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Infographie: les 40 goals de Lukaku avec les Diables

Face à la Tunisie, l’attaquant belge a inscrit ses 39e et 40e goals avec les Diables, ce qui fait de lui le meilleur buteur de la compétition avec Cristiano Ronaldo. Le détail de ces buts qui le font entrer encore plus dans la légende.

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Temps de lecture: 1 min

Romelu Lukaku, recordman en mal d’amour

Doté d’une force physique et mentale incomparable, Romelu Lukaku cultive les paradoxes : meilleur buteur de la sélection nationale, il reste l’objet de critiques incessantes qu’il s’efforce de contredire.

De notre envoyé spécial - Temps de lecture: 8 min

«   Seul l’arbre qui a subi les assauts du vent est vraiment vigoureux, car c’est dans cette lutte que ses racines, mises à l’épreuve, se fortifient ». Romelu Lukaku n’a jamais lu Sénèque, poète romain du premier siècle après Jésus-Christ. Il préfère la culture américaine. Pourtant, il devrait s’en inspirer. Comme il devrait savoir que c’est toujours les grands arbres qui prennent le plus de vent. Et ça, il devrait s’en contenter, voire s’en féliciter, lui qui s’est toujours rêvé en héros de tout un peuple. Si la critique ne l’a pas épargné et continue à l’égratigner, c’est justement parce qu’il polarise l’attention. Aucun débat ne naît sans un sujet digne d’intérêt.

L’attaquant belge, meilleur buteur de tous les temps en sélection, n’a pourtant pas encore la reconnaissance qu’il recherche et estime devoir avoir. Et au vu des statistiques qui s’affolent, on ne peut tout à fait lui donner tort. Lukaku ne fait pas encore l’unanimité, la faute à un certain atavisme, chacun préférant se souvenir, à chaque occasion vidangée, du temps où il galvaudait davantage qu’il ne mettait des buts, plutôt que se braquer sur les buts inscrits, toujours plus beaux et importants au fur et à mesure de sa carrière. « Rendez-vous compte, il est transféré à Manchester United, il doit prendre la place d’un monument comme Zlatan Ibrahimovic, il doit s’adapter à la grandeur du club, et malgré tout, il inscrit 27 buts toutes compétitions confondues. Là où tout le monde devrait louer cette réussite, certains préfèrent dire qu’il ne pèse pas dans les gros matches », explique Dion Dublin, 49 ans, ancien attaquant d’Aston Villa et ancien international anglais, aujourd’hui consultant pour la BBC 5 live. C’est là tout le problème avec le Big Man : le verre est toujours à moitié plein ou à moitié vide en fonction de la mauvaise foi que l’on veut placer dans le sujet.

Mais la frustration va au-delà du football et de sa technique de balle. Pour Lukaku, le terrain est bien plus que cela. Il lui offre une occasion de revanche sur une enfance compliquée. « Je suis le plus fort mentalement que tu rencontreras. Parce que je me souviens avoir été assis dans le noir avec mon frère et ma mère, en train de dire nos prières, de penser, de croire, de se dire – ça va arriver  », a-t-il expliqué dans le magazine Players’ Tribune. « Je voulais devenir le meilleur joueur de Belgique. C’était mon objectif. Pas juste un bon joueur. Pas un excellent. Le meilleur. Je jouais avec tellement de colère à cause de beaucoup de choses. »

« Tellement focalisé sur le foot qu’il a du mal à relativiser les critiques »

La revanche sur la vie explique tous ses actes. Au point d’en devenir une obsession. « Il est obnubilé par le football. C’est évidemment sa force. C’est ce qui l’a conduit au sommet. Il n’arrête jamais de se remettre en question et il sait depuis des années où il veut aller. Mais parfois, cela peut se retourner contre lui. Il est tellement focalisé sur le football – jusque dans ses loisirs – qu’il a du mal à relativiser la moindre critique », nous raconte un de ses anciens collaborateurs.

La rancune et la paranoïa ne sont jamais trop loin. « Il se méfie beaucoup des gens. Il se dit – pourquoi cette personne est-elle là ? Parce que j’explose sportivement ? Parce que j’ai de l’argent ? Aujourd’hui, il a su faire le tri », expliquait Nicaise Kudimbana, gardien de l’Union, et grand ami de Lukaku, en janvier dans Sport/Foot Magazine.

Les gens qui traînent autour de lui en deviennent suspects à ses yeux et les critiques s’ancrent dans sa tête.«  C’est quelqu’un qui peut avoir la dent dure, qui n’oublie pas », ajoutait Zouhair Essikal, un agent proche de lui. Comme lors de sa dernière sortie en conférence de presse chez les Diables rouges. Alors qu’il y avait une légère accalmie sur le front des critiques et qu’il pouvait enfin profiter d’une relative unanimité, Lukaku a remis de l’huile sur le feu en lâchant qu’il n’avait pas oublié les critiques.«  Pourquoi ne pas simplement savourer le moment ? Même si les sifflets lui ont fait mal, pourquoi ne pas faire la paix avec les supporters qui l’acclamaient enfin ? En lâchant cela, il conforte les sceptiques dans leurs idées », explique Marc Degryse.

