#BalanceTonYoutubeur: le scandale prend de l’ampleur

#BalanceTonYoutubeur: le scandale prend de l’ampleur
© AFP

Tout a démarré d’un tweet, écrit le 6 août par Lucas Hauchard, mieux connu sous le nom de Squeezie. Celui-ci voulait pointer du doigt le comportement de certains de ses collègues, utilisant leur notoriété pour demander des faveurs sexuelles à leurs jeunes fans. À peine la déclaration publiée sur son compte de plus de cinq millions de followers, un hashtag s’est très vite fait remarquer : #BalanceTonYoutubeur. « Le Soir » faisait d’ailleurs le point sur ce début de polémique, en évoquant les possibilités de poursuites judiciaires.

Si la déclaration du vidéaste a produit des étincelles, c’est un papier du journal « Le Parisien » qui a allumé la mèche. En plus de reprendre les déclarations de Squeezie, il réunit des témoignages de plusieurs adolescentes ayant reçu des propositions douteuses de la part de youtubeurs. L’un réclame avec insistance des photos dénudées. Un autre envoie régulièrement avec des messages à connotation sexuelle, ou encore de venir chez lui, tout en conseillant de ne parler de cette visite à personne.

Des accusations ciblées

Mais là où cette enquête fait mouche, c’est dans ce que Squeezie s’est abstenu de faire : donner des noms.

Pas Norman Thavaud, alors qu’il faisait l’objet de beaucoup de commentaires à l’émergence du hashtag, mais quand même des noms connus dans l’univers Youtube : Wass Freestyle (2.2millions d’abonnés sur Youtube), Math Podcast (434 000 abonnés), From Human To God (332 000 abonnés) et Anthox Colaboy (433 000 abonnés) sont tous cités dans l’article pour avoir des torts évoqués plus haut. Seuls deux d’entre eux ont répondu à ces allégations.

Anthox Colaboy, vidéaste de 29 ans spécialisé dans la critique de vidéo, fait partie des noms qui ont énormément circulé sur Twitter. D’après un témoignage recueilli par « Le Parisien » et par Europe 1, il aurait fortement intéressé pour rencontrer Léa*, 15 ans au moment des faits, et lui faire des propositions indécentes : « Tu l’as déjà fait ? À l’occasion si tu as eu une mauvaise expérience je me porte garant de la prochaine pour que ça soit mieux, on fait ça ? », « Si un jour on se voit je te mange avec plaisir » ou encore : « Avec toi quand tu veux les plans à 4 ». Elle a préféré arrêter de lui parler après avoir reçu des photos de lui dans son bain.

L’intéressé a choisi son compte Twitter pour s’exprimer à ce sujet : il nie en bloc, déclarant n’avoir jamais « harcelé, menacé, abusé qui que ce soit » et compte prendre un avocat pour porter plainte. « J’ai tout perdu. Off Twitter, ça part en justice ».

Efkan Kurnaz, qui officie sur Youtube sous le nom From Human to God, est allé plus loin dans la réplique. Le jeune homme, âgé de 28 ans au moment des faits, aurait ajouté sur Facebook une jeune fille de 16 ans après l’avoir remarquée sur Periscope en 2016. Il lui aurait alors proposé de se rencontrer en lui demandant de « ne rien dire à personne ». Sur une capture d’écran publiée par « Le Parisien », le youtubeur aurait d’ailleurs, dans une de leurs conversations par messages, qualifié de « mauvaise idée » le fait que la jeune fille ait raconté (à sa famille) le fait qu’ils se parlent.

Comme Anthox Colaboy, il a tenu à répondre sur Twitter, en s’adressant cependant directement à la rédaction du Parisien. « Je me réserve toute voie de droit utile » précise-t-il. Cependant, il ne s’est pas arrêté là : dans une vidéo de 15 minutes, il s’agace des accusations qui lui sont faites « Là, vous êtes en train de salir mon image. Vous me faites passer pour un harceleur auprès de gamines » et invite le Parisien à « vérifier ses sources ».

« Le Parisien » est revenu sur son enquête, prenant en compte ces déclarations et confirmant les témoignages de leurs sources. En ce qui concerne From Human To God, la victime a réaffirmé avoir échangé à l’époque avec le youtubeur, d’abord par des messages privés, puis une conversation téléphonique qui l’a profondément dérangée.

En attendant les témoignages se multiplient, comme ceux recueillis dernièrement par France Info, et la twittosphère continue de s’enflammer, slalomant toujours entre volonté de témoigner, accusations hasardeuses et plaisanteries. Certains en pâtissent, comme le breton Linksthesun : accusé lui aussi par des captures d’écran, il a répondu sur sa page Facebook qu’il avait « identifié sans difficulté la personne » dont proviennent les images, et qu’il compte lui aussi contacter un avocat.

Cyprien Iov, autre youtubeur célèbre, a lui insisté pour que les victimes soient respectées, car sans leurs témoignages, « certaines pratiques pourraient perdurer ».

Une affaire similaire en Belgique

Nous le disions dans notre précédent article, il y a encore beaucoup de choses à faire avant que cela ne s’éclaircisse. En France comme en Belgique, ce genre de cas n’a pas eu droit à une jurisprudence précise. Cependant, comme l’a relevé le magazine Motherboard, les youtubeurs qui manipulent leur public, dont l’âge oscille entre 12 et 18 ans, ne sont pas une nouveauté.

En Belgique, fin 2015, LionMaker, vidéaste comptant plus de 600.000 abonnés a obtenu et tweeté des photos dénudées, voire pornographiques, de deux fans mineures, âgées de 16 et 12 ans. Il n’a cependant jamais été condamné dans cette affaire, malgré la réaction de la famille des victimes.

Pour en revenir à #BalancetonYoutubeur, toutes les précautions restent d’usage. La présomption d’innocence doit être respectée, jusqu’à ce que les tribunaux s’emparent de ce cas.

 
 
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