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Fusillade à Liège: et si on sortait enfin la prison du ghetto?

Beaucoup de voix s’élèvent pour dénoncer les congés pénitentiaires accordés à Benjamin Herman, l’auteur de la fusillade à Liège. Le problème n’est pas tant ce congé pénitentiaire. Le vrai souci, c’est la prison.

Édito - Editorialiste en chef Temps de lecture: 3 min

La colère et l’indignation du papa de Cyril, tué à 22 ans de plusieurs balles, sans raison, font mal tant elles sont légitimes. Comment accepter qu’un déséquilibré vienne ôter la vie de votre enfant, soi-disant au nom d’Allah, durant les 36 heures de liberté accordées par un Etat censé protéger les êtres que vous aimez des criminels récidivistes ?

Ces indignations sont par contre nettement moins audibles dans la bouche des politiques qui, primo, ne connaissent pas à ce stade l’ensemble du dossier « Herman » et, s ecundo, caricaturent une problématique bien plus confrontante pour eux.

Comme le dénonçait hier l’avocat Sven Mary, le problème n’est pas tant ce congé pénitentiaire, faillible certes car géré par des êtres humains, mais qui reste, dans son principe, le meilleur qui existe dans un univers carcéral sans issue.

Le vrai souci, c’est la prison. Personne ne veut savoir ou voir ce que nombre d’avocats ou de juges ne cessent de marteler : pour la plupart des délits, au-delà de six mois, le séjour en prison ne sert pas à grand-chose, si ce n’est à amplifier les faiblesses de ceux qui y sont confinés. « La prison est une oubliette physique et intellectuelle, qui crée plus de vices qu’elle n’accumule de vertus », tranche ainsi l’avocat Bruno Dhayez dans un livre qui ne parle pas que de Marc Dutroux.

Il ne s’agit pas ici de trouver des circonstances atténuantes aux actes horrifiques de Benjamin Herman, qui restent à documenter. Mais on ne trouvera aucune solution à la radicalisation islamique des détenus (comme à leur consommation de drogues), si on n’offre pas aux jeunes notamment – « qu’ils s’appellent Benjamin, Luigi ou Saïd », comme le précise Sven Mary – une perspective alternative à celle que l’islam leur donne aujourd’hui.

Leur conversion n’a le plus souvent absolument rien de religieux : elle comble le vide de la « tôle », leur donne un sentiment d’appartenance et la possibilité de jouer un rôle reconnu qui, dans leur nouvel imaginaire, peut même être celui de « héros ».

Les hommes politiques chargés de l’« après-Liège » doivent rester modestes : les solutions à trouver sont plus complexes et plus courageuses que la suppression du congé pénitentiaire ou la sanction d’un fonctionnaire, voire d’un ministre, « fautif ».

Il s’agit de faire du temps passé en prison un temps utile pour le condamné, histoire qu’il se construise un avenir « dehors » via du travail et des occupations qui font sens, et qu’il se reconstruise lui, via l’aide psychologique. On en est loin. Le plus souvent en fait, on ne sait même pas très bien où on en est.

De l’argent gâché pour des individus qui ont meurtri la société ? « En prison, ce qui est bon pour le condamné est bon pour la victime et la société », écrit Bruno Dhayez. Un slogan guère populaire qui ne peut être porté que par des responsables pédagogues, et non démagogues.

 

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5 Commentaires

  • Posté par Christian Radoux, samedi 2 juin 2018, 1:46

    Quelles peines méritent le massacre du nom de Bruno Dayez et celui de la taule devenue comiquement tôle ?

  • Posté par Jean-Pierre Bertels, jeudi 31 mai 2018, 20:04

    La Belgique se fait en ce moment tancer par l'Union Européenne parce-qu'elle ne réduit pas sa dette comme prévu et ne respecte donc pas le calendrier voulu par l'UE pour le contrôle de cette énorme dette issue de la volonté de régionalisation. Investir convenablement dans la justice augmenterait significativement la dette, et la justice est et a toujours été un domaine électoralement improductif, sauf pendant de courtes périodes qui suivent des faits abominables qui sont abominablement rapidement oubliés. Le plus probable est donc que des mesures énergiques soient envisagées, peut-être même votées, mais que les crédits pour les mettre en pratique ne soient, eux, jamais votés.

  • Posté par Mey Morton, jeudi 31 mai 2018, 22:27

    Le problème réside donc dans l'absence de prise de conscience du public que la prison ne sert pas a grand chose. L'honneur de la Belgique serait qu'elle se decide a enfin doubler - oui doubler - le budget de la Justice afin de lui donner des moyens digne pour fonctionner correctement et de s'occuper dignement de ceux qui sont condamnés. Un vrai suivi des condamnés assurerait non seulement des emplois mais rendrait la société plus sûre et serait ainsi tout sauf de l'argent gâché. Chers lecteurs, les elections sont proches et il est temps d'investir …

  • Posté par Coets Jean-jacques, jeudi 31 mai 2018, 16:20

    Le problème de la politique carcérale en Belgique est qu'elle n'existe tout simplement pas. Personne depuis Ducpétiaux n'a pu ou voulu prendre la peine de se pencher sur une question fondamentale "A quoi sert la prison ?" A punir le condamné, à protéger la société, à réinsérer... Tous les trois, aucun des trois ? Ce débat n'existe pas en Belgique car électoralement, il ne paye pas car à l'inverse des terroristes, les prisonniers restent derrière des murs... Sauf cette semaine, puisse ce tragique évènement provoquer ce débat plus que nécessaire.

  • Posté par albert vynckier, jeudi 31 mai 2018, 15:07

    le dilemme de la justice pour peu que j'en sais, c'est qu'on ne sait pas condamner l'acte sans condamner celui qui l'a commis.

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