Accueil Opinions Cartes blanches

Carte blanche: «Couvrez ce burkini que je ne saurais voir…»

Depuis quelques années, il n’est pas un seul été sans que la question du port du burkini (né de la contraction de « burka » et de « bikini ») – et surtout de son interdiction – ne réémerge dans le débat public.

Carte blanche - Temps de lecture: 3 min

Après la polémique concernant son interdiction sur les plages, notamment en France où s’en était suivi, rappelons-le, une condamnation par le Conseil d’Etat, le burkini a, cette année, encore récemment fait parler de lui suite à son interdiction au sein de deux piscines communales gantoises.

Par deux jugements rendus le 5 juillet 2018, le tribunal de première instance de Gand a, en référé, donné raison aux requérantes et a condamné les deux piscines à modifier expressément leur règlement d’ordre intérieur en vue d’autoriser les vêtements couvrant le corps lorsque le port de ceux-ci se justifie par des motifs de croyance.

Dans une interview accordée à La Libre Belgique, la secrétaire d’Etat à l’Egalité des chances, Zuhal Demir (N-VA) indiquait souhaiter mettre à l’étude une interdiction généralisée du port du burkini dans les piscines, précisant : « Qu’est-ce qui est le plus important pour nous ? Les droits religieux ou les droits des femmes ? J’opte résolument pour ces derniers » (sic).

En tant qu’académique préoccupée par les questions de « droit et religion » et de « droit et genre », l’on ne peut que s’interroger sur une telle opposition systématique entre, d’une part, la protection des pratiques liées à la croyance religieuse et, d’autre part, la protection des droits des femmes.

Admettre que le burkini est nécessairement une forme de soumission de la femme constitue une évaluation de la légitimité des croyances à laquelle se refuse catégoriquement la Cour européenne des droits de l’homme dans sa jurisprudence constance. En effet, personne ne peut prétendre connaître avec certitude, et encore moins se prononcer sur les raisons fondamentales qui sous-tendent le choix du port de ce vêtement.

Affirmer que le burkini devrait être interdit au même titre que la burqa et le niqab dans l’espace public au motif d’un prétendu « vivre ensemble » validé par la Cour constitutionnelle et la Cour européenne des droits de l’homme n’a pas davantage de sens. En effet, c’est le caractère « caché » du visage qui, en référence notamment à Levinas, avait emporté la validation de cette interdiction désormais consacrée par la loi du 1er juin 2011 ; or le visage est précisément un aspect visible du corps à l’occasion port d’un burkini.

S’agissant des motifs pouvant justifier une restriction à la liberté de religion, l’article 9 de la Convention européenne des droits de l’homme vise « la sécurité publique », « la protection de l’ordre », « la santé ou de la morale publiques », ou « la protection des droits et libertés d’autrui ». Dans le cas du burkini, le seul éventuel motif valable demeure probablement celui de l’hygiène. Cette préoccupation vaut d’ailleurs à l’endroit de tout vêtement (short, pantalon, t-shirt, etc.) couvrant le corps et risquant de ramener des bactéries dans l’eau parce qu’il a été porté dans un autre environnement auparavant. Une telle interdiction serait alors justifiée par des motifs de « santé publique » au sens de l’article 9 de la Convention et elle viserait alors tout vêtement ne présentant pas des garanties d’hygiènes, et ce, sans stigmatiser le port d’un vêtement religieux comme le burkini.

Pour le reste, la question de l’éventuelle interdiction du burkini dans les piscines semble surtout une regrettable tempête dans un verre d’eau pour les quelques femmes musulmanes souhaitant accomplir l’acte tout à la fois banal et sain que constitue le fait de se rendre dans un bassin de natation.

Le fil info

La Une Tous

Voir tout le Fil info

16 Commentaires

  • Posté par Serge Vandeput, vendredi 3 août 2018, 13:21

    Nous ne pouvons pas commenter l'article du Soir concernant l'agression d'une musulmane à Anderleus? Cette agression est abjecte et doit être punie, mais curieux que nos gauchistes du MRAX et autres illuminés ne voient qu'un racisme unidirectionnel cad ; du Belge de souche vers les musulmans. Pour le MRAX tout autre racisme n'existe pas et est même inimaginable. Combien de temps devrons nous encore tolérer et payer cet institution qui déteste les Belges?

  • Posté par Arnould Philippe, vendredi 3 août 2018, 13:08

    Si ce n'était qu'un bout de tissu, ce ne serait pas problématique. Le problème, c'est l'idéologie qui est derrière : une idéologie qui considère que les femmes doivent toutes porter le voile. S'il n'y avait pas ça, les gens s'en foutraient du burkini. S'il n'y avait pas des points expansionnistes et hégémonistes dans l'islam, s'il n'y avait pas des points qui justifient la force pour imposer le mouvement et soumettre les gens, s'il n'y avait pas d'hostilité à l'égard des mécréants, il n'y aurait pas plus d'islamophobie que de bouddhismophobie…

  • Posté par Serge Vandeput, vendredi 3 août 2018, 8:52

    Encore heureux que nous avons la presse étrangère pour nous informer correctement.

  • Posté par Lange Daniel, vendredi 3 août 2018, 8:08

    Ce vêtement est le symbole même de l'obscurantisme, du repli sur soi, du fanatisme identitaire des notions tant décriées quand ils émanent d'autres communautés. Cet accoutrement horrible a au moins le mérite de nous monter ce que pourrait être notre avenir si nous ne nous battons pas pour nos libertés fondamentales. Ce vêtement est un épouvantail vivant qui nous presse à chasser les oiseaux du politiquement correct et à enfin ouvrir les yeux sur une réalité.

  • Posté par Serge Vandeput, vendredi 3 août 2018, 8:49

    Nos élites ont deja abandonné nos valeurs Judéo-chrétiennes pour se jeter dans les bras d' une idéologie qui nous vient des pays ou la réligion impose toutes ces lois ridicules sortant d'un livre qui est pire que Mein Kampf.

Plus de commentaires
Sur le même sujet

Aussi en Cartes blanches

Voir plus d'articles

Allez au-delà de l'actualité

Découvrez tous les changements

Découvrir

À la Une

références Voir les articles de références références Tous les jobs