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Tony Blair: «Le Brexit de Theresa May - pas tout-à-fait dehors mais plus tout-à-fait dedans - ne fonctionnera pas»

Deux ans après le référendum du 23 juin, le Royaume-Uni se retrouve dans une situation d’entre-deux assez floue qui n’est pas tenable. Le scénario du Brexit actuellement proposé forcera le pays à se soumettre aux règlements européens sans plus avoir son mot à dire : une très mauvaise affaire dont la facture risque d’être salée pour les sujets de Sa Majesté, juge l’ancien Premier ministre travailliste.

Carte blanche - Temps de lecture: 13 min

Je comprends tout à fait que la Première ministre présente le Livre blanc de son gouvernement sur le Brexit comme une tentative bienveillante de concrétiser la sortie de l’UE tout en minimisant les conséquences économiques pour la Grande-Bretagne. Mais cette solution – pas tout à fait dehors, mais plus tout à fait dedans – ne fonctionnera pas, ne mettra pas fin aux désaccords et entraînera simplement une situation confuse dans laquelle nous devrons continuer à nous soumettre aux règles de l’Europe tout en perdant notre voix au chapitre.

C’est pourquoi le Parlement doit la rejeter de manière catégorique.

Le débat sur le Brexit contient en son cœur un dilemme fondamental qui a été mis à jour grâce à tout ce que nous avons appris au cours des deux dernières années depuis le référendum de juin 2016.

La voie de l’innovation

Les partisans du Brexit ont une vision à long terme pour la Grande-Bretagne. Une vision qui est fortement contestable, mais qui représente néanmoins une nouvelle direction pour le pays. Cette vision, qui implique de quitter totalement l’Europe pour emprunter une nouvelle voie économique et politique, n’a de sens que si nous réfutons catégoriquement toute appartenance à cette Europe.

L’exploitation d’un mythe

La campagne sur le Brexit s’est toutefois largement appuyée sur l’exploitation d’un mythe selon lequel nous ne pourrions pas avoir le contrôle de notre pays à moins de quitter l’UE.

La vérité est que nous avons déjà le contrôle sur la majeure partie de la vie politique britannique. Prenons les principaux défis auxquels est confronté notre pays : les soins de santé, l’éducation, le logement, la pauvreté, la criminalité. Nous pouvons adopter toutes les lois que nous voulons. Nous sommes libres d’augmenter ou de baisser les taxes, de réduire ou d’augmenter nos dépenses, de faire la paix ou la guerre, d’élire un gouvernement travailliste de gauche avec Corbyn ou un gouvernement conservateur de droite avec Rees-Mogg (chef de file des partisans d’une rupture totale avec l’UE, NDLR). Même sur la question de l’immigration, nous pouvons faire ce que nous voulons en ce qui concerne l’immigration non européenne. Quant à l’immigration européenne, il a déjà été prouvé que nous avions besoin de la majeure partie de ces personnes qui viennent travailler et étudier dans notre pays.

Par conséquent, il est logique que les partisans du Brexit se concentrent sur le Marché unique et l’Union douanière, car c’est le seul domaine où, pour des raisons économiques parfaitement compréhensibles, nous avons choisi de mettre en commun notre souveraineté et pour lequel on pourrait dire que nous sommes soumis aux lois européennes.

Des arguments légers

Le Marché unique et l’Union douanière ont donc été diabolisés pour illustrer la perte de souveraineté nationale de la Grande-Bretagne et c’est ce qui a poussé le gouvernement May à annoncer le retrait de ces deux institutions avant d’avoir vraiment réfléchi aux ramifications de cette décision. Quoi qu’en dise le gouvernement, la Grande-Bretagne n’a absolument aucun intérêt à quitter l’Europe si ce n’est pas pour devenir plus concurrentielle en dehors du Marché unique européen. C’est le seul Brexit qui pourrait éventuellement fonctionner. Or, pour rester attrayantes dans ces circonstances, les entreprises doivent avoir l’impression de bénéficier d’avantages tellement énormes que ceux-ci compensent le fait de ne plus avoir le droit de pénétrer les marchés européens sans difficulté.

Michael Gove (ministre de l’Agriculture et de l’Environnement, NDLR) peut toujours essayer de prétendre que nous devons quitter l’Europe pour renforcer la protection de l’environnement, mais qui va sérieusement croire que le problème de l’Europe réside dans une réglementation trop laxiste en matière environnementale ? L’un des griefs spécifiquement mentionnés par Boris Johnson (ex-ministre des Affaires étrangères, NDLR) dans sa lettre de démission était l’effet du règlement européen relatif aux camions sur les femmes cyclistes, un argument franchement léger – qui, de surcroît, s’est révélé infondé – pour faire basculer l’avenir géopolitique et économique d’une nation tout entière.

