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Fichage politique et influence russe, les autres polémiques de l’affaire Benalla

Une étude d’EU Disinfo Lab a récemment créé la polémique. Cette dernière concerne un « fichage politique » et une « influence russe » concernant les tweets partagés sur l’affaire Benalla. Retour sur cet imbroglio.

Temps de lecture: 4 min

Tout a commencé par la fameuse « affaire Benalla ». Pendant tout le mois de juillet, à mesure que la polémique enflait, les réseaux sociaux, et plus particulièrement Twitter, se sont enflammés. Nicolas Vanderbiest, assistant et doctorant à l’Université catholique Louvain, est spécialiste de ces « crises » ayant lieu sur les réseaux sociaux. Il s’est donc intéressé de près au phénomène.

Le 8 août, l’organisation non gouvernementale EU Disinfo Lab, que Nicolas Vanderbiest a lui même co-fondé, publie une étude sur le sujet. L’objet de cette étude est le volume extraordinaire d’activité sur « l’affaire Benalla ».

« Entre le 19 juillet et le 3 août, plus de 4,5 millions de tweets en français ont été échangés sur ce sujet par plus de 247 701 auteurs différents. Ce volume est tout à fait exceptionnel : trois fois plus que BalanceTonPorc et deux fois plus que JeSuisCharlie. Un autre chiffre l’est aussi : 1 % des acteurs (soit 3378 personnes en excluant les médias) ont publié 47 % des contenus. »

L’influence (supposée) russe

C’est ensuite que ça se corse. Ces « acteurs » sont divisés en deux parties. La première concerne « des personnes militantes qui publient énormément, ceci sans le moindre but de désinformation ». L’autre se penche sur « des personnes qui partagent de la désinformation et que nous pouvons corréler à l’écosystème autour de Russia Today et Sputnik. » On a donc deux types de compte : les comptes militants et ceux qui ont partagé des fausses informations. Ces derniers sont ceux d’individus actifs, dont certains se sont révélés pro-russes. D’où l’émergence d’une première polémique : l’influence russe. Nicolas Vanderbiest a cependant démenti cette hypothèse.

« Dans de précédentes analyses, nous avions identifié la correspondance entre le partage de désinformation et le fait d’appartenir à la communauté « russophile ». Le mot « russophile » est devenu dans les médias, synonyme « d’attaque du gouvernement russe ». Le mot « gonflage numérique » est devenu « bot ». Ainsi, le sens de notre travail a été détourné et récupéré politiquement. »

Mais les termes restent ambigus. Entre les comptes hyperactifs, les sympathisants russes, l’écosystème des médias russes « Russia Today » et « Spuntnik » que l’on sait financé par le gouvernement russe… Les hypothèses fusent et il est difficile de connaître et même fixer des limites (s’il est possible de les tracer).

L’identification des sensibilités politiques

Une deuxième polémique a émergé de cette étude : la définition des « personnes militantes ». Pour les identifier, l’ONG a utilisé deux fichiers : l’un qui liste les comptes ayant évoqué l’affaire Benalla, et l’autre qui liste les comptes les plus actifs, selon le type d’intérêt (« réseaux de désinformation », « Macron Leaks » etc.). Mais un troisième fichier concerne aussi la référence à une affiliation politique.

« Au sein des 1 % de comptes hyperactifs, 29 % appartenaient à la communauté souverainiste, LR et proche du mouvement contre le mariage pour tous ; 29 % par des comptes rassemblant le rassemblement national, des souverainistes et quelques personnes du mouvement contre le mariage pour tous et 42 % de la communauté de la France insoumise avec quelques porosités avec les autres communautés. »

Dans les faits, l’organisation a évalué l’affiliation politique selon une échelle de 1 à 4. Les « 1 » correspondent aux souverainistes ou proches des Républicains ; « 2 » aux proches du Rassemblement national ; « 3 » aux proches de la France insoumise et « d’autres communautés » ; « 4 » correspondent aux médias, aux proches de La République en Marche. Certains internautes français, mécontents de ce système de fichage politique, ont saisi la Commission nationale informatique et libertés (CNIL). La CNIL a déclaré qu’elle instruira les plaintes dans le cadre européen instauré par le RGPD, Règlement général sur la protection des données. Ce dernier est le texte de référence en matière de protection des données à caractère personnel en ce qui concerne le règlement de l’Union européen.

Comme évoqué plus haut, Nicolas Vanderbiest a tenu à se défendre via un communiqué, dans lequel il annonce également l’arrêt de ses activités à l’université. « J’assumerai les responsabilités qui m’incombent. J’ai pris la décision de contacter l’Université pour commencer les démarches afin de cesser mes activités dans le cadre de l’Université catholique de Louvain, qui ne doit pas souffrir de mes activités bénévoles et de leur portée. »

 

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