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Les dix choses que vous ne connaissiez pas à propos du Panama (ou comment briller en société ce week-end)

Du premier adversaire des Diables, que sait-on ? Qu’il s’agit d’un pays construit autour d’un canal. Qu’il a eu un homme fort pas très net appelé Noriega. Et, comme l’ont révélé les « Panama papers », qu’il était facile d’y construire une petite offshore tropicale. Mais encore ?

Journaliste au service Monde Temps de lecture: 9 min

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Quinze oiseaux pour un touriste

N’est-il pas beau, cet araçari à collier
?
N’est-il pas beau, cet araçari à collier ? - Biosphoto.

Le Panama est surtout célèbre pour son canal. Mais n’imaginez pas un pays post-industriel ravagé et sinistre : la plus grande partie du fameux canal traverse un lac magnifique peuplé d’îles où vivent encore des communautés autochtones. Car le vrai trésor du Panama, c’est sa nature, sa biodiversité exceptionnelle : 25 % du territoire est protégé et constitué de forêt tropicale. Un paradis pour ornithologues et randonneurs peuplé de jaguars, pumas, tapirs, singes-araignées, tortues ou quetzals, aussi beau que le Costa Rica mais beaucoup plus tranquille. Et comme il s’agit d’un secret bien gardé, les Panaméens racontent que, «  au Costa Rica, il y a quinze touristes autour d’un oiseau, au Panama, il y a quinze oiseaux pour un touriste  ! »

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D’un océan à l’autre en 1 h 30

Le Panama, d’un océan à l’autre.
Le Panama, d’un océan à l’autre. - Reuters.

C’est le seul pays où l’on peut, le matin, observer le lever de soleil sur l’océan atlantique, version caraïbes, et le soir même admirer le coucher de soleil sur l’océan Pacifique. Ou le contraire. Comme le pays n’est large que de 80 km, on passe vite d’un bord à l’autre. Et question plages, le choix est vaste puisque le Panama compte 2.500 km de côtes. Autre particularité : contrairement à ses voisins d’Amérique centrale et des Caraïbes, le Panama, parce qu’il est situé un peu plus au sud, n’est jamais directement frappé par les ouragans, même s’il doit parfois encaisser vents et fortes pluies qui entourent ces phénomènes météorologiques.

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Etats-Unis-France : 1-0

Ferdinand de Lesseps
: héros de Suez, zéro de Panama.
Ferdinand de Lesseps : héros de Suez, zéro de Panama. - D.R.

En 1880, les Français décident de creuser un canal dans l’isthme de Panama. Ferdinand de Lesseps, le héros du percement du canal de Suez, décide, comme en Egypte, de le creuser au niveau de la mer. Mais le Panama n’est pas l’Afrique du Nord : il y a des montagnes, des pluies diluviennes, des éboulements et surtout des maladies tropicales qui provoquent la mort de plus de 20.000 travailleurs. Tout est compliqué, et, très âgé, de Lesseps est dépassé. Il ment sur le coût et l’avancement des travaux et fait appel aux petits épargnants. En 1888, la Compagnie du Canal s’écroule, ruinant 88.500 petits porteurs, qui avaient cru aux belles histoires de journaux corrompus.

De ce désastre, les Américains feront un triomphe : ils reprennent les travaux en 1904, après avoir extorqué un an plus tôt aux nouvelles autorités d’un Panama qui venait de proclamer son indépendance de la Grande Colombie un traité particulièrement inique. Selon cet accord, négocié au nom des Panaméens par un ingénieur français, Philippe Bunau Varilla, surnommé ensuite « el traidor » (le traître), les Etats-Unis obtiennent, contre paiement, le futur canal et une zone de 10 kilomètres de chaque côté, et ce à perpétuité.

Les ingénieurs américains réutilisent les zones déjà creusées par les Français mais décident de faire un canal à écluses. Ils imaginent aussi un ingénieux chemin de fer mobile pour évacuer les millions de tonnes de gravats. Et, avant toute chose, ils donnent tous les pouvoirs à un médecin qui assainit la zone des travaux, extermine les moustiques et fait paver les rues. Dix ans plus tard, le canal est inauguré : l’« Ancon », un vapeur battant pavillon américain, traverse le canal en 8 heures, évitant de longues semaines de pénible navigation nécessaires pour contourner l’Amérique du Sud via le Cap Horn. Et le canal de Panama devient un des moteurs qui permettent aux USA de devenir une grande puissance…

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Des Diables rouges partout

Prenez un vieux bus scolaire américain décorez-le sans modération et vous aurez un «
diablo rojo
».
Prenez un vieux bus scolaire américain décorez-le sans modération et vous aurez un « diablo rojo ». - Reuters.