Une ruse

Ces arguments ne sont clairement qu’une ruse destinée à camoufler le véritable crime que les partisans du Brexit reprochent à l’Europe : sa culture politique qui accorde autant d’importance au social qu’à l’économique et où la réglementation interfère avec la liberté du marché. Leur « rupture nette » n’est pas seulement synonyme d’une nouvelle relation entre la Grande-Bretagne et l’Europe, mais aussi d’une nouvelle relation entre la Grande-Bretagne et elle-même. Il ne s’agit pas d’un mouvement contre la mondialisation ou contre l’immigration. Au contraire, les partisans du Brexit voient la Grande-Bretagne comme un acteur mondial, mais libre de prendre ses propres décisions, sans les contraintes imposées par le marché unique et l’Union douanière.

Un mensonge

Contrairement à d’autres, je ne pense pas que cette vision soit dystopique, cruelle ou nécessairement irréaliste. Si la Grande-Bretagne était prête à suivre la logique qui en découle jusqu’à sa réalisation finale, ce serait une version de notre avenir qui mériterait à tout le moins d’être discutée – bien que j’y serais fermement opposé, comme le seraient, je pense, la majorité des Britanniques.

Le problème est que cette vision a été vendue, dans le contexte du Brexit, comme un processus rapide et indolore, avec des gains importants immédiats, tels que des moyens financiers supplémentaires pour le système de soins de santé. Il a également été avancé que le Brexit permettrait de réduire l’immigration et de freiner la mondialisation, un argument particulièrement séduisant pour une grande partie de ceux qui ont voté en faveur du Brexit, notamment dans le nord de l’Angleterre.

Une facture salée

Mais il est aujourd’hui très clair qu’un tel programme ne pourra pas être mis en place à court terme – et par là, j’entends une période de plusieurs années. Une « rupture nette » ne serait pas sans conséquences économiques dans un futur proche, et son résultat immédiat ne serait pas une enveloppe de 350 millions de livres sterling par semaine pour le système de soins de santé, mais bien une facture totale de 40 milliards de livres sterling. Par ailleurs, nous avons besoin de la plupart des migrants européens et le rétablissement d’une frontière « dure » avec l’Irlande s’accompagnerait de risques aussi bien pour le Royaume-Uni que pour le processus de paix.

Un dilemme

Maintenant que cette réalité est apparue au grand jour, le gouvernement essaie de se dépêtrer de ce dilemme, que l’on peut résumer très simplement comme suit : soit nous restons proches de l’Europe après le Brexit afin de minimiser le coût économique, auquel cas nous serons obligés de continuer à respecter les règles européennes ; soit nous procédons à une rupture nette et devrons, dans ce cas, nous préparer à subir les lourdes conséquences économiques qui en découleront. La première option mène à la question suivante : quel est l’intérêt de « reprendre le contrôle » si cela implique de devoir respecter des règles sur lesquelles nous n’avons plus aucune prise ?

La deuxième nous amène à nous demander : quel est le prix à payer ? Pendant deux ans, le gouvernement a essayé de nous faire croire que nous pouvions avoir le beurre et l’argent du beurre, que l’Europe modifierait les règles du Marché unique que nous avons contribué à façonner, pour nous permettre d’échanger sans frictions tout en nous laissant la liberté de diverger lorsque nous le souhaitons. Or, ceci n’a même jamais été envisageable.

Une hypocrisie

La réunion du cabinet à Chequers et le Livre blanc [qui y a été approuvé, NDLR] représentent les premières tentatives de résoudre le dilemme et de choisir l’une des deux options. La déclaration de Chequers et le Livre Blanc sont rédigés avec une hypocrisie époustouflante, mais une fois dépouillés de leur camouflage verbal, ils semblent indiquer la volonté du gouvernement de rester proche de l’Europe tout en essayant de prétendre le contraire. L’idée est d’adopter une réglementation commune avec l’Europe pour les marchandises et l’agroalimentaire, qui inclura les règles déjà convenues dans le cadre du Marché unique. Cela signifie que nous nous soumettons aux règles européennes.

