Voir la collection Dartevelle?

Alors que le musée de Tervueren prépare sa réouverture en décembre de cette année, Lempertz met en lumière jusqu’au 6 juillet l’une des plus belles collections privées d’art africain, celle du plus « Africain » des Belges, surnommé aussi « Papa ». Cela fait 50 ans que Pierre Dartevelle (º1940) collectionne et vit au rythme de l’Afrique subsaharienne. Au propre comme au figuré. L’homme y a vécu gamin, plongé dans le bain africain par son père Edmond, dit le Valeureux, « dont il a reçu l’appétit de la connaissance et la passion de l’art et des objets d’Afrique », comme le note Corinne Hershkovitch dans le catalogue. Cette passion, il l’a cultivée humainement in situ dans la rencontre et l’échange avec les populations dans ce qu’il appelle un commerce éclairé ou « équitable » comme l’explique sa fille Valérie. C’est dans le contexte postcolonial de profonde mutation qu’il retourne en Afrique, apportant les moyens et les matériaux indispensables à cette modernisation en échange desquels il reçoit des objets traditionnels. Tous ses objets sont liés à un lieu, une rencontre, une vocation dont il connaît l’histoire et la signification. Pour ce marchand qui s’installa au Sablon dès les années soixante, la découverte des objets allait de pair avec celle des cultures, indispensable à son activité.

Plus de 90 pièces

Objet 9. Maternité Kongo. © Studio Philippe de Formanoir - Paso Doble
Objet 9. Maternité Kongo. © Studio Philippe de Formanoir - Paso Doble

L’exposition dans la magnifique salle de Lempertz en est le témoignage. Un témoignage constitué de pièces exceptionnelles. « Des joyaux » précise sa fille qui explique que l’intention de cette exposition n’est autre que de « présenter aux jeunes générations une toute belle collection, composée de pièces archétypales ». Certaines pièces mythiques ont au fil du temps quitté la collection pour se retrouver dans les plus belles collections de la planète (dont celles du M.R.A.C.Tervueren ou du Met, qui conserve à présent le grand masque Batcham du Cameroun). Cette exposition placée sous le commissariat de Laurent Jacob présente 91 pièces, issues de divers groupes ethniques du Congo, des « Ababua » aux « Zombo ». Impossible de les passer tous en revue ou de tous les analyser, l’exercice n’est d’ailleurs pas indispensable à l’approche des œuvres qui peuvent être appréciées pour leur formidable énergie plastique. Ces objets mûrement sélectionnés avec le temps parlent d’eux-mêmes. Valérie Dartevelle qui a toujours vécu avec ces pièces, ces « copains d’enfance » qu’elle n’a cessé de photographier, poursuit la mission de transmission. « L’exposition qui se tient à deux pas de notre galerie permettra au public actuel d’admirer la beauté et la noblesse de cet art longtemps déconsidéré (…) Ces objets sélectionnés en dehors des critères médiatiques et autres modes, avec une connaissance profonde du territoire congolais et une compréhension instinctive des styles et des archétypes. Cette collection constitue un regard pertinent et singulier, mûri à travers l’expérience sur l’art premier ».

Kongo, Suku, Lega

Objet 23. Masque Suku. © Hughes Dubois.
Objet 23. Masque Suku. © Hughes Dubois.

Epinglons quelques pièces qui jalonnent l’exposition avec en premier, une figure de maternité du Royaume du Kongo incarnant un idéal de perfection physique et mental. La position de l’enfant qui pend dans le cou de sa mère est très rare, ce qui en fait une pièce d’exception qui a d’ailleurs été exposée à plusieurs reprises en Belgique mais également à Milan, Saragosse et au Musée Dapper (nº 9 Maternité Kongo). Passons aux Suku avec un masque aux joues bombées appelé « Kakungu » (nº 23). Il est porté lors des cérémonies d’initiation au cours desquelles le jeune garçon est circoncis et initié aux connaissances essentielles à la vie adulte. Ce type de masque possède également des pouvoirs de guérison. Notons ensuite des supports de mémoire (« Lukasa », nº 52-53), pièces utilisées pour rappeler des événements majeurs, des rapports humains et relater des histoires élaborées. Chaque couleur de perle possédant sa propre signification, elles étaient arrangées selon un modèle complexe pour être interprétées par les « hommes de la mémoire », les historiens de la cour. Terminons par une magnifique petite tête Lega en ivoire (nº69) qui a été cédée à Pierre Dartevelle dans le village de Kama en échange de produits de première nécessité. L’ébauche de l’histoire d’une vie.

 
 
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