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L’Otan a gagné une bataille avec Trump, mais pas la guerre

Trump réclamait un doublement de l’objectif officiel, fixé à 2 % du PIB pour les dépenses militaires.

Édito - Journaliste au service Monde Temps de lecture: 3 min

T hank you #Nato2018. » Dans l’Air Force One qui l’emmenait à Londres, Donald Trump a confirmé la profession de foi finalement exprimée en fin de sommet, lorsque le président des Etats-Unis a assuré qu’il croyait en l’Otan, une organisation « très importante ». A l’atterrissage, il a précisé, toujours par tweet : « Grand succès à l’Otan ! Des milliards de dollars additionnels payés par les membres depuis mon élection. Bon esprit ! »

Après avoir bombardé ces Alliés qui traitent « injustement » les Etats-Unis en ne partageant pas suffisamment la facture de la sécurité dans l’aire euro-atlantique, ces réassurances soulageront ceux qui redoutaient la menace existentielle que les « humeurs » du locataire de la Maison-Blanche feraient peser sur l’Alliance atlantique. En permettant au président américain de s’attribuer le mérite d’un effort pour la défense, les Européens ont gagné une bataille.

Mais ils n’ont peut-être pas gagné la guerre. Car nul doute qu’il ne faudra pas attendre longtemps avant de voir revenir Trump à la charge avec sa vision prioritairement comptable de la relation transatlantique. C’est d’ailleurs la même conception marchande qu’il esquisse de son homologue russe : Poutine n’est « ni un ami ni un ennemi », c’est un « concurrent » – le nouveau gazoduc de Gazprom vers l’Allemagne est certainement un frein pour les exportations de gaz liquéfié US. « Peut-être deviendra-t-il un jour un ami ? », a signalé Trump à Bruxelles : un « deal » entre les deux hommes lors de leur tête-à-tête lundi prochain à Helsinki ?

Diviser les Européens

Dans le monde de Donald Trump, les relations internationales sont transactionnelles. Les bénéfices réciproques de la coopération multilatérale ne sont pas sur son radar. Le monde entier « arnaque » les Etats-Unis, semble-t-il dire, et l’heure est venue pour le plus fort de reprendre l’avantage : « America First ! ». Par tous les moyens. Y compris en divisant les Européens (n’est-ce pas le grand dessein de Vladimir Poutine ?), en louant le Brexit, en jetant de l’huile sur le feu du débat sur les migrations, en carbonisant ce Nord Stream 2 et en pratiquant le « nommez et couvrez de honte » les mauvais payeurs à l’Otan.

Il ne fait pas l’ombre d’un doute que les Etats-Unis fournissent un effort budgétaire de très loin supérieur à celui des Européens. Ni qu’il y a effectivement des « free riders », comme disent les Américains, ces « voyageurs à l’œil » qui se reposent sous le parapluie US. Mais il ne faut pas oublier que si les Etats-Unis assurent plus de 70 % des dépenses militaires totales des 29 Alliés, ce n’est pas seulement par bonté envers le Vieux Continent : c’est aussi leur assurance-vie. Et c’est cet effort exceptionnel qui a permis aux Etats-Unis d’Amérique d’asseoir son statut hégémonique de superpuissance incontestée, « leader du monde libre », derrière lequel l’Europe s’est indéfectiblement rangé.

 

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2 Commentaires

  • Posté par Eric Lavenne, lundi 16 juillet 2018, 13:36

    "La guerre de Trump n'aura pas lieu" ...tout de suite ! "En attendant Godot…" ?

  • Posté par Tanghe Michel, samedi 14 juillet 2018, 21:06

    Il a besoin de sous, on pourrait peut-être le verser directement sur son compte privé… Vous me dites que l'Otan doit se renforcer face à la Russie. Ben, avec un budget militaire équivalent à 8% de celui des Etats-Unis, je distingue mal la menace…

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