Une « Union douanière » rebaptisée

Le Parlement peut choisir de refuser de nouvelles règles, mais cela aura des « conséquences ». C’est ce qui est censé rétablir la souveraineté de notre Parlement. En réalité, un refus serait synonyme de sortie de la zone de libre-échange pour les marchandises ; autant dire que cela n’arrivera jamais. Et bien sûr, le Parlement est souverain. Il l’a toujours été. Nous avons choisi d’entrer dans le Marché unique, nous pouvons choisir d’en sortir aujourd’hui. Mais cette proposition revient à rester dans le Marché unique des marchandises sans avoir plus rien à dire dans son fonctionnement.

Il en va de même pour le soi-disant « partenariat douanier », qui n’est rien d’autre que l’Union douanière rebaptisée sous un autre nom, à la différence près qu’il envisage la possibilité, à un stade ultérieur, de trouver un accord concernant une hypothétique solution technologique qui permettrait de conserver la fluidité des échanges tout en nous laissant la possibilité d’appliquer des droits de douane différents sur les marchandises. Autant dire que tout cela n’a rien de concret.

Même dans le cas peu probable où cette solution verrait le jour, il serait impossible de conclure des accords commerciaux avec des pays tiers, comme le président Trump vient encore de le confirmer. Pendant ce temps, l’Europe pourra, bien sûr, continuer de conclure de tels accords, que nous serons dans l’obligation de respecter sans toutefois avoir eu notre mot à dire.

Un nouveau cadre pour la mobilité, mais peu de changements

La libre circulation des personnes sera quant à elle remplacée par un nouveau « cadre pour la mobilité des travailleurs », qui donnera la préférence aux travailleurs européens. Le gouvernement reconnaît par là que, si ces travailleurs ne peuvent pas facilement s’installer en Grande-Bretagne, des secteurs clés de l’économie en souffriront. La vérité, c’est que la différence entre la libre circulation actuelle et ce nouveau cadre sera minime, car il ne peut en être autrement pour des raisons économiques. Par ailleurs, il n’y a aucune chance que l’Europe accepte la participation partielle de la Grande-Bretagne au Marché unique si la libre circulation des personnes n’est pas en grande partie préservée.

Une situation absurde

Pendant ce temps, nous essaierons de négocier notre retour dans une kyrielle d’agences européennes dans lesquelles nous sommes aujourd’hui représentés de plein droit. L’absurdité de la situation devient de plus en plus manifeste à mesure que l’on parcourt les différentes sections du Livre blanc. À chaque page, le gouvernement explique en détail pourquoi il est important de poursuivre la coopération avec l’Europe, puis s’efforce d’inventer de nouvelles formes de partenariat soi-disant cohérentes avec sa décision de quitter l’Europe.

Par exemple, le Livre blanc propose de renforcer la coopération avec l’Europe dans le domaine de la défense et de la protection des données, comme si le Brexit était nécessaire pour pouvoir mettre en place ce partenariat.

Un entre-deux assez flou

Le seul domaine qui est exclu de la coopération est celui qui concerne les droits des travailleurs, qui ne sont dès lors plus assurés de bénéficier des avantages de la Charte sociale européenne. En poursuivant la lecture, nous arrivons à une section très subtilement intitulée « Fishing Opportunities », un titre qui peut être traduit à la fois par « possibilités de pêche » et « saisir les opportunités ». Dans cette section, le gouvernement propose de négocier un nouveau cadre de pêche avec l’UE, qui ressemble étrangement à l’ancien.

Une hérésie

Même si l’intention est bonne, en tout cas de la part de la Première ministre, le résultat est une situation d’entre-deux assez floue, avec une Grande-Bretagne qui n’est pas tout à fait dehors, mais plus tout à fait dedans. Un véritable Brexit « soft » serait naturellement moins préjudiciable qu’un Brexit « hard », même si on pourrait alors s’interroger sur l’intérêt de l’exercice. Mais la version qui nous est proposée dans ce Livre blanc est une hérésie. Ce n’est pas tirer le meilleur parti possible d’une mauvaise situation, c’est se retrouver avec le pire des deux mondes. C’est là où les partisans du Brexit et ceux pour le maintien de la Grande-Bretagne dans l’Union européenne font cause commune.

Un plaidoyer bancal

Je comprends tout à fait que cette proposition puisse plaire à certaines entreprises et à de nombreuses personnes qui souhaitent simplement en terminer avec l’agonie du Brexit. « D’accord, il s’agit d’un compromis un peu tordu, mais c’est la seule manière de limiter les dégâts, alors allons-y », se disent-ils.

