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Et si Mons devenait capitale européenne de la blague cycliste?

C’est pour rire, bien sûr ! Et pourtant… Lassés de revendiquer des améliorations dans la ville, les « cyclistes gonflés » ont décidé de mettre l’humour au pouvoir. Une campagne hilarante. Une manière décomplexée de faire de la politique.

Journaliste au service Politique Temps de lecture: 5 min

C’est l’histoire d’un mec qui en avait assez de parler dans le désert et qui décida qu’une bonne blague valait mieux qu’un long cahier de revendications. A Mons, Luc Leens est connu comme activiste de la cause cycliste depuis un quart de siècle au moins. Cheville ouvrière du Gracq, empêcheur de rouler en rond des autorités locales, il fut aussi membre du cabinet du ministre de la Mobilité José Daras (Ecolo) et lorsque sa carrière professionnelle le conduisit au Luxembourg, il réussit encore à militer pour les deux roues du côté des Grands-Ducs.

Un obstiné, on vous dit, qui a toutefois traversé un coup de mou à l’automne 2017 : « Je me retrouve à une réunion sur la place du vélo dans la ville avec l’échevin Pascal Lafosse, raconte-t-il. Et j’entends à nouveau ceci : Mons n’est pas faite pour le vélo. Décourageant ! J’ai perdu patience face à des gens qui ne veulent pas évoluer. J’en ai eu assez d’argumenter face à un mur et d’y perdre mon énergie. A ce train-là, il faudrait cent ans pour que ma ville soit cyclable. »

Une blague à 250 millions

Mons et les vélos ? Les rues étroites qui ne rendent pas aisée la cohabitation avec les voitures, les pavés inconfortables, les voiries en pente : Luc Leens se marre et réplique : « Mais avec quoi vient-on ? Le dénivelé le plus important à Mons est de 24 mètres pour gagner l’école Saint-Joseph à la rue des Clercs. Si nos enfants ne sont pas capables de faire cela, il faut une distribution générale de vitamines. »

Les reproches fusent alors à l’égard des élus et des techniciens : « Il faut convaincre les gens de rouler à vélo avec des arguments solides comme des circuits sûrs et un bon revêtement. A Mons, on pense encore qu’un coup de peinture sur la chaussée ou un poteau mal fichu est suffisant. Mais derrière ces interventions, il n’y a aucune perspective, aucun plan d’ensemble. Un jour bien sûr, il faudra prendre une partie de la place occupée par les voitures. Mais ce sera tant mieux pour les automobilistes puisque la pression de la circulation sera moins importante. »

Revenons à cette réunion d’octobre et au coup de sang de Luc Leens. « J’ai eu un déclic. Je m’usais à me battre contre des gens qui n’entendent rien. J’ai réuni quelques amis convaincus et nous avons décidé de passer à l’acte : ils se moquent de nous, on va se moquer d’eux ! Face à toutes ces contradictions, nous avons sorti une nouvelle arme : l’humour, la dérision. Depuis lors, nous tournons à la rigolade toutes les situations absurdes ou dangereuses que nous rencontrons sur le territoire de la ville. »

Depuis lors, les « cyclistes gonflés à bloc pour l’action » ont pris possession d’internet et des réseaux sociaux (1), et chacune de leurs interventions provoque un franc sourire voire l’hilarité générale : pistes cyclables en cul-de-sac, nids de poules capables d’abriter toute une batterie de pondeuses, chaussées approximatives, mobilier urbain cacophonique et qui se transforme en parcours d’obstacle… Les photos diffusées par Luc Leens et sa bande sont impitoyables.

Un petit dépliant réclame que Mons soit désignée capitale européenne de la blague cycliste en 2018. On y découvre un plan hallucinant où se côtoient le coup de la baïonnette sur le boulevard Dolez, le parcours Magritte parce que surréaliste au boulevard Kennedy, l’humour est dans le Grand Pré et surtout la blague à 250 millions d’euros sur la place Léopold. C’est le coût estimé de la nouvelle gare de Mons : les cyclistes gonflés ont appris que la passerelle qui en fait tout le sel ne sera pas accessible aux vélos !

Ces fêlés de la bicyclette poussent la logique rigolote très loin : « Tout ce qui précède est un véritable safari urbain pour les amateurs de vélo. Nous avons donc proposé à la ville et à l’office du tourisme de transformer ce circuit en produit touristique avec parcours GPS et carte interactive. Un vrai modèle de tourisme de l’extrême, le Koh-Lanta de la Berdouille ! On nous a répondu très sérieusement que ce n’était pas possible parce que cela mettrait les touristes en danger. La preuve est ainsi faite : Mons est donc dangereuse pour les visiteurs à deux roues. Pourquoi ne le serait-elle pas pour ses habitants, alors ? »

Comme au cinéma

Trêve de plaisanterie. Les cyclistes gonflés réclament un plan cyclable pour les 25 ans à venir dans le chef-lieu du Hainaut. Le bourgmestre a proposé sa réponse (lire ci-contre), elle semble insuffisante aux humoristes du dérailleur : « A court terme, il faut évidemment signaler les endroits dangereux, mais il faudrait 1.000 panneaux indicateurs pour être exhaustif. Nous réclamons un projet, une vision. En ville, un cinéma vient d’être fermé parce qu’il est dangereux. On va le reconstruire. Nous réclamons ce genre de démarche pour le vélo. »

Et comme ce n’est pas demain la veille, Luc Leens et ses gentils terroristes s’apprêtent à remonter en selle pour de nouvelles interventions ludiques, des gags plein la musette, des clins d’œil par rayons entiers… Le public s’amuse bien : « Nous ne voulons culpabiliser personne, et surtout pas les automobilistes. Ils doivent savoir qu’ils ont intérêt à bénéficier d’une ville cyclable. Si nous réussissons à les convaincre, le pouvoir politique comprendra que le citoyen est demandeur. » A Mons, on peut rire de tout, surtout de la politique cycliste.

(1)  forum.lescyclistesgonfles.com

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