Migration: pour Theo Francken, la réforme du système européen d’asile «est morte»

L a réforme du règlement de Dublin est morte  », a déclaré le secrétaire d’État belge à la Migration Theo Francken, au sortir de la partie informelle ce matin de la réunion des ministres de l’UE à Luxembourg consacrée à la réforme du système européen de la Migration. Les 28 devaient décider si un texte de compromis élaboré depuis le début de l’année par la présidence semestrielle bulgare pourrait servir de base de négociation et être transmise aux chefs d’État ou de gouvernement qui se réunissent en sommet fin juin.

Selon Theo Francken, la conclusion de la discussion « très dure » est claire : vu l’opposition frontale de l’Italie dirigée par le nouveau gouvernement Ligue5 Étoiles, « un refus plus catégorique qu’il ne l’a été jusqu’à présent », le refus de l’Allemagne de travailler sur ce texte – « j’en ai été moi-même surpris », dit Francken – mais aussi l’opposition de l’Autriche, qui reprend en juillet la présidence semestrielle des travaux de l’UE, on va connaître « un renversement total de l’approche ». « L’Autriche a d’ailleurs annoncé qu’elle va abandonner la logique de négociation actuelle centrée sur le règlement de Dublin, et se concentrer sur la protection des frontières extérieures, et sur la restauration de la confiance entre les pays de l’UE. (…) Ils ont annoncé qu’ils proposeront une ‘nouvelle perspective’ qu’ils nous présenteront lors d’une réunion informelle à Innsbruck les 11 et 12 juillet prochains », a encore rapporté le secrétaire d’État belge.

«  Pour ce qui est de la Belgique, nous serions d’accord de travailler sur base du texte de la présidence bulgare. Mais il faut aussi parler des frontières extérieures. » À ce sujet, Theo Francken a plaidé devant ses collègues pour le retour des « pushback », autrement dit des refoulements des bateaux chargés de migrants vers les côtes africaines. Le secrétaire d’État avait développé ses idées à ce sujet à son arrivée à la réunion ministérielle européenne, mettant en garde contre « le risque de la fin de l’UE et de la zone Schengen, si l’on ne résout pas maintenant la crise migratoire ». Pour ce faire, il faut d’abord « fermer toutes les portes », plutôt que de faire comme ce que l’Europe a fait depuis trois ans : « discuter de savoir qui on met dans quelle chambre dans la maison Europe. Mais l’important est que la porte de devant et de derrière soit fermée. »

Les déclarations du responsable belge valent d’être développées ici de manière détaillée, tant elles paraissent aller loin par rapport à ce qui passait jusqu’à présent pour le discours commun…

«  Je comprends les pays qui disent qu’il est impossible de décider qui dort où si l’on ne sait pas combien de clients sont dans la maison et continuent à arriver. Le débat est un peu faussé, on ne parle pas de l’essentiel. Et je plaide moi pour une approche australienne, où nous dirons Vous ne ferez pas de l’Europe votre maison. On stopperait l’immigration illégale, et on privilégierait les installations légales de vrais réfugiés à partir de camps de réfugiés, légalement et correctement. Et on pourrait faire plus, sans plus accepter des bateaux. Mais permettre plus d’accueil dans les régions, donner plus de moyens à l’UNHCR, faire un accord avec la Tunisie comme on l’a fait avec la Turquie, de façon à pouvoir renvoyer vers la Tunisie des migrants partis des côtes libyennes, car les ramener vers la Libye est difficile. Je plaide pour cette approche depuis des mois et vais continuer à le faire. Je suis convaincu que si toutes les portes étaient fermées, tous les pays seraient d’accord de preuve de plus de solidarité. »

Sa position sur l’Italie

Quant à la nouvelle position italienne, « je suis M. Salvini depuis des années, commente M. Francken. J’ai lu le chapitre sur la migration dans leur accord de gouvernement. Bon, c’est dur, mais en Belgique nous avons aussi un gouvernement de droite et une politique stricte. Selon moi, c’est bien s’ils cessent d’accepter des bateaux en Sicile et en Italie. (…) Nous devons cesser d’inciter au trafic et de laisser s’enrichir les mafias. Toutes les élections basculent vers la droite ! Regardez la Slovénie le week-end dernier. Certaines propositions [développées en Europe] sont très extrêmes, mais si l’Europe ne résout pas le problème de migration sur le fond, il n’y aura plus d’Union européenne ni de zone Schengen dans cinq ans. C’est aussi simple que cela. C’est maintenant qu’il faut le faire, ou cela ne réussira pas. La Belgique est prête au compromis. Nous avons été parmi les meilleurs pour aider la Grèce et l’Italie, participer aux réinstallations et aux relocalisations. Nous sommes un pays d’accueil, mais nous ne voulons plus d’immigration illégale. La population n’en veut plus. Nous disons comme les Italiens : Basta cosi ! Les Allemands et les Autrichiens disent la même chose que nous.  »

Mais si l’Italie quitte le système de Dublin, comme ses nouveaux responsables en laissent planer la menace ? «  L’Italie ne peut pas stopper Dublin. Ce serait contraire aux accords et incompréhensible. Les retours en vertu de Dublin vers la Grèce sont impossibles depuis 2011. Le tribunal doit se prononcer cette semaine sur la possibilité de retourner les ‘Dublinés’ vers la Grèce. Les retours Dublin vers l’Italie fonctionnent bien. Mais si aujourd’hui la position du gouvernement italien est que l’on ne peut plus renvoyer personne qui se serait déplacé spontanément, cela équivaudrait de fait à dénoncer l’ensemble de l’accord [européen] sur la migration. On reviendrait alors vers le retour des contrôles aux frontières intérieures. Peut-être referait-on un petit Dublin avec un nombre restreint de pays. Je pense que de bonnes conversations doivent se tenir avec M. Salvini et avec le nouveau Premier ministre. Il y aura un Conseil européen prochainement, on verra bien comment cela se passe. »

Pour le « refoulement » des bateaux en Méditerranée

Enfin, de quelle manière le secrétaire d’État envisage-t-il de réintroduire les refoulements  ? « Ils étaient pratiqués depuis 1985 mais sont interdits par un arrêt de la Cour européenne des Droits de l’homme en 2012. L’Italie est obligée de sauver les migrants en mer, et elle doit les accueillir, sans pouvoir les renvoyer en Libye ou ailleurs. Mais tant que ce ne sera pas possible, nous aurons le chaos. Nous devons pouvoir renvoyer les bateaux. Nous devons trouver une manière de contourner l’article 3 de la Convention européenne des Droits de l’homme. Et la jurisprudence doit s’y adapter. Je crois qu’il y a des gens en Europe qui ne se rendent pas compte de ce qui se passe : ils devraient bien comprendre ce qui est en jeu aujourd’hui… »

 
 
 
 
 
 
 

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