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Sommet Trump-Kim Jong-un: historique et surréaliste

Ce matin, on ne peut pas (encore) voir dans cette poignée de main un grand pas pour l’humanité. L’éditorial de Béatrice Delvaux.

Édito - Editorialiste en chef Temps de lecture: 4 min

Historique, il n’y a pas d’autre premier mot. Jamais un président américain en exercice n’avait jusqu’ici serré la main à un dirigeant nord-coréen.

Le monde a d’ailleurs besoin d’une avalanche de photos pour réaliser ce qui vient de se produire. Un monde qui, malgré tout, hallucine, forcé de reconnaître la prouesse réalisée par les deux dirigeants les plus improbables que nos terres portent aujourd’hui, les plus fantasques, les plus imprévisibles, les moins aptes, selon les critères des démocraties occidentales et de la science politique, à poser des actes qui peuvent faire changer le cours de l’histoire pacifiquement.

Elles sont là pourtant, ces deux mains, filmées en gros plan : celle, petite, potelée et basanée de Kim Jong-un et celle large, rose et manucurée de Donald Trump. Ils sont là ces deux visages qui se sourient soudain sous deux chevelures qui servent, dans leur cas, de signature. On peut donc à quelques mois de distance se traiter de « crétin sénile » (Kim Jong-un à Donald Trump) et de « cruel dictateur » (Donald Trump à Kim Jong-un), menacer le monde d’une guerre nucléaire 2.0 déclenchée au détour d’un échange de tweets, et roucouler quelques mois plus tard sur une île au large de Singapour en donnant une leçon de paix au monde. Ou ce qu’il faudrait considérer comme tel.

Scepticisme et inquiétude

Car si historique est le premier mot qui jaillit, surréaliste est le second, quasi simultanément. On a beau découvrir – mais comment cela a-t-il pu nous échapper ? – que les drapeaux des deux pays sont faits pour coexister tant leurs couleurs et leurs géométries sont semblables, on ne peut s’empêcher de faire la fine bouche et de prendre ce « méta-événement » avec des pincettes, en s’avouant qu’il suscite plus de scepticisme et de sourde inquiétude que d’apaisement.

Sur le fond - évidemment ! -, cette poignée de main fait bien plus de bien au monde que le danger intense que faisaient courir les échanges de plus en plus menaçants, insultants, « virils » entre deux hommes égotiques que si peu de valeurs et de proches semblaient pouvoir contenir.

Mais on « demande à voir » car ce qu’on nous présente aujourd’hui n’est pas suffisant pour y croire. Ces signatures vendues et revendues devant les caméras sont en effet apposées alors que le monde est au bord du chaos, en partie du fait de ce dirigeant américain qui se pose aujourd’hui en grand pacificateur.

Un président américain qui se glorifie aujourd’hui de la signature d’un deal de dénucléarisation, dont personne ne sait en fait rien du contenu précis, et qui appelle le monde à applaudir en aveugle sur ses seules affirmations. Et cela alors qu’il vient de torpiller d’un revers de la main un deal de la même nature avec l’Iran, bien plus complet, bien plus public, bien plus multilatéral, après avoir pinaillé et mis en cause chaque détail avant de l’enterrer en solo.

Un président américain qui trouve le Premier ministre canadien « faible », qui regarde la chancelière allemande Angela Merkel de haut et « balade » le président français Emmanuel Macron, mais qui exalte sa relation terrific avec le dernier dictateur stalinien de la planète qui doit son pouvoir à la maîtrise de l’arme nucléaire dont il menace le monde et au joug qu’il impose à un peuple pauvre et privé de liberté.

Un président américain, comme le tweetait ce matin le vice-président de la Commission européenne Frans Timmermans alors que les amours « américanordcoréennes » battaient leur plein qui, « pour la première fois depuis 1945, n’a pas vu l’intérêt stratégique de travailler à une Europe vibrante et unie et à une relation transatlantique robuste ».

Cela aussi, c’est historique. Et cela explique pourquoi on ne peut se sentir plus en sécurité aujourd’hui qu’hier alors que le sort du monde est entre les mains d’un homme qui jusqu’à présent nous a surtout donné le sentiment, par ses actes, non pas de veiller sur nous, mais d’être plus seuls et plus tenus que jamais de ne pouvoir compter que sur nous-mêmes. Voilà pourquoi, en tout cas ce matin, on ne peut pas (encore) voir dans cette poignée de main un grand pas pour l’humanité.

 

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2 Commentaires

  • Posté par Bricourt Noela, mardi 12 juin 2018, 11:23

    Demain Monsieur Trump aura oublié ce qu'il a tweete la veille. Monsieur Trump est fort agité pour le moment. Grand âge? maladie mentale? surmenage? décalages horaires répétés entraînant de la confusion? formation insuffisante? mégalomanie? problèmes conjugaux? Mépris des autres de manière générale? absence de capacité d'empathie? Tout le monde l'ignore sauf ses proches. Ce qui est certain, c'est que Monsieur Trump semble totalement ingérable et que les autres chefs d'état en sont conscients .

  • Posté par Serge Vandeput, mardi 12 juin 2018, 11:43

    Pourtant depuis son arrivé au pouvoir l'économie américaine cartonne et Il travaille à réaliser un par un ses promesses électorales. En ce moment une réélection est plutôt possible, les petits Américains l'adorent et l'élite le détestent. Mais en Europe on se trouve de plus en plus dans la même situation dans différents pays.

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