Je crains toutefois que cet argument soit fatalement bancal.

1. Cette proposition aura pour résultat concret de lier de grandes parties de notre vie économique à l’Europe, sans que nous ayons toutefois notre mot à dire dans ses règlements. C’est une solution fondamentalement désastreuse, qui réduit l’influence britannique sans aucun avantage ou presque.

2. Ce n’est pas « respecter » le vote des Britanniques. Cette proposition décevra de nombreux partisans du Brexit et sera rejetée par les partisans du maintien, à l’exception de certains membres du parti conservateur qui y verront peut-être le moyen de mettre fin à leur schisme interne.

3. Les Européens ne l’accepteront pas sans quelques ajustements qui feront immanquablement réapparaître le dilemme britannique. Il est probable qu’ils considèrent ce « picorage » dans les différentes parties du marché unique inacceptable sur le principe et irréalisable dans la pratique, compte tenu du chevauchement qui existe entre biens et services. Mais admettons néanmoins qu’ils acceptent de faire la distinction entre le marché unique des biens et celui des services. Ils ne le feront qu’à la condition que la Grande-Bretagne adhère pleinement aux règles édictées par la Cour de Justice de l’UE en lien avec la circulation des marchandises, et sans doute aussi aux modalités d’accompagnement pour les parties du secteur des services qui sont étroitement liées à la chaîne d’approvisionnement manufacturière. Cette condition ne sera jamais acceptée par les partisans du Brexit qui siègent au cabinet, et la discussion se poursuivra sans fin.

4. Même si les partisans du Brexit ou certains d’entre eux acceptent à contrecœur de conclure un tel accord avec l’Europe, ils ne le feront que le temps de passer le cap de mars 2019, après quoi ils relanceront le débat. À ce stade, il sera trop tard pour revenir en arrière et notre marge de négociation sera pratiquement inexistante.

5. En excluant les services, le gouvernement s’apprête à causer des dommages importants et peut-être irrémédiables à ce secteur qui constitue une partie essentielle de notre économie et où, contrairement à ce qui se passe dans le secteur des marchandises, nous bénéficions d’un large excédent dans nos échanges avec l’Europe. Je pense tout particulièrement aux secteurs des services financiers et des technologies, dans lesquels la Grande-Bretagne occupe une position dominante en Europe. Les acteurs de ces secteurs nous ont déjà avertis que l’exclusion du Marché unique allait se traduire par des pertes d’emplois et par un coût économique qui aura un impact considérable sur leur production et leur santé financière.

Une très mauvaise affaire

En d’autres termes, c’est une très mauvaise affaire. Plus important encore, cette proposition ne sera pas considérée comme respectant les engagements de juin 2016. (La décision de quitter l’UE, NDLR.) Nous le savons, car de nombreux partisans du Brexit s’y opposent déjà. Le Parlement ne parviendra probablement jamais à dégager une majorité que ce soit pour cette proposition, pour une rupture nette ou pour n’importe quelle autre solution, qu’elle implique le retrait ou le maintien.

Nous sommes bloqués.

Un deuxième référendum ?

Dans n’importe quel monde sensé – et je me rends bien compte que la politique actuelle ne va pas dans ce sens –, cette proposition serait à nouveau soumise au vote du peuple. Il ne s’agit pas de refaire le référendum de 2016. En effet, deux choses importantes ont changé depuis lors. Premièrement, notre connaissance de la question et, plus particulièrement, des conséquences d’un retrait du Marché unique et de l’Union douanière est nettement plus étendue aujourd’hui. Deuxièmement, les partisans du Brexit ne sont pas d’accord entre eux quant à la forme que doit prendre le Brexit.

La question posée pourrait dès lors s’avérer complexe, car elle impliquerait trois choix possibles : une rupture nette, une rupture « douce » ou le maintien. Mais la complexité n’est pas insurmontable. Pour le parti conservateur, cela éviterait d’être associé à un Brexit raté. Pour les travaillistes, cela empêcherait que l’ambiguïté constructive ne se transforme en indécision destructrice. Pour le Parlement, c’est peut-être la seule issue possible.

Copyright Tony Blair Institute for global change

https ://institute.global/news/the-inbetweener-brexit

 

Brexit: Un Livre Blanc déconnecté de la réalité

« Le Brexit selon Theresa May - pas tout-à-fait dehors mais plus tout-à-fait dedans - ne fonctionnera pas », estime l’ancien Premier ministre britannique, Tony Blair. De fait, le Livre Blanc, publié par le gouvernement de Theresa May au début du mois, est déjà fortement écorné.