Au fil des années, la gloire aidant, Lukaku a fait des choix. Notamment celui de ne plus se battre pour conquérir les cœurs. Sa communication a été reprise par une agence américaine et ses interviews accordées aux médias belges ne remplissent plus les journaux. Comme Kompany avant lui, il a donc décidé de raréfier, voire de couper les liens, avec sa fan base belge. Étonnant de la part de quelqu’un qui se méfie de la presse mais qui a toujours été un bon client, jouant souvent le rôle de l’honnêteté et du franc-parler. Une interview avec Romelu Lukaku est compliquée à obtenir mais ce n’est jamais du temps perdu, tant sa passion est convaincante et persuasive. N’est-ce pas, du noyau belge, le plus mordu de football et le plus féru de matches de haut niveau ?

Il a également appris à composer avec un milieu du football qui lui a parfois joué des tours. Il a changé plusieurs fois d’agent, prenant toujours celui qui lui permettait d’assouvir ses envies, Christophe Henrotay pour lui ouvrir les portes de l’Angleterre, Mino Raiola pour le conduire à Manchester United, l’agence de Jay Z et de Kobe Bryant pour lui donner une stature internationale. Il faut dire que durant des années, il a souvent buté sur des écueils. Son retour à Chelsea, son club de cœur, après un premier échec sous Mourinho, s’est heurté à des jeux politiques. En 2016, son transfert capota à cause d’un conflit entre les deux propriétaires : l’un, Russe, rechignait à traiter avec l’ennemi d’Israël (Farhad Moshiri est Iranien), l’autre, Iranien, n’a pas voulu faire monter sur son bateau la directrice générale de Chelsea, Marina Granovskaia, juste parce que c’était une femme ! Au milieu de cette guerre d’ego et de coqs se jouait pourtant l’avenir d’un être humain…

Son rêve, il décide cependant de le vivre à fond. Sa signature à Manchester United lui permet de passer un palier. Et de soigner ses statistiques. Car, à force de se donner les moyens de ses ambitions, les buts tombent. « On critique ses défauts techniques mais son jeu, c’est de la puissance, de la vitesse et des buts. Au final, un attaquant est toujours jugé sur les buts qu’il met », explique Kevin De Bruyne avec qui il avait formé une paire gagnante au Brésil. « Il a beaucoup évolué avec ses pieds. Il commence à avoir un toucher de balle intéressant grâce au travail incessant qu’il effectue. Et il a cet instinct de buteur ! », ajoute l’ancien sélectionneur, Marc Wilmots.

Des stats incroyables

Comme tout buteur, il peut connaître des pannes durant quelques semaines mais avec lui, on sait que ça reviendra, tant il a cette faculté à savoir où se situe le but. À la puissance et la vitesse, ses armes du début, il a ajouté une capacité à bouger les défenses et a amélioré son jeu de tête. « Longtemps, il n’utilisait pas assez son physique dans le rectangle. Avec son gabarit, il devait déménager, un peu comme Drogba. Aujourd’hui, il a appris à se servir de son corps », affirme Dublin.

À son évolution permanente – il est sans doute le joueur dont la progression est la plus visible, année après année,- il s’est façonné un mental d’acier. Plus calme quand le vent se met à souffler, il a appris à laisser passer la tempête. Lors de sa dernière saison à Everton, il a inscrit 18 de ses 25 buts en deuxième mi-temps (dont 10 dans le dernier quart d’heure), après avoir bien essoré les défenseurs adverses. En d’autres temps, sa mi-temps ratée contre le Panama l’aurait crispé et sorti du match. Plus maintenant. Est-ce parce qu’il sait qu’il peut se montrer dangereux jusqu’au bout, qu’il déteste qu’on le retire du jeu ? À moins que cela ne soit pour alimenter ses records.

À 25 ans, il est déjà devenu le meilleur buteur en sélection nationale avec 40 buts (Paul Van Himst et Bernard Voorhoof se sont arrêtés à 30 !), record qu’il va porter à des sommets vu son jeune âge et il a pulvérisé le nombre de pions lors d’une campagne qualificative (11 sur la route de la Russie). À son âge, seuls Pelé, Ferenc Puskas et Neymar avaient inscrit plus de buts pour leur pays !

En Premier League, il a déjà passé la barre de 100 buts. Actuellement, avec 101 roses, il occupe la 27e place des meilleurs buteurs depuis l’instauration de la nouvelle mouture du championnat anglais en 1992. À trois petites longueurs de son idole, Didier Drogba. Et à 159 du recordman, Alan Shearer. Seuls cinq joueurs encore en activité le devancent (Wayne Rooney, Jermaine Defoe, Sergio Aguero, Peter Crouch et Harry Kane) et seul l’attaquant de Tottenham est de sa génération. Il a déjà marqué l’histoire d’Everton (17e meilleur buteur de tous les temps et meilleur artificier des Toffees depuis la création de la Premier League). Voilà sans doute pourquoi il en a voulu à Marc Wilmots de ne pas l’avoir titularisé contre Andorre en 2015 – c’est Laurent Depoitre qui avait été essayé. Cela le privait certainement d’un nouveau record…

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