L’immobilier sera numérique ou ne sera plus

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Le premier Mipim ProTech consacré aux technologies de l’immobilier s’est tenu dans une ambiance bon enfant à Paris. Vu la conjoncture, notre petit doigt nous dit que ce ne sera pas le dernier...
Le premier Mipim ProTech consacré aux technologies de l’immobilier s’est tenu dans une ambiance bon enfant à Paris. Vu la conjoncture, notre petit doigt nous dit que ce ne sera pas le dernier... - D.R.

Bienvenue dans le monde des start-up immobilières ! Le dernier étage du Palais des Congrès rassemble une fourmilière de petites sociétés qui y ont établi leurs quartiers le temps du Mipim PropTech, le premier salon européen dédié aux nouvelles technologies de l’immobilier.

Une quarantaine de stands s’y côtoient sur des espaces exigus. Les organisateurs ne cachent pas leur inquiétude car une première, c’est toujours un moment délicat. Une chose est sûre : les start-up ont répondu présent et la moyenne d’âge chute de manière vertigineuse par rapport aux autres grands événements organisés par Reed Midem (le Mipim cannois en tête). Ce qui est plutôt bon signe…

Reste à savoir si les visiteurs, parmi lesquels des émissaires du monde immobilier belge, comprennent ce qu’ils voient. Et là, du moins si vous avez passé la trentaine, c’est une autre paire de manches.

Car les panneaux qui reprennent les noms des start-up participantes ne sont en rien éloquents : British Pearl, Lightfi, Sensorberg, Snapkin, Spaceti, Strata… La liste peut être prolongée à l’infini. Pour savoir ce qu’elles font, faut demander, point final.

Alors, forcément, on s’accroche aux slogans comme à des bouées de sauvetage. Et là, impossible de rater l’un d’entre eux : « Lequel a la plus grande ? » Fallait oser. Déontologie oblige, on signalera que la phrase est accompagnée d’un astérisque qui renvoie à deux mots : « superficie, terrasse… ». Avec une phrase choc de ce genre, qui attire journalistes et visiteurs comme un ours sur un pot de miel, on en oublierait presque de regarder le nom de la start-up…

Premier comparateur de logements neufs en France, Ikimo9 a été créé par Elisabeth Julien, une femme qui a passé vingt ans dans le secteur de l’immobilier. L’idée lui est venue de recenser tous les biens neufs mis sur le marché dans l’Hexagone.

Pour chaque logement, de chaque résidence, de chaque promoteur, Ikimo9 détaille le prix exact, le prix au mètre carré, la superficie et l’exposition du bien, la date de livraison, la disponibilité en termes de parking ainsi qu’un plan et une brochure du bien disponibles en accès libre, ce qui veut dire que l’internaute ne doit pas révéler son nom pour avoir accès à l’information. « Nous mettons en relation le promoteur et le client qui peut prendre rendez-vous avec lui via notre site, explique à ce sujet Thibaut Aerts, 24 ans et toutes ses dents, qui s’exprime en sa qualité de responsable marketing d’Ikimo9. Nous passons des partenariats avec les promoteurs qui nous fournissent toutes leurs informations et nous ne sommes rémunérés que s’il y a vente, via une commission de 3 %. De son côté, l’acheteur reçoit un cadeau d’une valeur de 0,3 % du prix d’achat. »

Pas de pub

Le site d’Ikimo9 ne présente aucune publicité. Il a été créé pour fournir l’information la plus détaillée possible, le plus rapidement possible. « Aujourd’hui, 90 % des recherches immobilières passent par internet, poursuit notre interlocuteur. L’information doit être obtenue vite et simplement. Si vous voulez acheter un nouvel ordinateur, il vous sera facile de l’obtenir. Si vous voulez acheter de l’immobilier, vous aurez beaucoup plus de difficultés à trouver exactement ce que vous recherchez. Ce qu’il manquait dans le secteur, c’est un Amazon de l’immobilier neuf… »

Ikimo9 se charge aussi de fournir aux promoteurs une représentation claire et attrayante de leur produit sur internet. « Si vous vouliez un appartement 3 chambres avec exposition sud à Bordeaux avec livraison en 2019, vous étiez immanquablement arrêté à une résidence avec un prix “à partir de”, des logements “de 2 à 4 chambres” et une zone géographique vague, insiste Thibaut Aerts. Avec Ikimo9, la recherche d’un bien immobilier n’a jamais été aussi facile. »

Grâce à des partenariats noués avec des promoteurs nationaux, régionaux et même locaux, Elisabeth Julien réussit à proposer aujourd’hui plus de 20.000 logements sur sa plateforme, soit 40 % de l’offre en neuf sur toute la France. Basée à Paris et à La Ciotat, la start-up emploie dix personnes. Si elle va à la rencontre des promoteurs pour élargir sa base de données, le chemin inverse se vérifie de plus en plus sur le terrain.

Actif en France, Ikimo9 commence à lorgner d’autres pays. La start-up est à la recherche de contacts étrangers qu’elle développerait en franchisés.

Trois ans après sa création, la start-up va bientôt dépasser les dix ventes par mois, mais cela ne suffit pas à la rendre pour l’instant rentable.

Sa créatrice mise beaucoup sur une levée de fonds de plus d’un million d’euros pour, notamment, engager un « data scientist », comprenez une personne qui parviendra à mettre de l’ordre pour exploiter encore davantage la masse de données que reçoit Ikimo9. « Le secteur de l’immobilier souffre du manque de confiance de l’utilisateur envers les promoteurs, conclut Elisabeth Julien. Ceux-ci veulent tous la réalité virtuelle et la 3D mais ils continuent à travailler avec des sites qui ne donnent aucune information sans que l’internaute n’ait introduit au préalable ses coordonnées personnelles. Il y a là un manque évident de transparence, assorti qui plus est d’une recherche de profit puisque ces coordonnées sont ensuite revendues. L’innovation démarre par l’usage. Avant d’utiliser les drones ou toute autre technologie, il faut d’abord que les gens aient accès à l’information… »

Subitement, une lumière jaillit dans cet univers feutré de nouvelles technologies, de réalité virtuelle, de blockchain, de data, de cybersécurité, de… qui vous carbonise le cerveau. Et la chaleur estivale qui règne au-dehors du Palais des Congrès n’y est pour rien. On l’avoue modestement : cette dernière déclaration de la patronne d’Ekimo9 résonne comme une évidence qui fait du bien par où elle passe. Surtout pour nous…

A quoi ça sert?

Par Paolo Leonardi

Des solutions pour tout

Histoire de mieux comprendre (si ce n’est déjà fait…) l’univers de la Proptech parisienne, voici reprises ci-dessous les 6 start-up citées dans l’article et leur utilité.

British Pearl (Royaume-Uni) : plateforme rendant accessibles les placements immobiliers à partir de 100 livres sterling.

Lightfi (Royaume-Uni) : utilise l’internet des objets pour rendre les immeubles intelligents grâce à la mise en place de détecteurs spéciaux.

Sensorberg (Allemagne) : permet de numériser des bâtiments complexes afin de les rendre plus connectés à leurs utilisateurs et de fournir des espaces intelligents.

Snapkin (France) : propose un service de modélisation 2D/3D aux professionnels du bâtiment et de l’architecture.

Spaceti (Tchéquie) : solution qui mélange des détecteurs d’intérieur et d’extérieur afin d’optimiser au mieux les espaces au quotidien.

Strata (Royaume-Uni) : service d’ameublement pour biens immobiliers, du studio au bureau d’entreprise.

 
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