Chef du service Monde Temps de lecture: 4 min

Le Livre Blanc adopté par le gouvernement de Theresa May lors de sa retraite du premier vendredi de juillet était censé dégager la vision sur le type de relation que le Royaume-Uni souhaiterait nouer avec l’UE une fois sorti de l’Union. Theresa May n’arrivait pas à la fixer en raison des profonds désaccords entre les deux tendances de son gouvernement et de son parti : celle qui veut une coupure nette avec l’UE, et celle qui veut absolument maintenir le Royaume le plus intégré possible au Marché unique européen.

Si « l’accord de Chequers » (la résidence d’été de la Première ministre) a brièvement donné l’impression de mettre fin à ces tensions, les jours qui viennent de s’écouler ont montré qu’il n’en est rien. Ce lundi, les « Brexiters » réussissaient à faire accepter par Theresa May et voter par les Communes des amendements à la loi sur le commerce, qui annulent ou rendent quasiment inapplicables certaines dispositions du Livre Blanc. Et mardi, d’autres amendements, déposés ceux-là par des conservateurs pro-européens, étaient rejetés sous l’effet d’une action implacable des Brexiters parmi les députés conservateurs de base.

Le Livre Blanc d’il y a dix jours est donc déjà fortement écorné. Les propositions principales qu’y a prévues Theresa May sont les suivantes :

Une aire de libre-échange pour les marchandises. L’objectif en est de permettre que le commerce des marchandises entre l’UE et son ancien membre puisse se poursuivre sans heurts, préservant aussi les chaînes d’approvisionnement des processus « just in time ». Un système de « règles communes » régirait cet espace qui inclurait le secteur agro-alimentaire. Le Royaume-Uni continuerait à participer à toutes les agences européennes autorisant ou supervisant autorisant la mise sur le marché de ces biens (l’Agence chimique Echa, l’Agence du médicament, mais aussi l’Agence de la sécurité aérienne).

Un Accord de facilitation douanière. Pour éviter toute nouvelle frontière douanière, le Royaume-Uni (qui bénéficierait d’une absence de tarifs douaniers avec l’UE), percevrait distinctement sur les marchandises entrant sur son territoire les droits frappant des biens destinés à l’UE, et ceux frappant les biens devant rester au Royaume-Uni. Les droits revenant à l’UE lui seraient reversés, et un système de remboursement serait instauré vis-à-vis des entreprises qui auraient payé des droits indûment perçus.

Un arrangement pour les services financiers. Bien que le système d’autorisation unique (le « passeport ») permettant aux entreprises financières d’opérer dans toute l’UE ne peut être maintenu, l’objectif est de « préserver les bénéfices mutuels » de l’intégration de ces marchés.

Des arrangements institutionnels. Un Organe de gouvernance et un Comité conjoint assureraient une coordination législative et réglementaire entre l’UE et le Royaume-Uni. Celle-ci se référerait à la jurisprudence de la Cour de Justice de l’UE, mais sans que les cours d’une partie puisse régler un litige avec l’autre.

Ces propositions et bien d’autres contenues dans les 98 pages du Livre Blanc donnent lieu à des débats et bagarres homériques à Londres, comme si l’avenir de la relation commerciale de la Grande-Bretagne dépendait des « positions de négociation » qui y sont définies. Mais ces propositions, même avant leur dénaturation des derniers jours par les Brexiters radicaux, avaient-elles la moindre chance d’être acceptées côté européen ? La réalité est brutale : aucune chance. « On n’a pas tué le Livre Blanc, car nous ne voulons pas nous attirer le blâme, alors que les Britanniques n’ont pas achevé leur propre discussion interne, explique au Soir, en toute confidentialité, une source proche des négociations. On voit d’ailleurs que Theresa May n’a aucune majorité pour la moindre forme de Brexit. »

L’aire de libre-échange pour marchandises représente un « picorage à la carte » dans le Marché unique que l’UE a exclu depuis le début. Quant au système de double perception de droits douaniers, une usine à gaz à laquelle personne ne croit des deux côtés de la Manche, et son système de remboursement de trop-perçu, « il représente une gigantesque invitation à la fraude », commente encore notre source. « Mais on n’entendra aucune voix européenne qui dira ces choses-là pour l’instant. Theresa May avait besoin de ce Livre Blanc pour vendre le traité de sortie. Et quoi qu’on négocie pour l’instant avec elle, il n’est pas sûr que May aura une majorité pour le faire adopter chez elle… »

Autant dire que les Européens observent le Livre Blanc et sa mise en charpie avec le sentiment résigné et inquiet qu’il reste une affaire purement interne, totalement déconnectée de la réalité de la négociation entre Londres et les 27.

