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Une politique migratoire, à quel prix?

Sous les meilleurs auspices une détention peut ne pas être trop dommageable. Mais a-t-on vraiment envie de prendre ce risque ? L’édito de Lorraine Kihl.

Journaliste au service Enquêtes Temps de lecture: 3 min

C’est fait. La Belgique enferme à nouveau, depuis mardi, des enfants dans le cadre de sa politique migratoire. Pas des ados, qu’on maintient en détention jusqu’à ce qu’une radio du poignet prouve leur minorité (oui, on fait cela), non, quatre jeunes enfants nés entre 2012 et 2017. Leur faute est celle de leurs parents en séjour irrégulier sur le territoire.

Soyons clairs, les conditions d’enfermement en 2018 n’ont rien à voir avec ce que la Belgique osait proposer voilà 10 ans. Exit la promiscuité indifférenciée avec les adultes, les landaus calés entre deux lits superposés, sous le linge qui pend, la rupture scolaire. L’administration a fait des efforts. Les habitations en préfabriqué dignes des appartements témoins d’un catalogue Ikea devraient préserver l’unité et, dans une certaine mesure, la vie privée de la famille.

Un enseignant est même à disposition. Promis, la détention sera aussi courte que possible et on n’envoie pas n’importe qui, seulement les très récalcitrants qui ont eu leur chance de partir dans de bonnes conditions mais ont préféré la fuite (environ un tiers des familles placées en maison de retour). Certes, le gouvernement n’a jamais pris la peine de se demander pourquoi les gens fuyaient et si peut-être le système en place ne pouvait pas être amélioré (le Médiateur fédéral a demandé avec véhémence de réaliser un audit avant de dégainer la solution bazooka de la détention, ce qui sera peut-être fait… plus tard). Bref, des profils très récalcitrants, détenues en dernier recours. La preuve par l’exemple : le père de la famille serbe actuellement détenue a été condamné à 37 mois de prison pour vols avec violence et menace. Les maisons de retour, la famille les a fuies, deux fois.

Et peu importe que les études ne manquent pas pour étayer les dommages de la détention sur un jeune public, y compris dans des conditions optimales. Alors oui, la détention peut bien se passer. Admettons que les bâches tirées pour dissimuler les pistes d’atterrissage et de décollage au bout de la plaine de jeu, suffisent à duper des enfants. Que les casques que ces derniers devront porter pour aller jouer dehors suffiront à supprimer le stress des nuisances sonores. Admettons que les parents parviendront à camoufler leur angoisse, leur panique. Que les gardes feront des efforts pour avoir l’air d’employés de garderie. Admettons enfin, qu’au fil du temps une vigilance constante soit apportée au bien-être des enfants et aux conditions d’accueil, sachant qu’on parle de centres fermés, les institutions les plus opaques de royaume, auxquelles la presse n’a pas accès et dont les visiteurs habilités sont muselés (leur mandat pouvant être révoqué à tout moment par l’Office des étrangers).

Les enfants n’ont pas à payer pour les choix ou le comportement de leurs parents

Sous les meilleurs auspices une détention peut ne pas être trop dommageable. Mais a-t-on vraiment envie de prendre ce risque ?

On parle ici d’enfants, qui n’ont pas à payer pour les choix ou le comportement de leurs parents. C’est une question de bon sens et surtout un principe formulé dans la Convention internationale des droits de l’enfant. En mettant fin à la pratique de la détention des enfants en 2008, la Belgique avait commencé à tracer une ligne rouge quant à la protection de l’enfance. Elle a suspendu son trait en n’inscrivant pas une interdiction formelle dans la loi trois ans plus tard – saluons ici le courage de ceux qui n’en ont pas fait une priorité politique à l’époque. La question qui se pose maintenant touche aux valeurs de notre société. Qu’est-ce qui pèse le plus dans la balance : un gain d’efficacité relatif dans l’application d’une politique migratoire ou la protection de l’enfance ?

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17 Commentaires

  • Posté par Micheline Sauwens, vendredi 24 août 2018, 16:14

    Ces personnes viennent ici que pour une chose le Chômage ou le Cpas et les allocations, c'est tout ce qui les intéresse. En plus, ils rigolent bien des cons que nous sommes.

  • Posté par Michel Raurif, vendredi 17 août 2018, 16:33

    Monsieur Moor. Vous croyez certainement encore un père Noël ! La Belgique n'a pas pour vocation de soutenir TOUTE la misère du monde sur ses frêles épaules ! Laissez cela au pays très riches et qui en on les moyens, comme l’Arabie Saoudite et tout les pays du moyen Orient mais, eux ils brillent par leur l'absence alors qu'ils s'agit pourtant de musulmans et arabes !

  • Posté par Dubois Raymond, vendredi 17 août 2018, 16:14

    Pas mal . Une bonne initiative . Je " fais " des enfants et je les dépose chez mon voisin . Quand j'étais petit ... je croyais que c'était le choix de certaines espèces d'oiseaux . EDUQUER APPRENDRE A LIRE COMPRENDRE NE PAS FAIRE DES ENFANTS DESTINES A SOUFFRIR SANS AMOUR

  • Posté par Robert Moor, jeudi 16 août 2018, 21:59

    Choquant ! C'est vers une toute autre politique que notre pays devrait s'engager. Soit accorder le droit d'asile, soit accorder un permis provisoire pour rester sur le territoire belge, tant que la situation politique, économique et sociale du pays d'origine reste déplorable. Au lieu de cela, le gouvernement fédéral enferme des sans papiers et renvoie les migrants dans des pays aussi peu stables que le Soudan ou l'Afghanistan ! Inadmissible !

  • Posté par Reginster Jean-luc , jeudi 16 août 2018, 21:27

    Ce qui pose problème dans le raisonnement, c'est la curieuse réflexion sur le fait de trouver anormal que les enfants subissent les choix et les comportements de leurs parents. Mais c'est le cas de la quasi-totalité des enfants, réfugiés, migrants ou pas.

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