Les Panaméens adorent les diables rouges : c’est le nom qu’ils donnent aux vieux bus scolaires américains recyclés pour le transport urbain privé : décorés façon graffitis géants, ornés de guirlandes lumineuses, les « diablos rojos » colorent le paysage urbain.

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Balboa ou Washington

Un conquistador picaresque a donné son nom à la monnaie locale, le balboa.
Un conquistador picaresque a donné son nom à la monnaie locale, le balboa. - Belga.

La monnaie locale est le balboa (oui, comme Rocky). Elle a été introduite en 1904 pour remplacer le peso colombien, après que le Panama ait pris son indépendance de la Grande Colombie. Depuis sa création, un balboa a la même valeur qu’un dollar américain, le billet sur lequel figure George Washington. Et depuis plus d’un siècle, le dollar a également cours au Panama.

Le balboa a été ainsi nommé en hommage à l’explorateur espagnol Vasco Nuñez de Balboa, un conquistador ayant quitté son Leon natal pour le Nouveau Monde. Il s’installe sur l’île d’Hispaniola, du côté de l’actuel St Domingue, et se lance dans l’agriculture. Avec un succès mitigé : pour fuir ses multiples créanciers, il s’embarque clandestinement (dans un tonneau) sur un bateau partant en expédition pour la Nouvelle Andalousie, dans l’actuel Venezuela. Nuñez de Balboa est découvert, et s’il n’est pas abandonné sur une île déserte, c’est parce qu’il connaît déjà bien la région et sera utile à l’expédition. Après moult péripéties picaresques, ce personnage aussi débrouillard que charismatique devient gouverneur de Veragua, dans l’actuel Panama. Il sillonne l’isthme en tous sens, privilégiant les alliances avec les tribus autochtones, quitte à parfois éradiquer ceux qui lui résistent. En 1513, il est le premier à « découvrir » l’océan pacifique : la gloire !

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L’école des dictateurs devenue hôtel de luxe

Le Melia Panama Canal, un hôtel de charme construit dans les murs de l’ex-école des dictateurs.
Le Melia Panama Canal, un hôtel de charme construit dans les murs de l’ex-école des dictateurs. - D.R.

De 1903 à 1999, la zone entourant le canal de Panama était sous domination des Etats-Unis. Un hôpital qui avait été érigé pendant la construction du canal pour y soigner les ouvriers, a été utilisé par l’armée américaine pour y installer Fort Gulick, rebaptisé en 1963 « l’Ecole des Amériques ». Des instructeurs américains y ont formé des générations de militaires venus de toute l’Amérique latine aux vertus de la démocratie. Guerre froide oblige, il s’agissait surtout de lutter contre la propagation du communisme. Et ce par tous les moyens, y compris la répression la plus brutale. En 1991, le Pentagone a été forcé de reconnaître que les manuels de l’école comportaient notamment des techniques de torture, d’exécutions extrajudiciaires, de chantage. L’école compte une belle brochette d’anciens étudiants qui se sont fait un nom, dont le général Noriega, mort l’an dernier  : après avoir tenu le Panama sous sa férule de 1983 à 1989, cet ancien agent de la CIA a purgé une longue peine aux USA pour trafic de drogue. Mais aussi Hugo Banzer, dictateur bolivien des années 70, Roberto d’Aubuisson qui organisa les escadrons de la mort au Salvador, et bien d’autres…

En 1984, l’Ecole a déménagé aux Etats-Unis, en Géorgie, et le bâtiment du Panama est resté vide pendant 17 ans. Il a été acheté en 2001 par un investisseur catalan qui l’a transformé en un superbe hôtel de luxe, le Melia Panama Canal, avec une vue inoubliable sur le lac Gatun bordé de forêts tropicales, et 600m2 de piscines. A partir de 78 euros la nuit, avec petit-déjeuner…

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Un chapeau fabriqué… en Equateur

Il s’appelle panama, mais c’est en Equateur qu’il est fabriqué par des mains expertes.
Il s’appelle panama, mais c’est en Equateur qu’il est fabriqué par des mains expertes. - Reuters.

Eh oui, le panama est un faux ami : il est originaire d’Equateur. Ce chapeau souple en fibres végétales, symbole indémodable d’une élégance décontractée, est fabriqué dans la région de Manabi, entre la côte Pacifique et les Andes, à l’ouest de la capitale Quito, à partir de fibres de jeunes pousses de palmier. Les conquistadors espagnols ont découvert avec plaisir ces couvre-chefs – plus légers que leurs casques !- qui existaient déjà en 4.000 avant JC. S’il a pris le nom de panama, c’est parce que pendant la construction du fameux canal, ingénieurs et ouvriers venus du monde entier ont acheté ces chapeaux pour se protéger du soleil.

