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S’adapter au bruit est une hérésie, n’en déplaise à Darwin

Pour l’OMS, il est la deuxième cause de pollution après celle qui ruine notre atmosphère. Il serait responsable de 10.000 morts prématurées chaque année en Europe. Le bruit stresse l’organisme. Il provoque des maladies cardio-vasculaires.

Édito - Journaliste au service Forum Temps de lecture: 3 min

Le bruit est partout.

Autrefois, le marteau-pilon scandait le rythme des bassins sidérurgiques. Les trains à vapeur ferraillaient. La Révolution industrielle s’ingéniait à augmenter ici et là le niveau sonore.

Aujourd’hui, le bruit ne rend plus seulement l’écho infernal de l‘acier. Comme nous l’écrivons dans nos colonnes, il compose en douce l’air ambiant. Ce sont les GSM qui « bippent » en catimini, le murmure obsédant des bureaux paysagers, le « clic clic » des frigos… Cris et chuchotements. Les sons s’embouteillent à l’oreille comme les bagnoles au carrefour Léonard. Des plus anodins aux plus entêtants. Même les plus enchanteurs en deviennent insupportables : chassez ces oiseaux qui piaillent dans mon cerisier…

Une névrose ? Le bruit est un fléau bien réel. Pour l’OMS, il est la deuxième cause de pollution après celle qui ruine notre atmosphère. Il serait responsable de 10.000 morts prématurées chaque année en Europe. Le bruit stresse l’organisme. Il provoque des maladies cardio-vasculaires.

Et pourtant, rien n’est fait ou si peu pour combattre le bruit.

Saga du survol de Bruxelles

La saga du survol de Bruxelles est révélatrice de la difficulté de prendre en compte le droit à la sérénité. Des normes sonores ont été fixées pour les bistros et les salles de concert, mais au coin de la rue se vendent toujours des engins assourdissants qui crèvent en toute impunité le silence des campagnes. Ne hurlez pas : chacun doit bien vivre !

Le politique a mis longtemps à s’intéresser à la pollution sonore. Sans l’Europe et sans l’inflation des plaintes citoyennes, il serait sans doute resté sourd au tintamarre qui va crescendo. Car le bruit est un furieux, un glouton. Rares sont les nouvelles activités humaines qui n’ajoutent pas du bruit au bruit. Il est donc temps de le considérer comme un vrai problème, et non comme une ligne de plus au cahier des charges de la modernité.

Le bruit aurait pu inspirer à Darwin un chapitre intitulé « Survivre bruyamment ». Dernièrement, à l’abord d’un carrefour bruxellois, un cycliste vociférait des noms d’oiseau à l’encontre d’un motard pétaradant. Le « potato potato » du bicylindre mécanique couvrait les cris du mécontent vélocipédique qui rageait de plus belle. Sur le trottoir, des joggeurs passaient le nez au vent, sans s’inquiéter du ton qui montait. Vissés dans les oreilles, des écouteurs s’activaient à les abstraire de tout potin, volume à fond. Du bruit pour résister au bruit ? Il y a sans doute mieux à faire que de s’adapter au vacarme du monde…

► Diabète, hypertension artérielle, risque d’accidents cardiovasculaires…: notre dossier sur la pollution sonore

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4 Commentaires

  • Posté par Buffin Monique, mardi 31 juillet 2018, 12:23

    Qu'en est-il aussi des "bruits" générés par les luminosités artificielles (éclairage, écrans), les ondes électromagnétiques (radio, télévision, téléphonie, radar, ...), radio-activité dont les impacts sur la santé humaine commencent seulement à être révélés? Le 'futur', nous prédit-on, est dans l'accroissement de la population urbaine, sa densification et l'emploi de plus en plus massif de ces générateurs de 'bruits' poussé par l'offre et l'appétit débridé de consommation. Le corps humain pourra-t-il y survivre? Le système économique ne pousse vraiment pas à la décroissance consumériste!

  • Posté par Van Obberghen Paul, mardi 31 juillet 2018, 12:16

    Les pires des bruits sont ceux générés par l'Homme _délibérément_ et qui peuvent facilement être évités. Je pense en particulier aux motos dont le pot d'échappement a été traffiqué et que leur conducteur n'hésite pas à "libérer" dans les zones densément peuplées. C'est de l'égoïsme pur et simple. Pire que cela: c'est un attaque qu'on peux qualifier de "terroriste" qui fait des victimes innocentes, perpétrée par des lâches qui savent bien qu'ils ne peuvent pas être ratrappés par ceux qu'ils attaquent. Car le but n'est évidemment pas le simple plaisir de la "mélodie" de l'échappement débridé ou du sentiment de puissance, de vitesse ou de liberté (compréhensibles et certainement jouïssifs) mais bien d'infliger à la société une torture en punition de ses supposées attaques à elle. Je maudit ces lâches qui ne nous laissent pas la possibilité de nous défendre contre leurs attaques aveugles et cruelles. Ceux-là, si pris un jour, devraient être exhibés en place publique et torturés de manières équivalentes aussi longtemps qu'ils l'ont fait par les citoyens mêmes qui ont été leurs victimes. Ça ne serait que justice.

  • Posté par Van Steen Willy, mardi 31 juillet 2018, 19:17

    C est ce que j'appelle les bruits"gratuits", qui ne sont ni utiles ni civilement respectueux! Ce sont les pires! Et que dire de ces foisonnement de "ducasses" avec leurs décibels nocturnes démentiels! Un orl conseillait á mon petit-fils de mettre des protections pour ses oreilles quand il sortait en boîte, alors qu'il serait si simple de réduire le son! Le monde devient irrationnel et ça n'a pas l'air de s'arranger!

  • Posté par knijnenburg Gemma, mardi 31 juillet 2018, 17:08

    Bien écrit, je parfaitement d'accord avec ce commentaire

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