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8 Commentaires

  • Posté par delpierre bernard, vendredi 20 juillet 2018, 17:50

    Au lieu de forcer Berlin à l'Union politique avant la réunification et donc à plus de solidarité, Mitterrand a lâché sur la réunification en échange de l'abandon du mark , double victoire de Kohl et du patronat allemand , débarrassé ainsi des dévaluations des monnaies du sud (France y compris) . Quant à l'analyse de Blair, elle resume très bien l'imbroglio dans lequel est tombé son pays qui en tout état de cause y perdra, dommage qu'il n'a pas été aussi perspicace pour ne pas suivre Bush dans le scénario de la guerre d'Irak, son parcours est entaché par cette faute criminelle contre l'avis d'un éminent conseiller scientifique qui s'est d'ailleurs suicidé... Certes, l'Europe allemande est en marche sans concession pour les peuples du sud dont les économies ne peuvent coexister avec une monnaie commune trop forte sans que des mécanismes de compensation ne soient prévus...et l'échec de Macron auprès de Merkel sera suivi d'autres...

  • Posté par Hennaux Jean, jeudi 19 juillet 2018, 14:08

    Cela ne fonctionne pas parce que aujourd'hui comme hier l'Angleterre ne veut pas d'une règle qui soit autre que celle de SES petits petites particularités, de ses intérêts et arrangements personnels …, BUITEN, PUNT AAN DE LIJN ou L'EUROPE CREVERA.

  • Posté par Björn Deckers, jeudi 19 juillet 2018, 13:04

    Hier, dans un autre article, je notais, comme dans la tribune de Tony Blair, qu'il n'y a en fin de compte pas deux options comme cela a été erronément vendu aux britanniques en 2016, mais bien trois. L’éclatement du camp "Brexit" en "Brexit dur" et "Brexit mou", et la description de l'option de Chequers par l'ancien premier ministre travailliste démontre en effet qu'il n'y a plus deux options sur la table mais trois. Enfin... Il pourrait y en avoir deux non plus Remain et Brexit, mais bien jouer le second tour et faire un nouveau référendum entre "Brexit dur" et "Brexit mou". Ceci supposerait que les électeurs du "Leave" de 2016 avaient bien conscience de se retrouver dans une impasse décrite ci-dessus par Tony Blair, sans quoi (et c'est clairement le plus juste), il faut envisager un nouveau référendum à deux tours pour distinguer enfin une majorité sur une de ces trois lignes. @Guy Lambert. Je partage largement votre point de vue, mais depuis 2016, force est de constater qu'hélas, les British sont loin d'être les seuls à bloquer les évolutions menant à une UE plus politique, plus sociale, plus fiscale, plus environnementale. Je le déplore avec vous, mais le problème on le voit avec la glaciale réaction de Merkel aux propositions européennes de Macron (Merkel qui entre parenthèses remballe son troisième président français!), le problème de l'Union politique de l'Europe est à Berlin, il aurait fallu forcer une Union politique avec Kohl avant que l'Allemagne ne retrouve son unité, sa confiance, sa morgue... et finalement, (voir l'AFD) son sinistre nationalisme!!! Mettre tous les manquements de l'UE sur le seul compte des British empêche de regarder ailleurs. Pour ma part, je trouve justement que les deux années qui viennent de se dérouler ont été lamentablement instructives sur ce plan...

  • Posté par Michiels Laurence, jeudi 19 juillet 2018, 12:02

    Est-ce vraiment ça que voulaient les Britanniques qui ont voté le Brexit ? Je ne pense pas.

  • Posté par Lambert Guy, jeudi 19 juillet 2018, 13:03

    Peut-être mais va-t-on, à chaque référendum, se demander si c'est ce que voulait la population alors que la majorité est établie? En dehors de ce fait, cela me semble dangereux, démocratiquement parlant d'agir ainsi, à savoir remettre en question un vote. Cela n'ouvre-t-il pas la porte à toutes les manipulations dans le chef de ceux qui ont perdu le vote? Alors, que les Anglais souhaitent revenir un jour dans l'UE, pas de problème, mais dans l'immédiat, il faut respecter la volonté marquée par la majorité des votants.

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