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Pension à points: par la porte, par la fenêtre ou via le soupirail?

Une étude de l’UCL défend la pension à points, jugeant ce système plus équitable que l’actuel. La FGTB réagit à celle-ci via une carte blanche.

Carte blanche - Temps de lecture: 4 min

La saga sur la fameuse pension à points revient à nouveau à la Une de l’actualité. A quelques jours de la manifestation nationale pour des pensions dignes, il fallait s’en douter.

Présentée comme la réforme phare de sa législature, la pension à points a pourtant récemment été mise au placard par Bacquelaine lui-même, qui la renvoie à un prochain gouvernement.

Face à la résistance des syndicats, qui ont largement alerté l’opinion publique des dangers pour les travailleurs d’une pension dont les points pourraient être gelés, Bacquelaine, voyant les élections arriver à grand pas, de peur de se faire lourdement sanctionner par les citoyens, a décidé de passer son tour.

Objectifs différents

Mais voilà donc que les experts à la base de la proposition reviennent à la charge pour relancer l’idée de la pension à points. Pourquoi cet acharnement ? Et pour qui ces experts marchent-ils ?

Pour comprendre cela, il convient de saisir les objectifs poursuivis par les uns et les autres dans ce dossier.

Pour les experts, l’objectif à atteindre est d’assurer la soutenabilité financière du régime des pensions de manière générale. Clairement dit, diminuer le « poids » des pensions pour les autorités.

Pour les syndicats, l’objectif est de relever le niveau des pensions légales afin d’assurer aux travailleurs pensionnés le maintien de leur dignité.

Selon l’objectif poursuivi et selon ceux que l’on défend, les moyens à mettre en œuvre sont évidemment différents.

Ainsi, pour les experts, une pension à points qui permet de geler le point pension en fonction de la situation démographique et économique du pays est un must. Trop de pensionnés ou une dette publique belge trop élevée l’année où vous prenez votre pension : le point est gelé. Pas diminué (ils insistent), mais gelé (nous insistons). Le budget public est protégé, mais vu que les dépenses et les factures des pensionnés elles ne seront pas gelées, ce sont les pensionnés qui vont déguster !

Les experts répètent en chœur que la valeur du point ne pourra pas diminuer. Mais dans leur rapport, il est écrit noir sur blanc qu’il pourra bel et bien être gelé !

Il y a de toute façon la liaison des pensions au bien-être, nous répliquent-ils la main sur le cœur, qui continuera à évoluer même si la valeur des points est gelée. La même liaison au bien-être dont l’enveloppe a été amputée de 40 % par les deux gouvernements successifs ! En sachant par ailleurs pertinemment que ce que dénoncent les syndicats dans leur proposition, c’est que la valeur du point pension, qui était censé suivre l’évolution des salaires, pourra être gelé, déconnectant encore un peu plus le niveau des pensions par rapport aux derniers salaires.

Bacquelaine aurait voulu se faire oublier sur ce dossier. Il avait en effet dû reconnaître au Parlement que la mise en place du nouveau système coûterait très cher et ne servirait pas à grand-chose, étant donné que le système actuel lui permettait de mettre en œuvre toutes ses autres réformes.

Et l’intérêt des travailleurs ?

Mais pour qui marchent alors ces experts ?

Pour répondre à cette question, il suffit de lire les revendications de la FEB sur les pensions, qui datent de 2014. Dans ses revendications, la fédération patronale ne plaide pas pour une pension à 67 ans, mais bien à… 70 ans !

Et quoi de mieux pour atteindre cet objectif qu’un système qui permet de geler les pensions des travailleurs pour les forcer à devoir travailler plus longtemps ?

A moins qu’une partie des experts marchent pour les compagnies d’assurance privée, qui ne demandent qu’à fragiliser le système de pensions légales pour mieux pouvoir le privatiser.

Une chose est certaine, ces experts ne cherchent pas à défendre les intérêts des travailleurs.

En Belgique, il faut 1.568 euros pour avoir accès à une maison de repos. Raison pour laquelle la FGTB défend une pension de minimum 1.500 euros par personne pour une carrière complète. En encourageant celles et ceux dont la santé le permet à travailler plus longtemps. 1.500€ minimum, Le prix de la dignité !

Cette proposition coûte 1,6 milliard par an. Or, via le tax shift, la FEB a obtenu de réduire leurs cotisations sociales de 33 à 25 %. En acceptant de descendre à 26 % au lieu de 25, avec ce 1 %, cela rapporterait 1,3 milliard par an aux caisses publiques. Avec les montants de la fraude fiscale à aller récupérer, l’équation serait largement bouclée. Soutenabilité financière des pensions ET pensions dignes pour les travailleurs.

Alors, mesdames et messieurs les experts, continuez à défendre vos intérêts particuliers mais laissez les représentants des travailleurs défendre ceux de la collectivité !

 

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2 Commentaires

  • Posté par Gabriel Jacqueline, mercredi 16 mai 2018, 9:47

    Exact, cet article est très clair. J'espère que les futurs pensionnés soutiendront ces revendications car le futur n'est pas très engageant... Sauf si vous pouvez partir dans les paradis fiscaux.

  • Posté par Parmentier Luc, mardi 15 mai 2018, 19:56

    Article bien ficelé , mieux que le précédent rédigé par des "experts" économistes ....

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