Ventes d’art russe à Londres

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Lot 458 : Un peu plus de 400.000 livres sterling ont été offertes pour ce triptyque à la provenance impériale.
Lot 458 : Un peu plus de 400.000 livres sterling ont été offertes pour ce triptyque à la provenance impériale. - Sotheby’s.

Le 5 juin à Londres, Sotheby’s avait réuni quelque 160 lots dans sa grande vente d’œuvres d’art russe, dont un bon nombre avaient une provenance plutôt prestigieuse. Comprenez impériale, à l’instar de ce triptyque en vermeil qui, en 1895, avait été offert en guise de cadeau de mariage au tsar Nicolas II et à la princesse Alix de Hesse-Darmstadt, appelée à régner en tant qu’impératrice de Russie sous le nom d’Alexandra. C’est le gouvernement de la ville princière de Kostroma, située à environ 350 km au nord-est de Moscou, qui avait décidé de son envoi à Saint-Pétersbourg. En tant que berceau de la dynastie des Romanov, cette dernière avait une certaine obligation d’offrir un présent suffisamment exceptionnel que pour se démarquer des centaines d’autres venus des quatre coins de l’Empire et de l’étranger.

Tout naturellement, les autorités de cette ville, ayant été entièrement reconstruite (à la suite d’un incendie) sous le règne de Catherine II, avaient choisi de confier l’exécution de leur cadeau à une firme locale spécialisée dans la réalisation d’oklads (la protection en métal qui protège traditionnellement les icônes). En l’occurrence, l’atelier d’Alexander Savelev, un orfèvre qui, jusqu’en 1893, avait travaillé avec son père Vasili avant de s’adjoindre les services de son propre frère. Cahier des charges de la commande ? Créer un petit triptyque représentant la Mère de Dieu « Feodorovskaya », protectrice de la maison des Romanov.

Lorsque Michel Fiodorovitch Romanov fut appelé en 1613 à devenir le nouveau tsar de Russie, sous le nom de Michel Ier, on vint en effet le chercher à Kostroma. Plus précisément au monastère Ipatiev où le jeune homme de 17 ans était installé avec sa mère, laquelle lui donna pour son voyage vers Moscou une copie de la fameuse icône de Notre-Dame Feodorovskaya. Sans surprise, c’est elle que l’on retrouve au milieu du cadeau imaginé par les frères Savelev avec, à sa gauche, sainte Alexandra et à sa droite saint Nicolas. Soit les saints patrons des deux nouveaux souverains.

À noter toutefois que ce ne fut pas l’unique triptyque à leur être offert puisqu’Elisabeth de Hesse-Darmstadt, l’une des sœurs aînées de la mariée, leur en fit livrer un autre signé par Fabergé et dédié à Notre-Dame de Kazan. Une pièce aujourd’hui conservée au musée Fabergé de Saint-Pétersbourg. Le triptyque proposé par Sotheby’s provenait d’une collection privée américaine et il a réalisé la meilleure performance de toute la vacation en étant adjugé plus de quatre fois son estimation basse (80.000 - 120.000 livres sterling).

Tous les prix mentionnés ci-dessus s’entendent frais inclus.

Une boîte Fabergé, par Michael Perchin, vendue 200.000 livres sterling

Par Jean Vouet

Une boîte Fabergé, par Michael Perchin, vendue 200.000 livres sterling

Sortie en 1897 des ateliers pétersbourgeois de Fabergé, alors sous la direction de Michael Perchin, cette petite boîte en or décorée d’émaux et de diamants fut d’abord offerte par Nicolas II au lieutenant général Theodor Feldmann. Lequel la retourna étonnamment au Cabinet impérial seulement quelques jours plus tard en échange d’espèces sonnantes et trébuchantes (1.760 roubles). D’une valeur estimée aujourd’hui entre 150.000 et 200.000 livres, elle fut réutilisée par le tsar en novembre 1899, cette fois afin de récompenser un proche du Kaiser Guillaume II.

Un pot monumental en porcelaine, par l’«Usine de porcelaine d’Etat», vendu 37.500 livres

Par Jean Vouet

© D.R.
© D.R.

Mesurant un peu plus de 50 cm de haut, ce rare pot en porcelaine était destiné à recevoir le koumis, une boisson à base de lait fermenté de jument très populaire en Asie centrale. Pour expliquer sa fabrication en 1939 à Leningrad, le nouveau nom pris par Saint-Pétersbourg à la mort de Lénine, il faut sans doute se reporter au souhait du gouvernement soviétique d’offrir des cadeaux diplomatiques susceptibles de plaire aux populations mongoles.

Une assiette en porcelaine, par l’«Usine de porcelaine d’Etat», vendue 38.750 livres

Par Jean Vouet

Une assiette en porcelaine, par l’«Usine de porcelaine d’Etat», vendue 38.750 livres

Exécutée en 1921 à Petrograd, le nom plus russophone choisi par Nicolas II pour désigner la ville de Saint-Pétersbourg, cette assiette fut produite dans les ateliers de l’ancienne manufacture impériale de porcelaine, connue depuis février 1917 sous le nom d’Usine de porcelaine d’Etat. Reprenant un modèle imaginé par Rudolf Vilde, on en attendait initialement entre 8.000 et 12.000 livres sterling.

 
 
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