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«Mawda, ou comment l’impunité est orchestrée»

Les derniers rebondissements dans l’affaire de la mort de la fillette ont poussé le Comité Mawda - Vérité et Justice à souligner que l’enquête ne doit pas se focaliser uniquement sur le chauffeur de la camionnette.

Carte blanche - Temps de lecture: 3 min

Une petite fille de deux ans a été tuée par un policier le 17 mai dernier, lors d’une course-poursuite visant à appréhender une camionnette remplie de migrants. Une gestion digne d’un tel drame aurait dû consister à présenter les excuses du gouvernement, les excuses de la police, à organiser une enquête sur les éléments qui ont poussé ce policier à utiliser son arme contre un véhicule et à instruire des responsabilités tant au niveau de la hiérarchie policière qu’au niveau de la politique migratoire menée par le gouvernement.

On a assisté à l’inverse.

Toutes les versions de tous les intervenants ont consisté à taire la vérité et à organiser l’impunité du tireur, de la police en général et du gouvernement en particulier.

Toujours pas inculpé

Le parquet de Mons a d’abord prétendu que la petite n’était pas morte par balle. Puis face à l’ampleur d’un tel mensonge, il a prétendu que c’était une erreur inexpliquée du médecin légiste. Une seconde version a tenté de rendre les parents responsables en prétendant qu’ils s’étaient servis de leur petite fille comme bouclier humain. Une troisième version a prétendu que le policier ne savait pas qu’il y avait des enfants dans la camionnette. Une quatrième et dernière version a été d’invoquer la légitime défense du policier.

Aujourd’hui le policier qui admet avoir tiré n’a toujours pas été inculpé. En pleine trêve estivale, le parquet annonce à la presse que le chauffeur de la camionnette a été arrêté en Angleterre. Cet Irakien de 25 ans devient subitement le principal suspect dans l’affaire. Le procureur général de Mons va jusqu’à faire de ce dernier le co-auteur du meurtre de Mawda. Que le conducteur de la camionnette ait été une petite main dans un réseau de passeurs, c’est indéniable, mais prétendre qu’il serait co-auteur de l’homicide, c’est une nouvelle tentative pour occulter la responsabilité politique dans cette affaire.

On pourrait sourire

Le parquet indique vouloir poursuivre ce conducteur pour « rébellion armée ». Il n’avait pas d’arme. Il n’a jamais été question d’une arme. Le syndicat de la police avait déclaré dans la presse qu’il pouvait s’agir de légitime défense de la part du policier, si on considérait que la camionnette aurait pu servir d’« arme par destination »… Devant de telles contorsions, on pourrait sourire. Sauf qu’ainsi le parquet s’engouffre dans une voie qui est celle de l’impunité : « Le policier devait tirer, il n’avait pas le choix, il était menacé par une camionnette en fuite. »

Et puis, ultime rebondissement, on apprend via la police française que la camionnette était connue de leurs services et tracée par une puce GPS. Il aurait donc suffi de la laisser continuer son chemin tranquillement et arrêter le chauffeur au premier parking. Au lieu de cela, une dizaine de voitures de police se sont lancées dans une course-poursuite dangereuse et insensée sur l’autoroute. Une petite fille est morte. Les victimes ont été traitées en criminels, arrêtées, détenues au cachot avec leurs enfants en bas âge. Deux familles victimes de trafic d’êtres humains sont traumatisées et toujours illégales, donc toujours à la merci des trafiquants. Des mineurs victimes ont été relâchés et ont disparu dans la nature. Le chauffeur de la camionnette lui-même a été relâché, avant d’être réarrêté en Angleterre. C’est sur ces éléments que doit porter l’enquête, qu’elle soit menée par le procureur, le juge, le comité P ou le Parlement.

http://www.justicepourmawda.be

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16 Commentaires

  • Posté par Linard Bernard, vendredi 12 février 2021, 15:07

    Bonjour, l'essentiel pour moi, un petit enfant innocent est mort. C'est l'horreur, aucune excuse pour ce policier. Il a été le seul à sortir une arme et à tirer. Il faut sortir ces personnes de la police, ce sont des cowboys . Je ne voudrais pas être à sa place ni à celle de sa famille.

  • Posté par Dufey Anne, vendredi 3 août 2018, 10:34

    Extrêmement tendancieux comme carte blanche. Transport illégal et entrée illégale sur le territoire. Fuite alors qu'il y a ordre de s'arrêter. Cela reste un terrible accident ... mais le comportement des mafieux qui organisent cette traite d'êtres humains, ainsi que cette famille qui est finalement leur complice, ont leur responsabilité. Cela doit être dit . Bart de Wever l'a fait . il a raison. Ignace van Waes

  • Posté par Dufey Anne, vendredi 3 août 2018, 10:33

    Extrêmement tendancieux comme carte blanche. Transport illégal et entrée illégale sur le territoire. Fuite alors qu'il y a ordre de s'arrêter. Cela reste un terrible accident ... mais le comportement des mafieux qui organisent cette traite d'êtres humains, ainsi que cette famille qui est finalement leur complice, ont leur responsabilité. Cela doit être dit . Bart de Wever l'a fait . il a raison. Ignace van Waes

  • Posté par Roosemont Charles, jeudi 2 août 2018, 12:58

    curieux!j'ai posté mon avis hier et je ne le trouve pas . Ai-je commis un impair? Si oui, lequel? et puis pourquoi pas publié?merci de me donner la raison.

  • Posté par Bladfeld Samuel, mercredi 1 août 2018, 19:50

    c'est vrai quoi, une honnête camionnette refuse de s'arrêter, un simulacre de course poursuite a lieu pendant plusieurs minutes, et au milieu des cahots de celle-ci (la route a besoin d'être réparée depuis pas mal de temps), un policier prend le risque insensé de tirer sur le véhicule, qui pourrait être plein à craquer de tomates avariées ou de poil à gratter. La prochaine fois qu'un pote de Salah Abdeslam fait une virée sur Paris, il sait ce qu'il doit faire : demander une escorte.

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