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Manger en terrasse, c’est faire le plein de pollution

Même en vacances, la circulation automobile fait étouffer les centres-villes. A l’heure des repas, les terrasses en bord de rue sont bondées. Gare aux gaz d’échappement émis non loin de l’assiette.

Analyse - Temps de lecture: 3 min

Même en pleine canicule, le soleil pousse les affamés vers l’extérieur. Durant le temps de midi, ça fourmille aux terrasses des restaurants. Si de nombreux citadins sont en congés, certaines rues des grandes villes n’en demeurent pas moins encombrées. Les bus, les camions, les voitures, ça exhale des gaz d’échappement. Juste à côté des assiettes.

De quoi assaisonner involontairement les petits plats ? Pour Alfred Bernard, professeur de toxicologie à l’UCL, le risque de dépôt de polluants sur la nourriture est assez faible. « Si on pense aux polluants classiques qui pourraient contaminer la viande, comme les hydrocarbures aromatiques polycycliques, leur dépôt atmosphérique me semble assez limité par rapport à ce qu’il peut y avoir dans la viande elle-même lorsqu’elle est trop cuite. » C’est que les particules polluantes présentes dans l’air demandent du temps pour sédimenter dans l’assiette. Or, pour un mangeur normal, il est bien trop court entre le moment où le plat est servi et celui où il est effectivement mangé.

A défaut de les manger, on les respire

Néanmoins, le professeur Bernard est catégorique, « si manger en terrasse est très agréable, ça peut aussi être très malsain quand il s’agit d’une voie où le trafic routier est important ». Le principal problème vient non pas de l’ingestion des polluants émis par les pots d’échappement ; mais bien de leur inhalation.. Nos ennemis sanitaires sont toujours les mêmes : ils se nomment gaz volatiles et bien sûr particules fines.

« La population vit dans un air dangereux et malsain », tel était le cri d’alarme lancé par 100 médecins dans Le Soir en novembre 2017. Parmi les polluants présents dans l’air que l’on respire, « ceux qui m’interpellent plus, ce sont les particules fines (PM) », expliquait la professeure Catherine Bouland, directrice du centre de recherche en santé environnementale (ULB) et signataire de cette carte blanche. Déjà en 2013, l’Organisation mondiale de la santé avait pris conscience de leur extrême dangerosité et les avaient classées comme cancérogènes, au même titre que le… tabac.

Des capteurs à hauteur de poumon

Une fois inhalées, les PM 2,5 (particules dont la taille est inférieure ou égale à 2,5 micromètres) pénètrent profondément dans l’arbre pulmonaire : bronches, bronchioles et même alvéoles pulmonaires, portes ouvertes vers la circulation sanguine et vers une contamination interne, pour les plus petites d’entre elles. C’est-à-dire mesurant 1 micromètre et moins. C’est le cas du black carbon émis par les véhicules, particulièrement ceux abreuvés au diesel.

Alors que les capteurs atmosphériques du réseau de surveillance de la qualité de l’air IRCeline sont situés à plusieurs mètres de hauteur, le projet ExpAIR en a placés des miniaturisés à hauteur de poumons, pour savoir à quelles concentrations ils étaient exactement exposés. Entre 2013 et 2017, 276 volontaires bruxellois ont ainsi porté autour du cou un capteur géolocalisé mesurant les taux de black carbon. Les conclusions de cette étude portée par Bruxelles-Environnement confirment que cette pollution nocive est très élevée là où la concentration automobile est la plus forte.

De quoi faire trinquer la santé respiratoire et cardiovasculaire des attablés aux terrasses. « La pire situation se rencontre lorsque le vent est faible : les polluants sont alors faiblement dispersés. S’il y a aussi des fumeurs en terrasse, la situation s’aggrave davantage, avec un risque essentiellement par inhalation, conclut le professeur Bernard. Je ne suis pas adepte des repas pris proche des véhicules. C’est une pratique qui expose davantage aux polluants. Sans parler du bruit et du stress engendré. »

Vos frites avec ou sans particules fines?

Le beau temps nous encourage à manger en terrasse. Hélas, en ville, les tables que de nombreux restaurants dressent sur les trottoirs sont parfois très proches des pots d’échappement des voitures et bus. Dangereux pour la santé ? Reportage.

Temps de lecture: 2 min

Vous préférez vos frites avec ou sans particules fines ? Aux alentours de 13 heures, les terrasses des restaurants bruxellois se remplissent en même temps que le trafic s’intensifie. Pause du midi : les clients savourent leur repas au soleil, parfois à quelques mètres des voitures et bus en circulation.

A deux pas de la rue Royale, au carrefour entre la rue de l’Enseignement et de la rue de la Croix de fer, la brasserie Beat est au cœur d’un trafic routier important. Quand un camion passe près des tables, il fait monter la température de quelques degrés le temps d’un instant.

Pour éviter des nuisances trop importantes, les restaurants doivent éloigner les tables des voitures. Anthony Pavone, le manager, s’explique : « Il y a des normes à respecter en matière de distance de sécurité et nous nous y sommes soumis. Les tables sont placées à deux mètres de la circulation. Cela permet de manger sans avoir le nez dans le pot d’échappement des bus. »

Certains clients, eux, ne semblent pas mesurer les risques de la pollution. Yassine trouve qu’il a «  rarement la possibilité de choisir ma terrasse. Je fais souvent au plus pratique, sans forcément m’installer à un endroit moins pollué, sauf évidemment si j’ai un repas important. »

Apolline, également cliente de la brasserie, paraît davantage soucieuse : « J’ai choisi cette table parce qu’elle était plus éloignée de la route. L’idéal, évidemment, ce sont les terrasses intérieures. »

Pour limiter les impacts de la circulation, il faudrait installer une réelle séparation entre rue et terrasse. Mais cela semble être compliqué à mettre en place, selon le manager : « Si on met des paravents pour isoler les clients, alors on va empiéter sur l’espace des piétons qui viendront s’en plaindre. Ce n’est pas toujours évident de contenter tout le monde. »

Et c’est la santé qui trinque.

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3 Commentaires

  • Posté par Rousseau Jean-pierre , jeudi 2 août 2018, 19:34

    Encore un titre à la con comme le démontre la lecture de l'article. Dommage que le journal le Soir se laisse aller à une telle médiocrité de la part d'une journaliste dont le sens critique est inversement proportionnel à son souci du tape à l'œil..

  • Posté par LIENARD NORBERT, jeudi 2 août 2018, 13:23

    Les gens sont tellement bêtes

  • Posté par VERDOODT-COLART Jean-Marie, jeudi 2 août 2018, 13:09

    Alors là, çà c'est un scoop !!

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