits de l’enfant. Les associations combattent depuis plusieurs mois cette volonté du gouvernement d’enfermer, en ultime recours, les familles de migrants avec enfants. Le projet d’arrêté royal devra passer devant le Conseil d’Etat et en cas de feu vert, un tel centre pourrait ouvrir dès juillet.

Pour les associations, détenir un enfant est inacceptable et contraire à la Convention générale des droits de l’enfant de 1989, que la Belgique a ratifié. Celle-ci institue que l’intérêt supérieur de l’enfant doit être primordial. « Or, il est évident qu’il ne sera jamais dans l’intérêt de l’enfant d’être enfermé », s’exclame la Ligue des droits de l’Homme.

D’autant plus que la Cour européenne des droits de l’Homme a condamné trois fois la Belgique pour avoir enfermé, entre 2004 et 2008, plus de 2.000 enfants avec leurs parents dans des centres fermés, rappellent le Ciré (Coordination et initiatives pour réfugiés et étrangers), la Ligue des droits de l’Homme et M. De Vos.

Un moratoire a ensuite été décidé et des alternatives mises en place, avec les maisons de retour dans lesquelles les familles disposent « d’une liberté de circulation et d’un accompagnement » de l’Office des étrangers, explique Sotieta Ngo, directrice du Ciré. Selon elle, cela a abouti à de bons résultats, avec près de la moitié des familles qui sont rentrées dans leur pays, selon un bilan établi par plusieurs ONG en 2012.

Dès lors, aucun ne voit l’intérêt d’enfermer ces enfants dans des centres. « Le secrétaire d’Etat a beau présenter ces unités comme des eldorados avec des plaines de jeux et seulement un grillage autour, cela reste de la détention », relève le délégué général aux droits de l’enfant. Le gouvernement fédéral assure que l’enfermement restera la solution ultime, « à n’utiliser que pour les familles qui refusent de rentrer ou qui ont déjà fui… Mais si la fin est la détention, c’est toute la chaîne qui est pourrie. On ne pourra pas travailler en confiance », poursuit-il.

Un autre élément dénoncé : l’emplacement de ces unités de logement, juste à côté du centre 127bis et tout proche des pistes de l’aéroport de Zaventem. En conséquence, les enfants se retrouveront dans un «  environnement et une ambiance particulière, dommageable pour l’éducation de l’enfant », déplore M. De Vos et seront exposés à « des volumes sonores liés aux décollages et atterrissages des avions néfastes pour la santé et le sommeil », dénonce Mme Ngo.

Enfin, comment assurer la continuité de la scolarisation des enfants, obligatoire en Belgique, dans ces centres fermés, s’interrogent la Ligue des droits de l’Homme et le délégué général aux droits de l’enfant. « Ce sera tout bonnement impossible. On voit bien que la volonté est de les envoyer le plus rapidement possible dans un avion », note M. De Vos.

La Ligue des droits de l’Homme indique qu’elle étudiera les possibilités de recours si l’arrêté royal est approuvé.

 
 
À la Une du Soir.be
À découvrir sur Le Soir +

Vos réactions

Règles de bonne conduite / Un commentaire abusif? Alertez-nous

Le choix de la rédaction
  1. Le bourgmestre de Lessines est en guerre contre l’Unité wallonne du bien-être animal.

    Une saisie de chevaux à Lessines se transforme en affaire de santé publique

  2. Alaa Sheikhi, 24 ans, réfugié syrien arrivé en 2015 a été condamné à 9 ans et demi de prison. Il clame son innocence.

    Allemagne: à Chemnitz, le réfugié accusé dénonce un verdict politique

  3. L’Awap a notamment pour mission de préserver le patrimoine immeuble.

    Patrimoine wallon: malgré les préavis d’actions, le ministre Collin reste confiant

La chronique
  • Lettre d’Europe: le «Vieux Monde» a encore son mot à dire, non?

    L’Union européenne est à cran. Elle émerge à peine de dix ans de crise et de croissance larvée et fait face à un ralentissement économique. Les Européens regardent, médusés, le bras de fer commercial entre Washington et Pékin – et le chaud et froid que souffle l’hôte de la Maison-Blanche. Voilà qui ne fait pas notre affaire. Logique. Tout ce qui peut entraver la croissance du commerce international est perçu, de ce côté-ci de l’Atlantique, comme une (autre) menace quasi-existentielle, qui s’ajoute à la perspective d’un Brexit sans accord et d’élections anticipées en Italie, qui pourraient donner les « pleins pouvoirs » à la Ligue et à son patron Matteo Salvini.

    On aime d’autant plus détester M. Trump qu’il n’a guère d’égards pour ses « alliés » européens. Il laisse toujours planer la menace de droits de douane sur les voitures allemandes et a prévenu que l’assouplissement de la politique monétaire européenne,...

    Lire la suite

  • Bateaux humanitaires en Méditerranée: Kafka sur nos rivages

    La Méditerranée est à double visage. Il y a celui de cette eau bleue, avec sa puissance d’attraction lumineuse où nous avons puisé nos réserves durant ces vacances. Et puis il y a l’autre, celui de cette eau qui fait office, selon les cas, de tombeau ou de prison flottante. Aujourd’hui toujours. Car rien n’est réglé pour ces bateaux qui traversent la Méditerranée à la recherche d’un port où débarquer les hommes, femmes et enfants sauvés alors qu’ils tentent de rejoindre nos rivages européens. Les remous créés par les appels à l’aide des...

    Lire la suite