A Bruxelles, Bertrand Cantat laisse entendre qu’il ne remontera pas sur scène

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Bertrand Cantat a-t-il donné son dernier concert, ce dimanche soir ? En représentation à l’Ancienne Belgique, le chanteur controversé a laissé entendre qu’il ne remonterait pas sur scène, évoquant « la dernière date de la tournée et peut-être la dernière date tout court », selon des personnes ayant assisté au concert.

Ce jeudi, le chanteur avait insulté ses détracteurs devant son public parisien.

Devant son public parisien, Cantat a dénoncé les «censures»

Par Julie Huon

Bertrand Cantat s’est produit devant un Zénith à demi-rempli, une quinzaine de manifestants campant sur le trottoir avec des banderoles et des photos de Marie Trintignant.
Bertrand Cantat s’est produit devant un Zénith à demi-rempli, une quinzaine de manifestants campant sur le trottoir avec des banderoles et des photos de Marie Trintignant. - AFP

Un concert électrique et puissant dans un Zénith à moitié rempli (3.000 spectateurs environ). Les deux concerts prévus en mai à l’Olympia avaient été annulés, la salle craignant des « risques sérieux de troubles à l’ordre public. » Jeudi soir, l’ex-leader de Noir Désir, condamné pour la mort, en 2003 de sa compagne Marie Trintignant, s’en est pris à la presse après seulement deux chansons.

« Merci à vous d’être là malgré tout, lâche-t-il, avant de tacler « ceux qui ne sont pas là pour des bonnes raisons », visant directement les journalistes, le chanteur de 54 ans ajoute : « si vous avez quelque chose contre moi. Si certains sont en train de jubiler, il n’y a aucune limite à quel point je vous emmerde ! »

Dès le morceau suivant, Bertrand Cantat a attaqué la famille Bolloré, propriétaire de Vivendi et donc à la fois de Barclay, sa maison de disques, et de l’Olympia. Plus tard, il y reviendra : « Bolloré, que j’emmerde… », glisse-t-il, sous les applaudissements, semblant rompre les ponts avec le producteur historique de Noir Désir.

Un mix de Noir désir

Sa tendresse, le chanteur la réserve pour son public, où les femmes semblent aussi nombreuses que les hommes : « Je vous aime, ça, c’est sûr », dit-il avant d’ajouter plus tard : « Merci d’être là, malgré toutes les intimidations, toutes les censures, toute la saloperie depuis octobre… »

Cantat, reparti sur les routes depuis mars, pour la première fois sous son seul nom après le succès de la tournée en 2014 avec le groupe Détroit, vide son sac. Face à un public acquis à la cause d’un rockeur toujours aussi impressionnant sur scène, soutenu avec efficacité par cinq musiciens.

La seconde partie du show, aux airs de best of de Noir Désir (« Tostaky », « Ici Paris », « L’homme pressé », « Marlène », « Comme elle vient »), met la salle en ébullition. Et rend visiblement heureux un chanteur qui s’éclipse au bout de deux heures sur un énigmatique « Merci pour tellement d’années… »

Ce concert parisien constituait l’un des temps forts de cette tournée entamée en mars, marquée par des manifestations et annulations, notamment des concerts prévus en festivals. Devant le Zénith, comme devant d’autres salles auparavant, des organisations de défense des droits des femmes avaient appelé à un rassemblement, qui a réuni une quinzaine de manifestants. Certains brandissaient des banderoles comme « Pas d’honneur pour les tueurs » ou « Marie Trintignant ne sera plus jamais applaudie », d’autres des photos de l’actrice morte sous les coups de son compagnon.

« On ne peut pas dissocier l’homme de l’artiste puisque l’oeuvre même d’un artiste, il y met de sa personne », a estimé Marion Georgel, une porte-parole de l’association.

« On a le droit »

« Je n’ai aucune raison juridique d’empêcher Bertrand Cantat de chanter », rappelait Daniel Colling, le patron du Zénith. Lequel, en tant que responsable du Printemps de Bourges, avait programmé le rappeur Orelsan en 2009, quand d’autres festivals y avaient renoncé suite à des textes jugés misogynes.

Libéré en 2007 après avoir purgé plus de la moitié de sa peine de huit ans, le chanteur bordelais a progressivement repris son activité artistique à partir de 2010. Malgré le succès de la tournée avec Détroit il y a quatre ans, la sortie de son album solo, fin 2017, s’est faite sur fond de polémique, à la suite d’une couverture des Inrocks parue en pleine tempête Weinstein.

Une une dont Cantat s’est excusé sur Facebook. Dans ce message, il évoquait aussi son « droit à exercer (son) métier », tout en renouvelant sa « compassion à la famille et aux proches de Marie Trintignant. »

Jeudi soir, à Paris, les fans soutenaient le chanteur à la sortie du concert. « Il a le droit d’être là, et nous aussi on a le droit ! », a pour sa part indiqué Gaëlle, 40 ans, groupie de longue date. « Je pars du principe que le droit à l’oubli c’est important. C’est son métier de chanter, c’est ça qu’on oublie », renchérit Camille, 28 ans, pour qui le voir en concert « n’empêche pas d’être féministe. »

Paris a-t-il apaisé l’aigreur de Cantat et le rockeur en a-t-il gardé sous la pédale pour son public belge, au rendez-vous ce dimanche soir à l’Ancienne Belgique, dans le centre de Bruxelles ?

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