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Pourquoi Jimmy Carter est un héros

C’est Jimmy Carter qui a rendu en 1999 au Panama son canal, jusque là propriété américaine.
C’est Jimmy Carter qui a rendu en 1999 au Panama son canal, jusque là propriété américaine. - AFP.

En 1903, alors que le Panama s’était soulevé pour exiger son indépendance de la Grande Colombie, les Etats-Unis ont empêché leur allié colombien de rentrer au Panama pour écraser cette rébellion. En échange, ils ont obtenu que le nouvel Etat indépendant signe le fameux traité accordant aux Etats-Unis le droit de construire le canal et la souveraineté à perpétuité sur la zone qui allait l’entourer. Un ressentiment anti-Yankees a toujours existé au Panama et s’est développé durant les années 60. Le 9 janvier 1964, une émeute fut brutalement réprimée : des nationalistes exigeaient de hisser le drapeau du Panama dans une école américaine de la zone du canal. Vingt-deux étudiants panaméens et quatre soldats américains furent tués.

Le Panama décida de rompre ses relations diplomatiques avec les Etats-Unis et de ne les rétablir que lorsque Washington serait prêt à négocier un nouveau traité. Après moult péripéties, c’est finalement en 1977, Jimmy Carter, fraîchement élu président des Etats-Unis, qui négocia avec le général panaméen Omar Torrijos, arrivé au pouvoir par un coup d’Etat, deux nouveaux traités. Le premier garantissait aux Etats-Unis le droit permanent d’intervenir pour défendre le canal s’il était menacé. Le second indiquait que, après une période de transition de 20 ans, le canal et sa zone seraient totalement transférés au Panama le 31 décembre 1999. Jimmy Carter a été l’objet de critiques incendiaires de la part des secteurs américains les plus conservateurs, qui l’accusaient d’avoir « abandonné à un gouvernement hostile » des infrastructures essentielles à la prospérité des USA. Mais Carter a tenu bon. Et le Panama a récupéré la souveraineté sur son canal.

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Le sport national du Panama est…

En 2003, le Panama est arrivé deuxième à la coupe du monde de ...baseball.
En 2003, le Panama est arrivé deuxième à la coupe du monde de ...baseball. - Reuters.

… le football ? Raté. Le baseball ! Il a été introduit au Panama à la fin du 19e siècle par les militaires et civils américains qui travaillaient à la construction de la première ligne de chemin de fer à travers l’isthme de Panama. Et les jeunes Panaméens partis étudier aux USA ont continué à leur retour au pays à pratiquer ce jeu qui a été codifié aux Etats-Unis en 1845. Les Etats-Unis ayant obtenu en concession la zone du Canal à partir de 1903, le Panama a continué à s’américaniser : des équipes américaines ont commencé à affronter des équipes purement panaméennes. En 2003, le Panama a obtenu la deuxième place lors de la Coupe du monde de baseball. Et c’est dans ce pays qu’a eu lieu en 2011 la dernière édition de cette compétition.

Le football est cependant de plus en plus populaire au Panama, surtout auprès de la jeunesse.

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Connaissez-vous le Neopanamax ?

Le «
Caribbean Princess
» a été le premier bateau de croisière Neopanamax à traverser le canal élargi.
Le « Caribbean Princess » a été le premier bateau de croisière Neopanamax à traverser le canal élargi. - Reuters.

Une boîte de nuit ? Un médicament contre les troubles de l’érection ? Raté : il s’agit des dimensions maximales des navires autorisés à emprunter le canal de Panama. Longtemps, c’est la norme Panamax qui était en vigueur, selon la taille des écluses originelles. Puis, alors que le Panama avait lancé des travaux d’élargissement de ses précieuses infrastructures, des bateaux Neopanamax ont été mis en chantier selon des nouvelles normes communiquées en 2009. Ils ont pu emprunter les nouvelles écluses plus larges lors de leur inauguration le 26 juin 2016. Restent les Post-Panamax ou les Super-Panamax, des super-tankers pétroliers ou d’énormes bateaux de croisière, qui sont trop gros pour emprunter le canal. Tant pis pour eux.

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1 Commentaire

  • Posté par Solange PROTIN, samedi 16 juin 2018, 10:36

    Bonjour, petite précision: Balboa est né en Extremadura (Jerez de Los Caballeros) , de plus il est le seul conquistador 'honoré' par sa statue à Panama (capitale) . Chouette pays, gens sympas.

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